dissabte, 9 de febrer de 2019

Ar(r)ian, ar(r)ianglo = fr. vautour. Étymologie: eri- (= aigle) affixé (-anu) et en composition (-aquilu)

Dans un post précédent, nous avions relié les mots basques kaheka (chouette) et gauhontz (hibou) à l'etimon indoeuropéen *kaw representé en celtique et en roman par les mots  *kawos (cauus, oc. còis, caús; gascon: guèhus, gahús, catalan: gaús etc. = hibou, chouette), kawa (caua, a.fr. choue = chouette, corneille, choucas; esp. chova = corvidé genre chocard), kauannos (cauannus, chat-huant , breton kauann, kauenn etc), kauekka (caueca, òc cavèca, gasc; gavèca, fr. chevêche irl. caóg, gael écos. cathàig= chouette, hibou; gallois cauci= choucas des tours) et kauetta (cauetta, fr. chouette) qui désignent des rapaces nocturnes et des corvidés.

Aujourd'hui je vous propose de nous intéresser à une série de mots haut-commingeois et aranais qui désignent le vautour: arrian (attention: n vélaire, pron. "arriang") var. arian, arianglo (var. arrianglo) et trango. Rohlfs a rapproché ces deux premiers mots avec le mot basque "arrano "qui signifie aigle et a suggéré une dérivation phylogénétique des mots gascons à partir du mot basque. Cette hypothèse n'est pas vraiment satisfaisante dans l'état. On ne voit pas vraiment comment "arrano" aurait pu conduire à "ar(r)ian(g)" e "ar(r)ianglo".  L'hypothèse de Rohlfs ne fut d'ailleurs pas acceptée par Coromines qui nous a proposé une autre piste. Dans le mot ar(r)ianglo le regretté linguiste catalan y voyait une composition de deux mots, l'un d'origine latine "a(n)glo", forme masculine ou masculinisée d'agla (aigle, du latin aquilus/a = marron- fauve, aquila =  l'aigle, c'est-à-dire littéralement la "fauve", la "marron"), l'autre non-latin mais tout de même d'allure indoeuropéenne: "ari-. J'y reviendrai. Dans le Val d'Aran, Coromines a recueilli un troisième mot synonyme des deux autres : trango (Coromines, el parlar de la Vall d'Aran), où il y retrouve le mot ang(l)o en composition. Pour l' élément intial tr ou tra , Coromines a suggeré vultur (vautour)= *vulture aquilu -> trango. Franchement, cette dernière proposition ne me plait guère car elle nous éloignerait trop du chemin phonétique qui conduit du latin vulture au mot vutre, vuitre, vote (=vautour) en roman et en gascon en particulier. Par contre, je remplacerais volontiers  vultur(e) par "astor(e)" qui a donné estor en gascon, astore-aquilu - est(o)r-ang(l)o - estrango - trango,  cela me parait bien plus cohérent phonétiquement,

Quant au mot qui serait associé à aquil(us/a) dans arianglo, cet enigmatique  'ari', Coromines supposait un mot indo-européen, peut-être le mot gothique "ar" (qui veut dire aigle). Ce n'est pas impossible, mais je serais plutôt tenté d'y voir un descendant du mot  celtique "*er( i)nos"  pour aigle en gaulois; d'ailleurs le mot basque arrano pourrait tout aussi  bien descendre également de ce mot celtique. Ce mot semble pouvoir avoir eu la forme eri- en composition selon l'hypothèse rapportée par  X. Delamarre (Dic. Langue Gauloise) qui nous renseigne avec les syntagmes "eribogios" ="aigle frappeur; "eridubnos" = aigle noir; "erepus", "eripus", "Er(r)iap(p)us" (théonyme, nom de divinité commingeoise, apparaissant sur une vingtaine d'inscriptions votives en bon latin trouvées dans un sanctuaire à Saint-Béat (voir D. Nony, Le dieu Eriapus dévoilé, Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, Bd43 (1981) pp. 243-248).  Ce théonyme Eriapus (var. Erriapus, Eriappus, selon les inscriptions)  est interprétable par le celtique et se traduirait littéralement par Oeil d'Aigle, que l'on pourrait aussi peut-être traduire moins littéralement par Semblable à l'Aigle cf. X. Delamarre pour les interprétations et les références, voir aussi J.P.  Savignac, Dic. Français-Gaulois, La différence 2014).  Le dieu Eriapus était vénéré par les Convennes (nation celtique d'Aquitaine, ancêtres des Commingeois) mais aussi par les Conserani (mal lu comme "Gomferani") (Couserannais). Eriapus était visiblement un dieu guérisseur, les inscriptions sont toutes des remerciements pour soins rendus, des formules votives. Je cite, comme exemple,  la transcription avec les "Gomferani" (comprendre  Conserani): Erriapo deo Gomferani posuerunt v(otuir.) s(olverunt) l(ibentes) m(erito)).

 Le mot Er(r)ius sous cette forme ou une forme proche- entre dans la formation de noms et sobriquets gaulois et gallo-romains: Errus (de *Eriros, selon Delamarre), Erredius, Errimus, Errimocito ("Qui a la puissance de l'aigle") (X. Delamarre, DicGaul.). Nony suggère que la montagne de "Rié" (en gascon Arrie), au-dessus de St Béat , tire son nom de ce mot  eri- (Nony, 1981, ref. cit.. ).

Ar(r)ianglo (Proto-roman *eri' -aquilu) pourrait donc se traduire mot-à-mot par aigle-aigle mâle (cf. trango) ou peut-être plus simplement "aigle fauve" car aquilus signifiait aussi fauve (la couleur marron) en latin. Cette dernière interprétation fait sens (cf. eridubnos, aigle noir) dans la mesure où les Celtes et les Vascones n'avaient  pas de mot pour désigner spécifiquement la couleur marron fauve (en gaulois ba(d)iolos -fr. bai- designait un cheval bai plutôt que la couleur elle-même). Les basques ont emprunté le mot marroi au roman. Pour dire vautour, le basque dit "sai", vautour fauve se dit sai arrea (lit. vautour gris, vautour "sable"), on dit aussi populairement "arranobeltz" (lit. aigle noir).

Le deuxième mot arrian  ou arian serait de formation plus simple, forme affixée d'eri- avec -anu (proto-roman: e(r)rianu :qui appartient à l'aigle, l'Aquilin. La construction de *errianu par rapport à *erri- est la même que celle de lugran par rapport à lugre (du celtique lugra = lune). Dans ce dernier cas, les deux mots lugre et lugran sont bien synonymes (astre, oeil au figuré). Lugran (astre, oeil) comme lugret (étoile, éclair)  représentent en fait des dérivés masculins de lugre qui devait être féminin à l'origine, cf. le mot gascon alugret (fr. étoile, éclair) qui renvoit à l'alugre, probablement pour la lugre (en gascon occidental lugra et lugre se prononcent exactement pareil), même si l'occitan ne conserve le mot lugre que sous forme masculine, probablement à cause de lo lugret -> lo lugre. Le n final d'arrian est vélaire (-ng) comme celui de lugran. Il s'agit peut-être à nouveau de masculaniser un mot à l'origine féminin comme le suggère l'hypothèse toponymique de Nony: Erria -> Arrie. Erria (fem.) -> Errianu (m.) et comme le suggère aussi l'autre mot arrianglo, la terminaison -o pouvant être interprétée ici comme masculinisante (c'est-à-dire que le vautour est considéré comme le mâle de l'aigle - agla). Le passage de e(r)ri à a(r)ri n'est pas du tout irrégulière en gascon, l'e et l'a pretoniques se prononçaient vraisemblablement de la même façon en gascon ancien, cf. trebuc vs trabuc, demorar vs damorar etc.

Le fait que ce mot "eri-" soit associé à une divinité a pu favoriser sa conservation par les "Vascones" des bords de Garonne qui ont gardé ou assimilé un certain nombre de mots de la religion des Celtes. Un bon exemple est le mot "taram" qui signifie tonnerre en gascon de notre région (luchonnais et environ), du gaulois Tarannos le dieu de la foudre, ce fait est relevé par X. Delamarre (Dictionnaire de la Langue Gauloise, adresse Tarannos) et relisons aussi ce vers du poète et linguiste luchonnais Bernard Sarrieu, écrit dans un élan très romantique:  L'as aujit, et Taram, lounh, et Taram? (Era perigglado) (L'as-tu entendu, le "Taram", loin, le "Taram"? (L'orage). Il y aussi les mots de la famille de lugre, lugran etc (de Lugra, la "Brillante", nom de la lune en celtique ancien). La liste des celtogasconismes comprend aussi des noms de poissons migrateurs de l'estuaire de la Garonne: colac (alose, lit. "pointu"), creac (esturgeon, lit. "carapacé") et aussi celui du cachalot: cauerat (anciennement cauerac: lit. "colossal", "gigantesque").  On a aussi le mot "brac" qui signife court et qu'on explique communément par le grec brachys, alors qu'il n'y a aucune trace de présence grecque en Gascogne. Le mot gascon est plus probablement d'origine celtique (brakkos). Tous ces étymons celtiques sont propres à la langue gasconne, on ne les retrouve nulle part ailleurs dans la Romania. Il convient de souligner ce point car il est trop souvent ignoré ou passé sous silence. Certes, les Gaulois occupaient des positions périphériques dans l'Aquitaine antique: bord de Garonne, de la Gironde au Val d'Aran et côte du golf de Gascogne, mais ils ont néanmoins laissé des mots spécifiques au gascon, dont certains, comme lugran, se sont répandus bien au delà des Celties de l'Aquitaine antique.


N.B. L'image du vautour est tirée de la wikipedia (Vautour fauve Gyps fulvus).





2 comentaris:

Unknown ha dit...

Interessant coma de costuma. A notar que vultur > voire, vòire. Perqué lo ''t" se consèrva dens "botre " (escriurí "vo(u)tre") deu temps que normalament -tr- > -ir- ?

Joan de Peiroton ha dit...

D'acòrd, la question qu'ei hòrt bona. Botre n'ei pas la mei bona fòrma, ni grafica, de fèit. Ua error de part mea. Lo Tot en Gascon que balha "vutre" "voitre (Aran), votèir (Lavedan). Palay que balha boùtre (votre, voutre), boùire voire, boté...Dongas vutre, voire, votre, voté(voter) etc de causir!