dimecres, 31 de desembre del 2025

Du latin canalis au mot anglais gallon via le gascon gau, galet, galeta: histoire d'un vieux gasconime voyageur ignoré par nos lingüistes.

Ce petit article a comme objectif d'inciter les romanistes (y compris les occitanistes) à considérer la philologie gasconne avec plus de dévotion et de sérieux, car la formation du gascon est  non seulement très ancienne, antérieure au septième siècle, donc bien antérieure à celle des autres modalités gallo-romanes, mais aussi sa phonétique particulière a eu comme effet d' engendrer des déformations phonétiques et morphologiques si particulièrement sévères à certains mots  que la relation de ces mots avec leur étymon latin respectif a pu s'en être parfois totalement perdue,  ce qui a poussé les scribes qui les utilisaient couramment à les incorporer en latin. En voici un beau cas d'école, passé totalement inaperçu  en linguistique. Nos linguistes n'ont pas du tout compris l'origine étymologique du mot galleta à l'origine du mot du moyen français jallette var. jalette  et de ses cognats dans de fort nombreuses langues d'Europe occidentale et centrale (cf. FEW IV, 35b : galleta), y compris le mot anglais contemporain gallon  (l'unité de volume) L'explication de cette énigme étymologique est gasconne et je vais vous la donner. 

Il existe un mot gascon pyrénéen d'apparence très singulière:  gau (s.f.) , variante agau (s.f.). Ce mot signifie "canal", et localement, "rivière" (ALGc p.233). Coromines, entre autres, a voulu le faire dériver de "aquale-" (cf. agalòrsa dans El parlar de la vall d'Aran p. 267). En dépit de l'existence de l'hydronyme nimois homonyme (agau) pour lequel l'étymon "aqualis" est tout-à-fait valide, je ne pense pas que cette étymologie doive s'appliquer à notre mot gascon. J'ai émis une hypothèse alternative selon laquelle il faut rattacher étymologiquement le mot gascon "gau" (dont "agau" serait une simple variante par mauvaise coupure de l'article défini du genre "era gau" > "er' agau" > "agau") non pas à "aqualis" mais plus simplement à "canalis". Je préfère, de beaucoup, cette deuxième hypothèse. Pourquoi? Pour les trois raisons qui vont suivre.

La première est que l'on s'attend à ce qu'en gascon, le cognat de notre mot canal /chenal ne présente pas de nasale intervocalique. La perte régulière de cette nasale est un trait partagé par le gascon avec le galaïco-portugais. Ce dernier connait le doublon "caal" (forme populaire) et "canal" (forme restituée), la première forme sans nasale étant la normale en galicien standardisé tandis que le portugais standard n'a incorporé que la forme restituée. Le mot "gau" , dont la signification  première est "canal", apparait  par lui-même comme un très bon candidat pour représenter canalis sous une forme typiquement gasconne: ca(n)au (s.f.) > cau (s.f.) > gau (s.f.) .  Sur le caractère voisé pris par l'occlusive (gau), je reviendrai plus loin.

La deuxième est que  l'adjectif latin "aqualis" est bien représenté en gascon sous les formes "aigau" var. "aiguau". Il est éteint comme adjectif mais on le trouve encore bien présent comme substantif dans le lexique contemporain (aig(u)au en gascon comme aigual en catalan). Ce mot désigne une étendue d'eau ou un terrain innondé dans les deux langues, il n'a nullement la signification de canal. C'est d'ailleurs un substantif strictement masculin (en gascon comme en catalan)  alors que notre mot "gau" est, lui,  féminin. "Gau" var. agau (s.f.) n'est pas "aigau" (s.m.) !  

La troisième, et non la moindre, est que je peux rapporter au mot "gau" ses dérivés affixés "galet" et "galeta".  L'expression en catalan "canaleta de la font", qui désigne le tuyau par lequel jaillit le jet d'eau de la fontaine, se retrouve en gascon pyrénéen sous deux formes: "canaleta dera hont" ou "galeta dera hont", selon les vallées (en concurrence avec "canet", etym. canna). "Canaleta" , "galeta", il s'agit bien là de deux allophones d'un même mot ! Il est dommage que Coromines ne se soit pas penché sur ce point précis, il se serait probablement aperçu très rapidement de la relation  qui lie les deux mots "canaleta" à "galeta".  "Galeta" est de phonétique populaire pyrénéo-gasconne. "Canaleta" est une forme restituée, sans doute considérée comme plus convenable car conforme  à celle en usage dans les langues romanes voisines  (c'est "canaleta" en navarro-aragonais, en catalan et en castillan). 

Le fait que Coromines, comme d'autres,  aient considéré  "gau" comme une simple aphérèse d'"agau" (dérivé d'aquale selon eux) a été une erreur qui  les ont empêchés de considérer les mots "galet" (celui du "béver a galet") et "galeta" comme étant des dérivés suffixés du premier. Je  cite Coromines, à propos du mot aragonais galacho et du mot français jaillir (ant. jalir, dial. galir):  Más razonable sería, en vista del bearn. galè «canal étroit, conduit, gorge resserrée, passage étroit», galet «goulot, tuyau... gorge», galut (Gers gaüt) «gorge, gosier; tuyau, canal étroit», y especialmente agalèagoalè «sillon, petit canal d’écoulement; rigole; évier», derivar de AQUAo de su derivado AQUALEpero la generalidad de la pérdida irregular de la A- y de la -U- me hace dudar mucho de esta etimología4.

En effet,  l'hypothèse de l'étymon "aquale" pose un problème pour ces mots commençant par gal.  Mais le problème ne se pose plus du tout si on admet comme étymon pour galèr, galet et galut non pas "aquale" mais "canalis', la forme non affixée étant bien notre mot "gau". L'étymon peut alors s'appliquer fort bien à "galacho" qui présente  un affixe augmentatif ibéro-roman tout-à-fait commun  et dont les acceptations sont acceptées par gau ou galet:    galacho en aragonais: creux causé par l'érosion pluviale ou fluviale (c'est aussi une des significations du mot gascon galet cf. Palay), méandre mort de l'Ebre (spécialisation de la première, cette signification est passée avec le mot en castillan) ; galatxo en catalan: canal natural o  braç de riu entre una isla i la terra ferma (D.G.L.C "galatxo"). Si l'étymon de galacho /galatxo est le même que celui de galet, alors c'est "canalis" via le propre mot gascon gau ou son dérivé affixé. Ce n'est pas du tout impossible, je trouve même que c'est probable, il n'y a qu'un suffixe à changer pour naturaliser notre mot gascon gau / galet en aragonais. L'étymon proposé par Coromines pour galacho est le mot l'arabe  ȟalîǤ "brazo de un rio", une hypothèse qui ne fait pas l'unanimité (galacho : mot d'origine incertaine selon le DRAE).  

N'ayant pas réalisé que "gau", "galet" et "galeta" représentaient bien un seul et même mot sous trois formes dont deux affixées,  Coromines a été bloqué à ce stade. L'étymon de galleta lui a échappé. De fait, "gau" apparait être une version populaire derivée  de "canalis", canau étant la forme culte ou restituée (canal dans les langues romanes voisines). Au passage, on note non seulement la perte attendue de la nasale mais aussi la mutation de l'occlusive sourde en voisée (/k/>/g/). Cette forme à occlusive voisée est restreinte à la zone pyrénéenne quand elle est non affixée. Affixée (galet, galut) elle a eu du succès et a voyagé dans et en dehors le domaine gascon. Dans les autres parlers, hors les zones septentrionales qui conservent le -n- intervocalique ("canau"), on trouve les restes d'une autre forme dialectale plus régulière, qui, elle, a conservé l'occlusive non voisée de l'étymon: "cau" (s.f.).  Ce genre de doublon dialectal avec ces deux types d'occlusive, sourde et voisée, n'est pas un fait isolé en gascon, on en connait d'autres comme, par exemple,  ga(h)ús vs caús (< celt. kàwos,  fr. hibou), gavèca vs cavèca (celt. kàwāka, fr. hibou, chouette, chevêche). Cette deuxième forme dialectale "cau" (s.f.), armagnaquaise et landaise,  avait déjà quasiment disparu du lexique à l'époque de Palay, au profit de la forme restituée "canau" (qui est - ou est devenue- naturelle dans des parlers girondins, cf. le toponyme Lacanau),  mais le dictionnaire de Palay en conserve  néanmoins des témoignages encore bien clairs , en prêtant au mot cau (s.f.) des significations comme ravin, gorge (géographique), défilé (géographique), creux du sillon etc. On peut noter qu'en gascon "toy", le propre mot "canau", en plus de désigner la rigole d'étable destinée à recueillir les excréments et l'urine du bétail,  est aussi utilisé pour désigner un ravin profond, une gorge de vallée ( Dic. Massourre, cf aussi Palay), un concept qui se retrouve dans une définition de "galet" (Palay) . Au Médoc, canau désigne aussi un "creux de vigne" (Dic. Palay). Le genre féminin du substantif "cau" (la cau, cf. l'anthroponyme: Lacau) ne permet pas de doute quant à son étymologie, c'est bien "canalis".   La forme "gau" ou "agau", quant à elle, est abondamment représentée en hydronymie pyrénéenne mais elle aussi s'est retrouvée dans le lexique en concurrence avec son allophone "canau' qui a eu évidemment tendance à la déplacer pour des raisons probables de "convenance" socio-lingüistique. On peut évidemment constater l'influx du mot aig(u)a var aga  (fr eau) dans l'évolution de cau vers   "gau / agau" et probablement dans certaines de ses acceptations sémantiques  comme celle de rivière (gau: rivière, gauet, gabet: petit "gave"), mais l'étymon du "gau" gascon reste néanmoins le mot latin "canalis" et non pas "aquale". 


En tout cas, les mots gascons  "galet" et "galeta" ont diffusé dans le domaine navarro-aragonais voisin qui les a adaptés sous les formes "gallete" et "galleta". Cette gémination résulte certainement d'une confusion d'étymon, c'est ce que suggère  la signification  de "jet de liquide"  prêtée au mot "gallo" en aragonais, suite à une fausse dégression de ces gasconismes adaptés .  On peut noter que, localement en gascon, le mot "galet" a pris ce même sens de "jet de liquide", c'est le cas en aranais, alors que les significations de ce mot en gascon selon Palay sont  goulot,  tuyau, tube pour souffler l'air destiné à raviver le feu,  entonnoir, creux formé par eaux bouillonantes (cf. aragonais galacho), calice de fleur et défilé entre deux collines (cf. Palay).  Le mot s'applique par métaphore au goulot anatomique du laryngopharynx (galet = gorge). En catalan, comme en gascon, "galet" peut être localement utilisé comme synonyme de "canaleta" : "galet de la font" cf. D.C.V.B., c'est un gasconisme en catalan. Le catalan dialectal connait aussi la variante gallet, d'influence aragonaise ou castillane. 

 Le sens anatomique de "gorge"  qu'a le mot "galet" en gascon a été conservé chez son avatar aragonais "gallete". L'aragonais a de plus donné un sens anatomique spécialisé au mot en changeant l'affixe: gallillo, galillo (les deux formes existent en aragonais)  qui désignent soit la glotte soit la pomme d'Adam selon les parlers. Du navarro-aragonais, le castillan a hérité "gallete" (gorge au sens anatomique), "galleta" (récipient à col, facilitant le versement du liquide, sorte de burette) et le néologisme galillo, fr. glotte.  Dès au moins le début du Xème siècle, si non avant, notre mot "galeta" est passé en latin médiéval sous sa forme navarro-aragonaise (galleta), désignant une sorte de burette et aussi, de manière plus générale, un "récipient pour recueillir un liquide". Burette est bien une signification qu'a notre mot en gascon, plutôt utilisé  sous forme masculine suraffixée "galeton"(cf. galetoû: burette, petit entonnoir,petit creux, marchand ou fabricant de burette, selon Palay), cette définition nous suggère qu'autrefois, le "galeton", c' était l'artisan qui fabriquait les "galetas" (fr. burettes). On retrouve explicitement ce sens de burette dans la définition du mot "galleta" en espagnol du 18ème siècle : Galleta:  Un género de cántaro de cobre pequeño y manual, con un caño torcido para echar el liqüor que contiene, de que suelen usar algunas Religiones en el Refectório para echar el vino. Dic. de las Autoridades, 1734. En espagnol contemporain, la définition a pris une connotation à la fois plus séculière et plus générale  f. Vasija pequeña con un caño torcido para verter el licor que contiene. (DRAE, Galleta2). C'est bien à son goulot prolongé par un col recourbé que le récipient doit son nom dérivé de canaleta. En portugais contemporain, "galheta" traduit très exactement le mot français "burette", comme "galeton" en gascon. C'est le même mot, seul le suffixe est différent. 

L'autre sens du mot "galleta" est  "récipient pour recueillir du liquide", genre seau. Le mot "galeta" en gascon n'a pas cette signification, c'est vraisemblablement une  invention navarro-aragonaise. En aragonais le jet de liquide se dit "gallo" (dégressif de gallete) et le récipient pour recueillir ce liquide a été appelé galleta. On retrouve le mot avec cette signification en basque guipuscoan et biscayen (gaileta: seau); en catalan de Catalogne: galleda (anciennement et dialectalement galleta) (fr. seau); aussi en moyen français: jallet, jallette ou jalette (douhes jallettes a recevoir aigue, I jallet a laver voirres (Invent. mobiliers ducs de Bourg. P., t.1, 1364, 33 cf. CNTRL)  mais aussi dans de nombreuses langues romanes, comme, par exemple, le lombard (galeda);  le roumain (găleăta : seau pour recueillir le lait) etc, etc.   

On voit que le mot en langue(s) d'oil a du subir à son tour l'effet de la confusion avec l'étym. "gallus": a. fr. jal, jau (coq), ce qui explique la fricative du mot français et... une tendance au retour à la simplification de la liquide, influx probable du diminutif de jal / jau (coq) qui est jalet,  qui a produit l'effet inverse de celui observé en aragonais (chez qui gallo > gallete selon l'étymologie populaire). Ainsi, en wallon, le mot galet (récipent pour contenir un liquide) servait également d'unité de mesure de volume pour un liquide, de même, jallet, jalet, jallaie ou jalaie en moyen français.  Par changement d'affixe de jalet /galet est apparu  jalon/ galon var. gallon, mot qui sert encore de nos jours comme unité de volume en anglais, un héritage probable du normand.

Bde l’Ebre, canal natural o braç de riu entre una illa i la terra ferma.

Bomasculí A la regió de l’Ebre, canal natural o braç de riu entre una illa i la terra ferma. 

Même si gau et galet/a correspondent bien à canau et canalet/a, je pense, en dépit de l'opinion contraire de Rohlfs (Le gascon, 84n), que galet pourrait ne pas être le seul diminutif en -et du mot gau.  En effet, il en existe un autre  de formation populaire assez prévisible: gau >  "gauet" > "gabet" qui a le sens de petite rivière, petit cours d'eau. On rappellera que le propre mot "gau" peut servir à signifier rivière et pas uniquement canal (ALGc p.233, cf. Coromines,   El parlar de la vall d'Aran p. 267). Le remplacement de "gau" par la forme "culte" "canau", qui, en plus de canal, peut  localement servir à désigner un ravin, un creux, un défilé mais n'a pas en soit la signification de rivière, a pu provoquer localement  la reconstruction populaire d'un dégressif de gauet-gabet (petit cours d'eau) > gaue, gabe, gabi (fr. gave, rivière de montagne, torrent). Je ne suis pas impressionné par les formes latines mentionnées par Rohlfs comme arguments présentés à l'encontre de cette hypothèse étymologique, car toutes ces formes latines mentionnées sont bien trop tardives, la plus précoce étant du 9ème siècle, c'est bien trop tard compte-tenu que le (proto-)gascon était déjà formé au septième siècle . Les "néologismes" latins du genre "gabarrum" ou "gaber" ont toutes les chances d'être du gascon latinisé et non l'étymon lui-même. Par exemple, la forme latine "gabarrum" du 9ème siècle peut parfaitement représenter le mot roman gau affixé populairement  avec le  suffixe augmentatif -arr- (gauarro-, gabarro) d'origine probablement vasconique (aquitanienne ou ibère ou les deux). Ce suffixe est connu en  gascon comme dans les langues voisines (ex. bèc > becar(r) (fr. saumon) puta> putassa > putarrassa, ibéro-roman cacho > cacharro (fr. vase),  òc bèc > becut >becarrut (fr. flamant rose) etc ).  Ce mot gabar(r) a été maintenu dans le lexique du gascon moderne sous une forme sur-affixée gabaret (petit gave, Palay). Selon moi, gave ne vient pas de gabarrum  mais bien de gau, tout comme le mot latin gabarrum lui-même. Dans ce cas, l'étymon de gave (comme du mot gabarrum, un gasconisme en latin )  serait bien "canalis".

J'insiste sur le fait que les gasconismes incorporés en latin ont pu bénéficier de ce véhicule lingüistique pour voyager  et servir eux-mêmes d'étymons à des mots plus tardifs dans des langues étrangères au gascon. Ces gasconismes sont souvent ignorés par manque de connaissance (et, disons-le, de considération) de la langue gasconne. Un cas bien connu est baleina, mauvaise correction en latin du gascon baleia (ag baléye), d'où baleine en français. Par contre, le cas de barra (fr. barre, barrer etc) est resté totalement hors des radars de nos lingüistes. On y reviendra dans un autre article. Il semble bien aussi que le gasconisme latin "gabarrum" ait fait des petits hors du domaine gascon (cf. Rohlfs 84n).  Et c'est, en tout cas, le cas de galleta, un gasconisme à la sauce navarro-aragonaise, qui est notre sujet d'aujourd'hui. 

On peut imaginer que l'incorporation du mot navarro-aragonais galleta en latin a été fondamentale pour son voyage (galleta = burette).  On le retrouve non seulement dans diverses langues du domaine roman mais aussi du domaine germanique et même balto-slave (polonais etc.). Les mentions les plus anciennes lient notre mot au vin: en latin le mot semble signifier burette à l'origine mais c'est le concept de récipient pour stocker ou transporter un liquide (en particulier le vin) qui l'emporte.   Dans un manuscript du monastère de Cardeña, près de Burgos, qui est daté de l'an 1004, on trouve dans une liste d'items en latin ponctuée d'expressions romanes, la mention: 4 galletas de vino. On voit donc que le gasconisme était déjà installé en navarro-aragonais sous sa forme ibéro-romane actuelle au tout début du XIème siècle (on parlait navarro-aragonais à Burgos à cette époque). Encore plus tôt, au dixième siècle, on trouve le mot en France, dans une glose en latin hispanisant transmis par un moine bénédictin.  cratera: vas vinaria, quod es (sic) galleta, anappum, scalam. Ce document suggère que le gasconisme a pu s' installer en latin (bien?) avant le dixième siècle.

Notre mot apparait déjà dans un manuscrit en  francique oriental ancien (Franconie)  au tout début du onzième siècle sous la forme "gellit" , c'était gellita en allemanique ancien du même siècle  (aujourd'hui gelte). Le mot désignait des sortes de récipient pour stocker et transporter le vin. On comprend alors que le moteur du voyage de notre mot pyrénéen au-delà de la Romania a dû être le commerce vinicole. Le mot a voyagé fort loin, on le retrouve jusqu'en polonais et dans des  parlers baltes. 

On a avec la trilogie "gau, galet, galeta" un cas d'école montrant comment un mot,  de formation bien gasconne,  a pu voyager et aboutir dans les lexiques de langues des domaines roman, germanique et balto-slave. Cet article veut montrer que la philologie gasconne n'est pas une matière à négliger en romanistique.  Sans prendre en considération le gascon et sa philologie très particulière, on est absolument dans l'incapacité de comprendre la relation entre galleta et le latin canalis et d'expliquer l'origine de l'étymon "galleta" .  

dilluns, 20 de maig del 2024

Lo sufixe celtic -ākos e las soas prolongacions en gascon.

En proto-celtic, qu'existiva un sufixe hòrt corrent e banau, -ākos (masculin), -āka (femenin), -ākon (neutre). 
Qu'èra emplegat en particular tà derivar un adjectiu a partir d'un substantiu, adjectiu eth medish substantivable. Per exemple markos (chivau) > markākos (cavalhèr, lit. deu chivau). Aqueste sufixe que s'arretròba en mots gascons e occitans. Per exemple, mots com colac (< colācus), creac (< cragācus), craca, (< cragāca), brac (<birrācus)  derivan de fòrmas latinizadas de taus mots celtics afixats dab -ākos, -āka (ved. FEW per las etimologias e  significacions, lhevat lo cas deu mot "brac" erronèament prengut per un hellenisme per Wartburg, quan non i avèva pas nada colònia grèca en Gasconha). L'afixe -ac qu'ei comun en toponimia gascona e occitana (Blanhac, Aurinhac, Merinhac etc). Totun, en gascon, lo sufixe celtic -ākos que pòt balhar duas solucions foneticas distintas. La solucion de la toponimia: -ac, que provien d'un cambiament d'accentuacion deu prèst celtic en latin:, que l'arretrobam hens aquestes mots  colac (colācus), creac (cragācus), brac (birrācus),   etc. En celtic, los derivats afixats en -ākos  qu'èran  proparoxitons a maudespieit de la quantitat deu dusau "a":  ex. / 'kra gā kos/ (accent sus la prumèra sillaba) mentre, en latin,  los mots en -acus qu'èran paroxitons segon l'usatge, normau en latin, de botar l'accent sus la vocau longa : ex. cragācus  /kra 'gā kus/ (accent sus la dusau sillaba). Un aute exemple, identificat peu vòste servidor qu'ei balhat per kawarākos (lit. gigantesc, colossau; fòrma afixada de kàwaros = gigant, colòsse ) > cauarācus > gc. cauerat (Palay)  (= caishalòt;  cauerac au sègle 13). La gràfia caverat, dab "v",  qu'auré d'estar considerada fautiva, com la prononciacion dab /β/. Qu'ei "cauerat", var. allofonica "caurat" (Morà). "Caverat" qu'ei ua invencion contemporanèa qui caleré evitar pr'amor n'ei pas briga  sostienguda per l'etimologia. D'alhors, lo Palay qu'a plan "cauerat" totun non  "caberat". 

L'auta solucion fonetica de l'afixe -ākos en gascon que's hè en -òc: calhòc (fr. goéland) (< proto-celtic kàlyāko- = gc hasán, pòth, fr. coq); briòc (fr. vautour) (< brígāko-= gc, de la montanha, montanhòu, celt. brig- = mont); bisòc, bidòc (fr. milan, hibou) (benlèu wídeāko- = gc deu bòsc, silvestre, celt widu-, husta, widuu- = bòsc; fr, bois (com a matèria autanplan com a ensemble d'arbos); bostòc (<bostako- = de la pauma celt. bosta- : pauma), broishòc, bruishòc (< wrojkjako =  qui sembla  broish de brucs: celt. wrojkja : ensemble de brucs, wrojka = bruc) etc . Que son celtismes frequents a la còsta, de Baiona fins a Garona e au Medòc, totun que's tròban en lòcs mei tanben.  En aquestes cas dab -òc, la fonologia que nse suggereish lo -āko- deu mot celtic qu'èra demorat en posicion atòna en gascon, dit autament lo manlhèu (en "latin" o dirèctament en (proto-)gascon, dejà format au sègle VII),  que conservè l'accentuacion celtica abans de patir ua correccion diatopica de l'accentuacion deu tipe música > musica.  Ex. /'kàlyako-/  (gc. hasan) > *càlhac / 'kaljək/ (accent sus la prumèra sillaba, com entau son cognat breton kilhog (/'kiljok/ gsc hasan, poth fr. coq). E puish *càlhac  > calhòc /kalj'ɔc/ (accent pausat sus la dusau sillaba, afectant l'apertura de la vocau vaduda tonica) (fr. goéland, "coq de mer"); Notatz qu'en gascon de Baiona (cf. Rectoran) , calhòc que's ditz "gàrie" ( gàrye) (s.m.),  fòrma masculina reconstrusida a partir de garia (s.f.)  etym. lat. gallina;  qu'arretrobam aquiu aqueste concèpte de "hasan de mar" en nomentar lo calhòc. En lengas com lo catalan e lo castelhan, la dusau etapa, la de la correccion diatopica de l'accentuacion, ne's hasó pas. Exemple,  *banatlako- (fr. qui a la texture ou  la couleur de la paille ou du genêt sec, pailleux; lit . qui est du balai;    *banatl-ko- : broom-coloured (segon lo Celtic Lexicon). Lo mot celtic qu'ei format a partir de banatlo- qui significa  escoba e, per extension, la gèsta  utilizada tà har escobas (fr. balai < balano < *banatlo per metatèsi  o béthlèu de *banatlano per pèrda deu "n" intervocalic ). 
proto-celtic *banatlako->  >   gsc ancian : *bàlac  (fr. genêt, paille, petite paille) > balòc (en gascon mod.). Lo mot deu gascon ancian *bàlac /'balək/ que s'a conservat en catalan : bàlec, prononciat segon la zòna dialectau /'balək/ o  /'balek/ , cast.  mod. bálago (notatz la conservacion de l'accentuacion originau en castelhan tanben).
Notatz lo derivat de bàlac > balaguèr (Toponime, en gascon ancian, balaguer  = gestar (lieu de genêts), en cat. baleguer (gsc. gestar), top. Baleguer, Balaguer , esp. balaguero (fr. tas de paille), Balaguièr  en occitan. (P.S. En Capcir et environ,   le mot "bala" est utilisé pour désigner le genêt, il désigne la balle de paille ailleurs. )

En gascon, lo sufixe -òc qu'estó naturalizat (ex. tarròc < terra etc). 

En agenés (gascon marmandés e occitan agenés), lo sufixe -ac que vadó -at.  Exemple: cauerac (sègle 13) > cauerat; colac > colat; creac >creat. Aquesta varianta fonetica -at de l'afixe -ac  que coneishó un gran succès com a afixe viu e productiu en gascon e en occitan. Au debut, lo sufixe gascon -at que's guardè la valor de l'afixe celtic -akos en poder indicar:
-un gentilice: bagergat, bagergata (qui ei de Bagergue, cf. Coromines) com en irlandés Sasanach (gascon: anglés; -ach que representa-akos en irlandés modèrne), Éireannach (gascon: irlandés) etc
- ua especificitat o gropament especific: lobat (lit. qui ei deu lop, l'ensemble deus lops), vopat (lit. qui ei deu vop, l'ensemble deus vops), ossat (lit. qui ei de l'os, l'ensemble deus os). L'afixe qu'ei emplegat tà derivar un mot  masculin a partir d'un nom femenin. Balhada com a exemples la lista qui sec:  goja > gojat; vopa > vopat; balèia > baleiat, pavèssa > pavessat; cavèca > cavecat,  lobia (cf. cat. llobina) > lobiat; verra > verrat; ossa > ossat; cèrva >cervat. Au masculin, lo mot que pòt designar lo mascle  (ex. gojat, verrat,t, cabècat, lobiat , ant. cervat etc) o lo mascle E lo petit  (ex. vopat) o sonque lo petit (ex. ossat, lobat, baleiat), aqueste darrèr usatge restrictiu deu sufixe -at, probablament mei recent,  que n'ei probablament per confusion  dab lo sufixe -et. Mès aquesta darrèra n'èra pas la significacion prumèra deu sufixe : ua ossatèra que designa plan un lòc frequentat peus os e non pas particularament peus "ossats". De la medisha manèra, lo lobatèr que s'aucupa deus lops com a ensemble, com a espècie e non pas particularament deus "lobats".  A notar lo mot gascon "verrat" qu'estó manlhevat per l'occitan e peu francés (fr. verrat), lo doble "r" deu mot verrat que signa un gasconisme clar ; en francés com en occitan, los derivats afixats de "ver" ne presentan pas nada geminada     : ver > veron. En gascon, si:  ver(r) (m., mot extint ) > verra (f.)  >verrat. Lo mot en francés qu'a conservada la geminada deu mot gascon. A notar l'espanhòu qu'a conservada la fòrma "verraco" (= gsc. verrat), fòrma plan isolada en aquesta lenga,  probablament heretada de la lenga nosta (*verrac, allofòn extint de verrat). Mots construsits dab lo sufixe gascon -at qu'estón recuperats peu francés modèrne:  le lectorat (l'ensemble deus lectors) , le professorat etc. A maudespièit d'un ahur  faussament latinizaire, las construccions aquestas ne'n son pas  briga, de latinas; que son, en realitat, 100% gasconas; que caben perfèitament hens la lista ací-dessús:  lectora > lectorat, professora > professorat.  

La fòrma de l''afixe en -ac que's gahè un aspecte despreciatiu, n'èra probablament pas lo cas d'autescòps cf. pavessac, pavassac fòrmas allofònas e probablament arcaïzantas de pavessat (fr. coq de bruyère).  
Lo sufixe gascon -òc que vadó -òt en marmandés e agenés.  Atau kàwākos > chòc >  chòt (lo ch a causa de chavan, un lemosinisme en gascon < lat. cauànnus < celt. kàwānos) ; wídeākos >bidòc > bidòt etc. kàwākos e kàwānos que son fòrmas afixadas regularas de kàwos (fr. hibou, chouette) (celt. kàwos > gsc càus, caús , guèhus,  gahús (fr. hibou); alem. kauz (id.), eusk gauhuntz, gauhontz (id.)).  Aquesta fòrma de l'afixe en -òt   qu'encontrè un succès enòrme com a afixe viu e productiu en gascon e shens qu'en gascon, autanplan en occitan e en  las lengas romanicas vesias com l'arpitan, lo francés, l'espanhòu, lo portugués etc (en ibero-romanç devath la fòrma -ote) etc:  fr. Charlot, esp. grandote etc. En gascon, que pòt presentar ua valor despreciativa: caganhòt, cagairòt, cagòt (< caga), arlòt ( mot vadut pan-romanic,  arlòt <arla, harlot en englés, arlòt e al·lòt en catalan, esp. arlote, it. arlotto etc  ), mossuròt;  cascaròt  (en plaça de cagòt a la còsta basca au sègle 17, après un decret eclesiastic baionés qui prohibí l'usatge deu mot cagòt, la significacion aquesta de cascaròt qu'ei extinta mès lo mot qu'ei enqüèra emplegat uei lo dia tà designar las vendedoras de peishs a la criada); diminutiva: caishalòt (caishau petit); cascaròt (cascar petit); afectiva: gojatòt, Janòt; Peiròt; augmentativa: un sarròt, (que plau) a chorròt, augmentativa e despreciativa: qu'ei un planhòt (cf. Coromines, el parlar de la Vall d'Aran) etc. Lo sufixe -òt que pòt autanplan servir tà derivar un gentilice o designar un animau shens nada nuança despreciativa, augmentativa ni diminutiva, ex. Biarròt e caishalòt. Aqueste darrèr mot, en parlar gascon (extint) de St Joan de L.,  (mot atestat en 1694 tà designar lo cauerat), que's pausè en substitucion de la fòrma originau  "caishalut" ( Sent Joan de L. , 1628). Caishalut qu'ei un derivat afixat de caishau (fr. molaire, grosse dent)  dab la significacion de "provedit de caishaus" (fr. pourvu de grosses dents, dentu).  Lo sufixe -òt en gascon qu'ei polivalent, de fèit. 

Atau que vedem l'apòrt de l'afixe celtic -akos  com a hont de sufixes en gascon. Segon l'accentuacion deu manlhèu celtic en latin, celt. -akos  > gc  -ac o -òc, aquests sufixes qu'estón  naturalizats e que balhèn duas fòrmas de mei: -at e -òt, respèctivament, mercés a la prononciacion mirandeso-agenesa. Atau, -akos >-ac, -at, -òc -e òt.  Deu gascon e de l'occitan pròishe aquests sufixes -at e -òt  que viatgèn per totas las lengas romanicas vesias.

PS-1 En francés e domeni d'oil, lo sufixe celtic -akos qu'ei autaplan hèra representat en toponimia: Blagny, Merigny etc.  Qu'ei tanben present au lexic francés, per exemple lo mot francés "vrai" (<verai, emprontat peu gascon ancian : verai) que provien de "veracus" (calc d'ua contruccion celtica probabla: *wirakos), forma afixada de "verus" (fr. vrai, veritable, en celtic: *wiros). La relacion enter lo celtisme veracus ( celtic *wirakos) e lo mot latin verus (o celtic *wiros) qu'ei la medisha que la qui arreliga lo mot latin tardiu birracus, celtic birrakos  au mot birrus (celtic birro- segon Dic. Gaul. Delamarre, E.D.Proto-C. Matasović e Checklist Ward, berro- segon lo Celtic Lexicon) qui significa "cort" (fr. court). Lo nom galo-roman de persona Biracus qu'ei plan atestat ,  Delamarre (Dic. Gaul.) que'u vira en "Courtaud". Lo celtisme birrus  qu'ei l'etimon deus mots gascons barret/berret ( birrittu, berrittu fr. berret),  bret (allofòn de barret, berret)  (bret: fr. personne courte sur jambe), brac (court), braquet  (courtaud, se dit d'une personne, c'est un nom de famille,  mais le mot sert aussi à désigner un type de bovin court sur patte) e barraquet (allofòn de braquet, fr. personne rondelette et de petite taille) (ved. Palay tà las significacions respectivas).  Generaument, lo gascon que s'estima mei emplegar lo celtisme "brac" que non lo mot romanic comun "cort" . Lo succès de l'emplèc de "brac" per "cort" que's  pòt explicar  per rasons au còp de fonetica (expressivitat deu mot "brac") e sustot de desambigüacion. En efèit, "acortar" en gascon que s'emplegava tà díser har entrar, arrecaptar, lo bestiar lahens la cort (de la bòrda); alavetz, emplegar lo verb "abracar" per "acortar" dab la significacion de "har mei cort", que lèva tota confusion possibla. Lo mot "brac" qu'ei un celtisme originari deu gascon costèr com ac indica la soa fonetica, caracteristica deu gascon negue (elision deu schwa pre-tonic cf. bròi per beròi, cantrèi per canterèi,  etc, cf.  autanplan arnelh per *arrenelh; arnegar per arrenegar; arnard per arrenard , arcès (acès) per *arrecès etc.  Lo noste mot deu gascon costèr, au còp hòrt expressiu e hòrt utile,  que viatgè de cap a l'orient, per Gasconha e part de Lenguadòc,  acompanhat per ua tièra de derivats. La quantitat mei grana de derivats de "brac"  qu'ei trobada en gascon occidentau, que s'achicoja a mesura de la distància deu viatge. Qu'ei lo derivat verbau abracar, abracada qui viatgè lo mei luenh, que l'arretrobam, tot solet, en provençau, un gasconisme en aquera modalitat.  Totun lo provençau non sap pas lo quite mot brac ni  autes derivats. 

PS-2 En contra de çò qui poderatz liéger en tots los bons obratges, los sufixes gascons -at e òt ne derivan pas de sufixes "latins" -at(t)us e -ot(t)us. Que son aquestes sufixes latins (medievaus) -attus e -ottus qui derivan deus sufixes gascons -at e òt  qui, eths-medish,  derivan respectivament de las fòrmas -ac e -òc peu biaish de la fonetica mirandeso-agenesa. Las terminasons -attus e -ottus que representan meras latinizacions de -at et -òt, que son gasconismes en latin medievau. Que cau raperar lo gascon qu'èra dejà format au sègle VI mès lo latin que continuè d'estar la modalitat escriuta de la lenga durant sègles e sègles quan lo gascon ne n'èra pas sonque la modalitat parlada. Que la lenga correnta (gascon) b' influesca la modalitat escriuta (latin medievau) qu'ei naturau e normau. N'ei pas briga rasonable postular qu'un mot gascon,  dejà format au sègle VII, posca proviéner d'un neologisme latin atestat mantun sègle mei tard. Lo manlhèu que's degó har meilèu deu gascon cap au latin medievau. Mots deu latin medievau com baleina (fr. baleine), barrare (> fr.  barrer , barre etc), galleta (fr. jaillet, jalet; walon galet, per cambiament d'afixe) norm galon, ang. gallon)  que son d'origina  gascona (baleia, incorporat en latin dab ua mala correccion: baleina), barrat/barrar (cognat esp: vallado, vallar), gascon galeta dab ua geminèa afectant lo manlhèu gascon en aragonés: galleta) e los etimons latins que son respectivament bal(l)ena, vallare e canalis (canale, canalīttu-, canalītta > gasc. gau, galet, galeta). La fonetica hèra singulara deu gascon qu'estó ua sorga de neologismes en latin medievau, quan lo ligam dab l'etimon latin respectiu s'estó pergut a causa de la deformacion morfologica patida peu  mot respècte a l'etimon. Un còp  incorporat en latin medievau, e particularament en latin eclesiastic, los mots gascons que pogόn viatjar per Romania tota e quitament au delà. 

dijous, 15 de febrer del 2024

Des traces du gascon dans la formation de l'espagnol ?

 J'ai déjà exprimé mon étonnement devant l'idée que le gascon puisse avoir arrêté sa progression de long de la  côte cantabrique à Saint Sébastien. Pourquoi cet arrêt s' il n'y a pas de Garonne pour empêcher son expansion vers l'ouest le long de la côte nord espagnole? On a dit que le gascon avait été apporté à Saint Sébastien par une colonisation au 12eme siècle. Qu'il y ait eu apport d'immigrants à Saint Sébastien, ça, on le sait bien. Mais rien ne dit qu'ils étaient gascons ni que cet apport ait été nécessaire pour y apporter le gascon. Et j'en doute.  D'autant que les noms médiévaux repérés comme "gascons" par notre archiviste donostiarrak Serapio Múgica ne le sont pas vraiment. (de) Beurepaire,  (de) Paeget,  (de) Manx, sont des noms étrangers, certes, mais certainement pas gascons, contrairement à ce que pensait don Serapio qui n'était pas linguiste et ignorait tout du gascon. Beaurepaire, (Le) Mans, (Le) Péaget, ces toponymes sont bien français mais n'ont évidemment rien de gascon.   Que ce soient les ancêtres de ces gents de Saint Sébastien qui y aient apportés le gascon est exclu. Dans tous les noms constituant l'onomastique de Saint Sébastien repérée comme gasconne par Múgica , un seul peut se prétendre candidat: de la Mayson. Ce n'est pas franchement très convaincant.  On peut supposer que le gascon n'a pas eu besoin de ces immigrants  pour être parlé à Saint- Sebastien, il s'y est développé comme ailleurs. 

Car on y lit des choses intéressantes dans le fascicule de Serapio Múgica intitulé Los Gascones en Guipúzcoa. Par exemple, cette anecdote:  des Hendayais ont voulu se faire construire une tour-palais  sur la rive de la Bidassoa, on est en 1518. c'était la mode à l'époque, ce qui avait pour effet d'entrainer des rivalités voire des conflits meurtriers entre familles rivales, à savoir qui l'avait la plus monumentale ou la plus belle, on en connait des exemples très célèbres dans notre région, je pense en particulier aux Velasco et aux Salazar dans la vallée du Mena, à une petite cinquantaine de km de Bilbao dans le piémont cantabrique versant atlantique. La tour-palais hendayaise n'était pas du du genre pour plaire à ceux de Fontarrabie qui ont voulu la détruire à coup de canons. Plaintes, jugement avec des représentants des deux pays. En quelle langue,ont-ils échangé, croyez-vous ? En basque? en espagnol? en français? Mais non. Les Hendayais qui peuvent se construire des Tours-Palais sur la rive de la Bidassoa sont de la noblesse et la langue de la noblesse basque, au nord, à toujours été le gascon autant qu'on puisse remonter le temps. Leurs noms de famille sont à cent pour cent basques car ils sont basques et non gascons et le lieu de leur "Ostau" (maison en gascon, casa solariega ou casa solar en espagnol) est un toponyme basque.  Leur nom de famille  est le nom de "l'Oustau" : Johan de Odornoz, Per(o) de Bessassari, Marticòt de Agorreta, ce sont eux, les "Gascons". Ils parlent gascon mais sont basques. Les représentants des deux Etats ont autorisés que le procès se fasse entièrement en gascon et que le compte-rendu s'y fasse dans cette langue, constatant qu'elle était commune et la seule correctement pratiquée par les deux parties. L'État français était représenté par le premier conseiller du parlement de Bordeaux, que le procès se fasse en gascon devait bien l'arranger. Pour le représentant de l'État espagnol, c'est moins sûr, il s'appelait d'Acosta (sic), un galicien sans doute.  Le procès et les actes se sont faits entièrement en gascon. Hélas le document original a disparu dans un incendie à Fontarrabie.  Mais on en a tout de même une version conservée dans un autre fond, la traduction espagnole du jugement accompagnée des témoignages en gascon des deux parties, qui, elles, n'ont pas été traduites. Mais revenons à notre sujet. 

On considère que le castillan s'est formé du côté méditerranéen de la cordillère cantabrique, en Cantabrie elle-même  et dans la région castillane proche de cette dernière. On est à 150 km de Portus Victoriae Iuliobrigensium (aujourd'hui Santander) et surtout de l'autre côté de la cordillère . Et de surcroit, la formation de l'espagnol est relativement tardive. On ne voit pas bien alors ce qui aurait pu freiner le gascon (déjà formé en 600) dans sa progression  vers le sud de l'Aquitaine puis vers l'ouest sur la côte cantabrique, jusqu'à la rencontre avec l'astur-léonais qui , lui, progressait vers l'est. Il ne s'agit pas  là forcément d'une langue rurale au début, surtout au Pays Basque, bien sûr, mais au moins d'un roman parlé dans les ports, commme autrefois à Saint Sébastien, Ciboure et Saint Jean-de-Luz, car le roman est nécessaire pour le commerce. On ne commerce pas aisément avec les voisins Cantabres, Asturiens, Galiciens, Gascons, voire Saintonjeais, Poitevins et Bretons en ne parlant que basque. Le roman procure là un avantage économique et c'est un motif suffisant pour changer de langue après une phase de bilingüisme. Il suffit de quelques générations, très peu, en fait. Et que ce roman portuaire soit relativement unifié au Pays Basque espagnol par rapport à celui de France me semble normal, C'est le contraire qui eut été une anomalie: c'était les même gens et il n'y avait pas de frontière. Et je dirai même, pas seulement au Pays Basque, jusqu'en Cantabrie. Il ne m'a pas échappé qu'à Santander débouche le rio "Pas" (et non Paso) et que pour dire nous sommes, vous êtes,  les parlers de Cantabrie (et ceux d'Extramadure qui en sont issus par la Reconquista)  disent "semos, seis" quand l'asturien et le castillan disent "somos, sois". Se pourrait-il qu'on ait là une trace de cet occitano-roman que l'espagnol, pourtant très soucieux du "bien parler" et de correction, voire d'hyper-correction, n'a pas jugé bon d'effacer ? Ou il n'y est simplement pas arrivé.

 En Biscaye, le toponyme Balmaseda, dans les Encartaciones,  à 30 km de Bilbao, ne s'explique pas vraiment par le castillan. Si le premier élément est roman (Bal), le deuxième doit l'être aussi, selon toute vraisemblance. Le gascon nous suggère maseda, tranquille (mase-t, -da  <mansuetus-a) mais si ça va pour un animal ou une personne, pour une vallée, c'est plutôt étrange et finalement pas très crédible.  Ah mais attention! En espagnol c'est Valmaceda avec une "ceta". Maceda: alors on peut  y voir un cognat du portugais macedo: pommeraie. Maceda est aussi une ville en Galice, ce sont les cognat des toponymes catalans Maçanet, Maçaneda, ce dernier également occitan: Massanède en toponymie officielle. Ce toponyme a la forme Manzaneda en castillan. Le mot espagnol manzana pour pomme se disait autrefois maçana comme  en  oc. et en cat. (latin mattiana). Il y aurait donc bien eu perte du n intervocalique dans le toponyme biscayen, on aboutit justement à la même solution que le galaïco-portugais, c'est logique . On rentre alors parfaitement dans la phonétique du gascon.  On me dit que maceda pourrait être basque, mahatsieta, lieu de vignoble. Mais le mot, ici,  fait bien partie d'un syntagme. Il se réfère à Bal/Val et là on est dans le roman, un syntagme romano-basque, c'est suspect.  Je ne crois pas à cette solution pour cette raison.  Remarquons qu'un ruisseau à Guétary s'appelle Baldareta. Ça m'a l'air d'être le même roman: Val d'Areta. C'est le même Bal. Mais là, il est suivi effectivement par un mot basque mais précédé de "de", exactement comme dans Val d'Aran. On n'est pas dans le même cas avec Valmaceda.  Ce dernier toponyme doit résulter d'une perte d'un  "n" intervocalique (Valmaçaneda > Valmaceda), ce qui révelerait une couche toponymique romane pré-castillane, du type gascon ou apparenté. Ce n'est pas du tout absurde et c'est ce qu'il faut chercher à éprouver. 

 Une sorte de gascon ne peut-il pas aussi faire le lien entre le mot castillan becerra et le latin vitella? La première personne du verbe ser en espagnol: soy, ne pourrait-elle pas être aussi un héritage du gascon ? On ne voit pas bien la relation entre le latin sum et l'espagnol soy, sauf si sum >son > soy et cette mutation n final >y  est bien caractéristique du gascon côtier. Comparons ben > bei (bey) en gascon côtier avec ben > bién en castillan. On aurait avec "soy" un gasconisme fondamental en espagnol et aussi en occitan occidental. L'occitan a siau et son, soi semble bien être un gasconisme en occitan . Le français disait sui, peut-être par analogie avec fui qui est est la forme du passé, mais dans le cas de sui, la prononciation n'est pas diphtonguée, notre "suis" en dérive. Le portugais dit sou, il aurait perdu le n, c'est assez normal, et ce "ou" est-ce une diphtongue? Ce n'est pas sûr cf. louco (<loco < loca < clocca). . A part le roussillonais  qui a conservé som prononcé [sun] et aussi en baléare : som, le catalan standard a rajouté à so ce -c sans doute par analogie avec tinc ou tenc (tenir), vinc o venc (venir) (c'est la finale normale des verbes dans des parlers septentrionaux de transition du catalan du côté de Besalú cantoc = je chante). Le cantabre dit bien soy. L'asturien hésite entre so (la forme portugaise) et soy (la forme espagnole). L'asturien oriental, appelé aussi cantabre occidental, lui, ne semble  pas vouloir prendre partie. Il dit... "ero" (je suis).   La forme "soy" en espagnol est très étonnante  à moins qu'il y ait du gascon dans l'air comme pour Valmaceda.. Et bien sûr, une trace importantissime  du gascon en castillan serait le traitement du f latin qu'on retrouve en cantabre (qu'on admet généralement ne pas être de substrat basque, lui, mais indo-européen si non celtique)  et seulement dans ces deux-là dans la péninsule. En première analyse, le traitement du "f" latin a l'air distinct en espagnol par rapport au gascon.  Mais quand on fouille un peu, le constat change: le traitement était exactement le même en espagnol populaire qu'en gascon, c'est à cette conclusion qu'est arrivé Frank Jodl qui a étudié l'affaire de près : Estigma y auge de prestigio: El cambio f > h en castellano y gascón visto desde la sociolingüística histórica y la lingüística variacional Revista de Filología Románica (2015) 32-1 21-40. La possibilité d'une forme de gascon de la còte cantabrique qui aurait été un substrat du castillan avant  le 8ème siecle pour être finalement remplacé par le castillan est une question qui mérite qu'on s'y intéresse, à mon avis, car elle est assez logique. L'aire f/h du gascon et du castillan sont en continuité par le versant atlantique de la cordillère cantabrique. Le gascon étant une langue  pratiquée au Pays Basque nord, pourquoi ne l'aurait-elle pas été au Pays Basque sud? Pourquoi et par quoi aurait-elle été arrétée à part le castillan? Le basque n'est pas incompatible avec le roman, le gascon a cohabité avec le basque pendant au moins sept siècles au Guipuscoa et au Pays Basque du nord, en admettant que le gascon n'y soit pas dérivé du latin sur place comme ailleurs en Gascogne, ce qu'il est impossible de prouver ni dans un sens, ni dans l'autre.   C'était les mêmes gens de chaque côté de la Bidassoa, on voit mal un roman distinct pour les uns et pour les autres, du moins avant la "descente" du castillan arrivé de l'autre côté de la cordillère et avant l'établissement des Etats médiévaux. Une analyse toponymique attentive devrait être effectuée en Cantabrie et au Pays Basque. Le castillan a l'habitude de corriger les toponymes de manière systématique, on le voit avec les toponymes basques d'origine latine, les versions espagnoles sont systématiquement corrigées par rapport aux versions basques. Mais il pourrait arriver qu'il y ait des oublis, par exemple le mot juen (font-) fait bien partie de la toponymie cantabre en composition (notez qu'on le trouve aussi dans la toponymie alto-aragonaise de Huesca alors que l'aragonais conserve le -f-  en toute position, juen est  donc bien là-bas un vieux gasconisme probable hont > juen, le castillan a fuen, pas juen) alors que le castillan dit fuente (mais fuen en composition toponymique, l'hypothèse d'un gasconisme n'a jamais été évoquée dans ce cas mais il faudrait le faire et l'éprouver), voilà ce genre d'indices qu'il faut recolter et assembler et analyser car "juen" est évidement compatible avec un plus ancien  "hont".  "Maceda" en est un autre exemple. La recherche de la perte du n est un bon indice.  Il peut aussi arriver qu'il y ait des mauvaises corrections, c'est ce qu'il faut rechercher. La toponymie donnera des réponses. 


 PS. Notez les formes verbales en vieux castillan  coñoçuda, movudo, (aujourd'hui on dirait conocida, movido), ces terminaisons en -udo, -uda, celà ne vous rappelle rien? (manuscrit de Miranda del Ebro, 1268). Il est vrai que l'apport gascon n'est pas nécessairement ancien, ici. En effet, ils pouvaient faire partie des "francos" "recrutés" pour repeupler la zone, précisemment à cette époque. Il y avait aussi des Basques qui ont laissé d'importantes traces toponymiques près de Miranda, dont on a un exemple ici (Potançuri). On notera aussi  que le dit Lop Díaç a un prénom bien gascon. Et gascon, le scribe pouvait l'être aussi. On trouve aussi ces formes en -udo -uda dans  des textes médiévaux (XIII)  rédigés en asturien assez bancal, supposés traduits du latin ou rédigés  par des francos d'origine gasconne ou occitane. Voici le texte de  Miranda del Ebro:

Coñoçuda cosa sea a todos los omnes que esta carta vieren cómo, sobre pleito que fue movudo entre Juan Sánchez, escudero de Lop Díaç, por sí e por sos ermanos de la una part, e el concejo de Miranda de la otra part, que demandava Juan Sánchez al concejo sobredicho casas e heredades en Morcuera, que es aldea de Miranda, e molinos e parrales e exidos en Potançuri, e dizieron el concejo de Miranda que lo non avía aver. 

Source: https://cuadernos.cilengua.es/index.php/cilengua/article/view/24



dilluns, 2 d’octubre del 2023

Un punt de sintaxi: (au)tant com; tant qui/que )

 Un aute punt qui’s pòt senhalar (que n’i auré un sarròt!), qu’ei lo d’un torn com tant qui volhas. Un dia, que credoi aver ua allucinacion quan constatèi qu’en un tèxte men, que l’avèn corregit en tant com volhas! Lo corrector, praube coneishedor deu gascon e gran lingüista autoproclamat, n’èra pas capable de compréner qu’ací ne s’agiva pas de comparèr, mes d’intensitat. Aqueth cas (ua excepcion a la règla qui exigeish com après tant) qu’ei totun senhalat per Boset dens la soa Syntaxe:

Pren-te’n (au)tant com volhas.
Que pòdes parlar tant qui (quevolhas, ne cambiarèi pas d’idea.





Aquesta nuança d'usatge  correcte o non enter "(au)tant com" e "tant qui/que" non m'a pas pareishut tan clara en aqueste textòt deu praube E. Gonzalès. Alavètz qu'èi volut consultar la "Syntaxe Béarnaise et Gasconne" de J. Boset (Jean Bouset) qui lo quite Gonzalès e cita, tà sajar de compréner quin  s'explica l'ahar. 

Aquiu qu'avetz çò qui i escriu J. Boset (p. 60, §113).

§113 - Comparatives :
Nous avons déjà signalé (cf. § 60) que le complément d'un comparatif d'égalité se construisait avec la conjonction coum :

N'ey pas ta bèth coum credí.        Il n'est pas si beau que je le croyais
Autant mort coum s'ère au segrat Aussi mort que s'il était au cimetière

                (I. Salles, l'ours)

Néanmoins si le verbe du complément a un caractère hypothètique, on emploie qui de préférence a coum. Ex. :

Autà lèu qui sias tournat            Aussitôt que tu seras revenu 
Que-u te harèy tan gran qui pousqui.    Je te le ferai aussi grand que je pourrai                                                 
...ta beroy qui boulhas               Aussi beau que tu voudras
Per ta hort qui sia                       Si fort qu'il soit
.
..tant qui poudí  
tant com poudí , etc                                ...tant que je pouvais, etc




dilluns, 11 de setembre del 2023

L' òrre "quitament".

En la lenga escriuta deu microcòsme occitanista de Gasconha, e especiaument de Bearn, que i a mòdas mei o mens passadissas. Atau que n’ei de l’òrre quitament(qui Alibèrt ne cita pas, qu’ac cau mentàver), jamei emplegat abans la fin de las annadas 1990 e totun, estranhament e escandalosament consacrat peu diccionari de Per Noste, e de la locucion conjontiva quitament se. Atau que n’ei de mantun(s), -ua(s), determinant indefinit qui existeish (ja que ne s’emplegue pas guaire mei en la lenga parlada deus locutors natius), mes dont l’emplec ei limitat. Au lòc de’s demandar : « Vam, quin disen, o quin disèn non i guaire, entà rénder la medisha idea que lo francés “plusieurs” ? Quin disen, o quin disèn, dab la medisha nuança semantica que lo francés “même” ? », e de har enquèstas sistematicas dens los tèxtes escriuts e oraus, tot l’occitanisme gascon, dab la manca d’ambicion qui’u caracteriza, e davantejat –çò qui ei enqüèra mei grèu– peus lexicografes, que causí la simplificacion abusiva (mantun), o la mèrra invencion lingüistica (quitament ne’s deu pas emplegar hòra de las frasas negativas : Ne l’èi pas quitament espiat ; en Bearn que disem meilèu :Ne l’èi pas solament espiat)."  (Eric Gonzalès, blòg "dia per dia" messatge deu 25/05/2016  ). 

Totun, Palay (1934) que nse'n balha la definicion qui segueish : "quitimén, quitomén (G.); adv. Pas même; comme si; également; même. N'a pas quitimén poudùt parlà, il n'a pas même pu dire une parole. Y èro quitomén lou dròlle, il y avait également l'enfant; il y avait même l'enfant. "

Qu'ac cau plan arreconéisher, se los catalans an "fins, fins i tot, i tot, àdhuc,  incloent-hi ...", los gascons n'èm pas tant arrics de locucions entà arrevirar lo mot francés "même". Se abandonam l'emplec deu mot "quitament",  qué'nse demora?  Malaja, a la question qui eth medish e pausè: "Quin disen, o quin disèn, dab la medisha nuança semantica que lo francés “même” ? » lo praube mèste que'nse deishè shens responsa. La responsa, totun, que la sabem: que disèn meme o mema. Un francesisme, qué. 

EDIT: Ved.  lo comentari deu Halip, un aute mèste, qui testimònia de l'emplec de "quitament" en gascon de la còsta. N'avem pas nada rason entà espudir aqueste mot. Que supausi lo praube Eric Gonzalés ne s'èra pas avisat que i avè duas entradas au Palay: quitement E quitiment, quitoment, dab significacions distintas. 

dimecres, 30 d’agost del 2023

Mandre, mandra, (renard) mandrin (l'utís) : ua ipotèsi etimologica celtista (etimon *màdara).

E sabetz lo mot "mandre, mandra" tà díser renard? Un mot enigmatic. D'après Wartburg que seré un derivat deu latin "marfur" qui designa ua pèça d'un torn; Totun que cau plan díser la relation de "marfur" dab la mandra, qui'n sia fonetica o semantica, n'ei pas evidenta. Wartburg que supausa la relation semantica que vieneré deu fèit que lo "membre" deu renard èra, d'autescòps, utilizat com a principi actiu d'ua preparacion destinada a curar l'impoténcia sexuau , d'aquiu lo nom de "mandre" balhat au renard. Benlèu, bon. Totun, passar de "marfur" a "membre" o "mandre" qu'ei hòrt complicat, çò qui hè l'ipotèsi de Wartburg pòc crededera. 

Ua auta ipotèsi tà explicar lo mot mandra qu'arreliga lo mot occitan au mot catalan mandra qui significa peresa, cf. esp. "mandría": sin valor, inútil ( < it. mandra: cort < grec màndra: monastèri, crampeta de monge). Totun, lo mot en catalan n'a pas briga la significacion de "renard" e lo mot en occitan n'a pas beròi la significacion de "peresa". N'a pas sonque la significacion de renard e la de finòt.  N'ei pas tant evident que s'agesca deu medish mot. N'ei pas impossible tanpòc. Qu'èra l'ipotèsi dehenuda per J. Coromines (ved. zorro in Br. dic. etim. l. castellana)
 

Ua tresau 'ipotèsi qu'arreliga lo mot occitan "mandre", "mandra" au mot irlandés "madra" qui significa "can" e qui ei a l'origina de mei d'un sintagma en irlandés com  "madra rua" = renard (lit. can arroi); "madra allaidh" = lop, lit. can sauvatge; "madra mara" : fòca, lit. can (de) mar; "madra uisce" : loira: lit. can (d')aiga; "madra cainn" = esquiró lit. can d'arbo (sic). Autanplan en guallés que i trobam: "(hwn) madog" : renard : lit. (can) qui tanh au "mad" (madog < madāko-, aqueste sufixe guallés og qu'ei l'exacte cognat deu nòste -ac, -òc < -āko- ); autanplan qu'avem (hwn) madyn : renard , lit. (can) - "mad" petit (*madino >madyn). Aqueste mot "mad" qu'arrepresenta hòrt probablament "mat" qui vòu díser o(r)s. Mat que deriva deu mot deu proto-celtic "matu-" qui a duas significacions se ne son  pas dus mots distints: bon (l'adjectiu) e os (fr. ours). Madog qu'ei d'auhors un petit nom en guallés, dab la significacion de "caritadós", "ben.hasent." (< madāko, de matu- = bon) . Lo mot irlandés "madra" (var. "madara") que vien de l'irlandés ancian "maddar" o "mattar" , possiblament derivat d'ua fòrma afixada d'aqueste mot "matu-" (os").  Aqueste mot "matu" que figura au diccionari de lenga galesa de X. Delamarre, l'etimon qu'ei probablement arrepresentat com a a nom de persona en galés e en galo-latin Matugenus etc). 


En tot cas, l'ipotèsi celtista que supausa ua derivacion d'un mot celtic *màdara tà har "mandra" en occitan, derivacion hòrt mei simpla que non la qui partiré deu mot latin "marfur". Lo mot "mandrin" (id. en francés, manlhevat de l'occitan, lo mot qu'a viatjat: cat. mandri, esp. mandril) que vieneré deu medish etimon. La relacion semantica qui arreliga lo mot "mandrin" au mot "mandre, -a" (renard) que seré similara a la qui existeish en francés enter lo mot "goupillon" e lo mot "goupil".

diumenge, 27 d’agost del 2023

Un mot gascon viatjaire: fonilh

 Bordèu qu'a hèit deu vin un ahar gascon. E lo comèrci deu vin bordalés que permetó lo viatge de mei d'un mot especificament gascon com "barrica", "barril -barriu", etc. Uei que'm vòli interessar au mot "honilh" (dautescòps "efonilh", "enfonilh", fr. entonnoir), qu'ei "fonilh" deu costat de Bordèu. Non, l'etimon n'ei pas celtic, qu'ei lo mot latin "infundibulum". Lo mot que s'arretròba a l' occitan vesin "fonilh", "enfonilh" etc. La simplificacion nd > n que signa un gasconisme . Lo mot "fonilh" que viatgè dab las barricas de vin: los Espanhòus e los Portugués que manlhevèn lo mot (arag.- esp. "fonil" , port. "funil", id.), los Bretons tanben (breton miejan: founilh, breton d'uei: foulin) e los Guallés tanben (fyllen). Se no'm credetz pas quand afirmi lo mot qu'ei d'origina gascona, qu'espèri que crederatz lo FEW qui ac ditz tot egau . Ved. infundibulum, FEW 4, 682.

(publicat a la paja "En gascon" de fb, lo 26 d'agost de 2023)

dimarts, 22 d’agost del 2023

Pourquoi sorelh au lieu de solelh en gascon?

Le gascon a un mot bien à lui pour dire "soleil," qui est "so" (aussi graphié "sou") (< lat. "sole-") alors que l'occitan dit "solelh" (< "soliculus", forme affixée de "sol- solis"). Le mot occitan a diffusé en gascon, où il a du être faussement pris pour une forme affixée du mot gascon  "so", comme "cabelh"  l'a été pour cap (l'étymon latin "capitulus" signifie "petite tête" et par métaphore "épi", en gascon "cabelh" signifie bien "épi" mais aussi "extrémité", "cime de végétal" et même "grosse tête" car pris pour une forme affixée de "cap", sans valeur diminutive).  Donc "solelh" a été pris pour un dérivé de "so". Or il n'y a pas de trace de "l" dans ce mot "so". Le mot solelh a donc été hypercorrigé  en "sorelh", le mot "so" étant faussement rangé dans la liste des mots comme "flo(r)" (fleur), "amo(r)" (amour), "sò(r)" (sœur) dont les dérivés affixés font réapparaître le "r", donc "sorelh" comme "soreta" e "sorilheta" (fr. sœurette). Cette hypercorrection  est fréquente mais elle ne concerne néanmoins pas tous les parlers gascons. 

dissabte, 19 d’agost del 2023

Proto-celtique mello= ballon > gascon meron (meroû, meroun) : melon.

  *Mello- "lump",  "ball" (Celtic lexicon). En breton, mell veut dire gros ballon. Voilà un étymon celtique qui a du ou pu être à l'origine du mot français melon en dépit de l'étymologie proposée dans tous les bons ouvrages. Le mot melon est en effet supposé dériver du latin tardif *mēlo  qui serait une abbréviation du mot du latin classique melopepo -nis  (melon) lui-même adapté du grec. Néanmoins,  la  forme du mot spécifique au gascon est meron  (meroû, meroun),  ce qui pointe vers un étymon  "mello-" avec deux "l" et non pas  avec un seul. En occitan comme en français, le double l intervocalique du latin est simplifié en l simple, on ne peut donc choisir  entre une forme *melo et une forme *mello, elles  aboutiraient à exactement le même résultat dans ces deux langues. Ce n'est pas le cas en gascon, le double l intervocalique du latin y donne régulièrement un r et non un l.  Le " r" intervocalique du mot meron  en gascon nous incite donc à 'identifier  l' étymon comme étant *mello avec  les deux l que l'on retrouve par ailleurs dans le mot italien: mellone. L'étymon serait donc alors le mot celtique mello "ballon" , (aussi colline, tête,) passé en  latin tardif, où le mot a pris le sens de "melon", par métaphore et  sans doute confusion d'étymon. Les formes espagnole, catalane et portugaise melón, meló et melaõ pourraient être le résultat du voyage du mot occitan ou français. Il y a du avoir confusion entre le mot celto-latin tardif *mellone- (du celtique mello: ballon) et le mot greco-latin classique melopepone- (melon), ce dernier ayant été décomposé en "melon pépon" (cf. moyen français "melon ponpon" FEW mēlo 6-1 683). 


divendres, 18 d’agost del 2023

*turi (tour, tertre, colline) > turon et al., tuc, tuca, tuhet, tuquet.

 *Turi* tour (Celtic Lexicon) L'étymon proto-celtique "turi" signifie tour. Tour en irlandais se dit tor (<turi-),  torr en gaélique écossais. Dans ces langues, le sens est plus large que juste "tour" : château, tertre, colline arrondie. Gallois: twr, ancien gallois tor: tour, colline,tertre,  tas.  En gallois contemporain, le mot twr a le sens de colline, comme turon en gascon. On tient là probablement les cognats celtiques des mots gascons, turon et  turròc qui signifient: éminence, tertre, motte. 

La question de l'étymologie du mot "tuc" et sa relation avec l'étymon celtique *turi est posée. Le FEW nous propose un mot *tūkka,"cucurbitacée"  dans une langue inconnue de méditerranée occidentale (FEW 13,2 398). Cette étymologie n'est pas sans poser problème. Le mot "tuc" ne désigne aucune plante en gascon et, contrairement au languedocien qui a les deux formes "suc" et "tuc"  pour dire sommet (en occitan: suc, tuc = sommet, tuca = courge, cf. italien zucca, courge), le gascon ne connait que tuc-a avec les significations associées à l'étymon turi- dans les langues néoceltiques . Il est difficile d'admettre que le mot italien zucca (courge) et le gascon tuc puissent être cognats.  L'hypothèse d'une origine "indigène" pour ce mot tuc -a, typiquement  même si non exclusivement gascon, merite qu'on s'y intéresse. 

 En effet, la forme non affixée tu(r) (<*turu-) pourrait être à l'origine du mot gascon tuc,  adaptaté populairement à l'aide du suffixe gascon -uc, -uca  :   *tu(r)  > *tuüc , -a-> tuc, tuca , éminence, dune, tertre, tas, sommet,   pour cette constuction, il  y a pu avoir attraction du synonyme gascon de turon:  cruc, cruca (étymon celtique krukkā).  En faveur de cette dérivation est l'existence de cet autre mot "tuhet" qui signifie nuque et qui, avec cette signication, est synonyme de "tuquet" (nuque). On peut proposer la séquence suivante: *tu(r) s.m. > tua  s.f. > tuha (h épenthétique, euphonique) >  tuhet (suffixation) > tuhe (dégression).  

Même si l'hypothèse proposée par Wartburg constitue une alternative évidemment recevable, il m'apparait néanmoins vraisemblable que l'étymon du mot italien zucca  soit différent de celui du mot gascon tuc pour des raisons d'abord phonétiques. Il s'agirait plutôt  de  deux étymons distincts qui aurait voyagé, l'un (tuc < tur-) venant de la côte ouest de la Gascogne,  l'autre ( suc <zukka) venant d'Italie . Les deux se seraient croisés et confondus dans leur domaine partagé, à l'est de la Gascogne  (zucca: courge en italien, tuc: tertre, colline; sommet en gascon, suc, tuc :sommet en occitan, tuca: courge en languedocien).  Le mot  "tuc" semble avoir en effet voyagé à la fois dans le domaine occitan et dans le domaine catalan pyrénéen voisin du gascon (Pallars et Ribagorça, tuc = pic, cim). Le mot a pu aussi s'enraciner en asturien (tucu: protubérance dure, cf. FEW 13,2 398), un emprunt au gascon  possible.  

 En gascon, on note une confusion  de l'étymon *turu- avec tufus (cf. tuha :ensemble d'arbres sur une éminence)  et  un croisement du même étymon avec terra (d'où tarròc = turròc). En résumé, l'étymon "gaulois" "turra" inventé dans FEW 13,2  p.433, pour expliquer turon est une erreur. La forme est bien turi- selon les spécialistes du proto-celtique , et il se pourrait donc  fort bien que le mot "tuc""-a"  (mot voyageur) en dérive par une affixation  triviale en gascon avec le suffixe -uc, -a à partir de la forme non affixée   *turu >*tu(r) > tuc. De même, l'affixation de *tu(r) avec -et a pu conduire à "tuhet".