dijous, 28 de febrer de 2019

Cat. aloja (gasc. hada, encantada) deu gascon " aloishar" (etim. lat. fluxu)

L'aranés qu'a un mot "aloishar (grafiat atau au dic. de l' Institut d'Estudis Aranesi), qui ei afin au mot deu dic. de Palay esloishar, qu'ei a díser har hloish (grafiat loish au dic. I.E.A.. gasc. (h)loish = cast. flojo, cat. fluix, deu latin fluxu-). Aloishar que vòu díser "rendre faible, affaiblir; rendre lâche (pour un lien), donner du mou, qu'ei l'exacte equivalent deu vèrbe catalan "afluixar" dab loquau partatja las medishas significacions. 

De manèira interessanta, que trobam un substantiu en catalan, concrètament "aloja" (s.f.), qui rapèra lo noste vèrbe gascon. En catalan normatiu, "una aloja" qu'ei ua hada (fr. fée) mentre , en catalan de Conflent , l'expression "tenir les aluges (prononciacion setentrionau per "aloges") que significa "aver los dits baubs d'ehred" (fr. avoir les doigts engourdis par le froid"; cat. tenir els dits balbs de fred; exemple: "Amb aquesta fred, tinc les aluges" (Dic. Nord-Català, Camps-Botet). 

La relacion deu mot catalan "aloja" dab lo mot gascon (conservat en aranés) "aloishar" qu'avè escapat a la sagacitat deus linguistas, Coromines inclús. Entà explicar lo mot catalan, Coromines que prepausè com a etimon lo mot latin "alluies"qui significa inondacion. La relacion semantica enter lo concèpte d'inondacion e lo de hada (dauna d'aiga) que demora possibla, ja que pro rara e, a la fèita fin, hòrt dobtosa,. A mei, lo concèpte d'amorrit, de baub, ligat au mot en Conflent, que hè l'ipotèsi etimologica de Coromines pòc crededera. Per contra, l'ipotèsi d'ua derivacion deu mot catalan a partir deu mot gascon qu'a l'avantatge d'estar compatibla dab las duas significacions, la deu mot "aloja"en català generau com dab la deu mot "aluja" en Conflent: la hada qu'aloisha la soa victima per hat e los dits de'u qui a "les aluges" que son plan aloishats. Totun, la derivacion aquesta que passa per ua mutacion de sh en j. Quina ne seré la causa? Ua explicacion possibla qu'ei l' influéncia d'un aute mot gascon, concrètament "goja", qui, especificament en Catalonha, designa ua dauna d'aiga, ua encantada. Goja non significa pas briga "servidora" en catalan, qu'ei sinonime d'"aloja". La prumèra atestacion deu mot goja qu'ei recenta en catalan, ne remonta pas sonque tà la fin deu sègle 19, lo manlhèu que sembla modèrne.

Quan ves disèvi que lo gascon n'èra pas considerat...Lo gascon qu'estó parlat en Catalonha durant sègles, en dehòra d'Aran, pr'amor de las comunautats que i vivèvan. Qu'a deishat traças especificas en catalan de Catalonha com, per exemple: noi, de ninòi; galleda, de galeta, la de la hont (canaleta); gaús; gamarús; xot; gamar-se; gallorsa; Déu n'hi do, quequejar (cat. tartamudejar), esperracar, perrac, parrot, goja etc, etc. Lo mot "aloja" que n'ei ua de mei.

dissabte, 9 de febrer de 2019

Ar(r)ian, ar(r)ianglo = fr. vautour. Étymologie: eri- (= aigle) affixé (-anu) et en composition (-aquilu)

Dans un post précédent, nous avions relié les mots basques kaheka (chouette) et gauhontz (hibou) à l'etimon indoeuropéen *kaw representé en celtique et en roman par les mots  *kawos (cauus, oc. còis, caús; gascon: guèhus, gahús, catalan: gaús etc. = hibou, chouette), kawa (caua, a.fr. choue = chouette, corneille, choucas; esp. chova = corvidé genre chocard), kauannos (cauannus, chat-huant , breton kauann, kauenn etc), kauekka (caueca, òc cavèca, gasc; gavèca, fr. chevêche irl. caóg, gael écos. cathàig= chouette, hibou; gallois cauci= choucas des tours) et kauetta (cauetta, fr. chouette) qui désignent des rapaces nocturnes et des corvidés.

Aujourd'hui je vous propose de nous intéresser à une série de mots haut-commingeois et aranais qui désignent le vautour: arrian (attention: n vélaire, pron. "arriang") var. arian, arianglo (var. arrianglo) et trango. Rohlfs a rapproché ces deux premiers mots avec le mot basque "arrano "qui signifie aigle et a suggéré une dérivation phylogénétique des mots gascons à partir du mot basque. Cette hypothèse n'est pas vraiment satisfaisante dans l'état. On ne voit pas vraiment comment "arrano" aurait pu conduire à "ar(r)ian(g)" e "ar(r)ianglo".  L'hypothèse de Rohlfs ne fut d'ailleurs pas acceptée par Coromines qui nous a proposé une autre piste. Dans le mot ar(r)ianglo le regretté linguiste catalan y voyait une composition de deux mots, l'un d'origine latine "a(n)glo", forme masculine ou masculinisée d'agla (aigle, du latin aquilus/a = marron- fauve, aquila =  l'aigle, c'est-à-dire littéralement la "fauve", la "marron"), l'autre non-latin mais tout de même d'allure indoeuropéenne: "ari-. J'y reviendrai. Dans le Val d'Aran, Coromines a recueilli un troisième mot synonyme des deux autres : trango (Coromines, el parlar de la Vall d'Aran), où il y retrouve le mot ang(l)o en composition. Pour l' élément intial tr ou tra , Coromines a suggeré vultur (vautour)= *vulture aquilu -> trango. Franchement, cette dernière proposition ne me plait guère car elle nous éloignerait trop du chemin phonétique qui conduit du latin vulture au mot botre, butre, buitre (=vautour) en roman et en gascon en particulier. Par contre, je remplacerais volontiers  vultur(e) par "astor(e)" qui a donné estor en gascon, astore-aquilu - est(o)r-ang(l)o - estrango - trango,  cela me parait bien plus cohérent phonétiquement,

Quant au mot qui serait associé à aquil(us/a) dans arianglo, cet enigmatique  'ari', Coromines supposait un mot indo-européen, peut-être le mot gothique "ar" (qui veut dire aigle). Ce n'est pas impossible, mais je serais plutôt tenté d'y voir un descendant du mot  celtique "*er( i)nos"  pour aigle en gaulois; d'ailleurs le mot basque arrano pourrait tout aussi  bien descendre également de ce mot celtique. Ce mot semble pouvoir avoir eu la forme eri- en composition selon l'hypothèse rapportée par  X. Delamarre (Dic. Langue Gauloise) qui nous renseigne avec les syntagmes "eribogios" ="aigle frappeur; "eridubnos" = aigle noir; "erepus", "eripus", "Er(r)iap(p)us" (théonyme, nom de divinité commingeoise, apparaissant sur une vingtaine d'inscriptions votives en bon latin trouvées dans un sanctuaire à Saint-Béat (voir D. Nony, Le dieu Eriapus dévoilé, Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, Bd43 (1981) pp. 243-248).  Ce théonyme Eriapus (var. Erriapus, Eriappus, selon les inscriptions)  est interprétable par le celtique et se traduirait littéralement par Oeil d'Aigle, que l'on pourrait aussi peut-être traduire moins littéralement par Semblable à l'Aigle cf. X. Delamarre pour les interprétations et les références, voir aussi J.P.  Savignac, Dic. Français-Gaulois, La différence 2014).  Le dieu Eriapus était vénéré par les Convennes (nation celtique d'Aquitaine, ancêtres des Commingeois) mais aussi par les Conserani (mal lu comme "Gomferani") (Couserannais). Eriapus était visiblement un dieu guérisseur, les inscriptions sont toutes des remerciements pour soins rendus, des formules votives. Je cite, comme exemple,  la transcription avec les "Gomferani" (comprendre  Conserani): Erriapo deo Gomferani posuerunt v(otuir.) s(olverunt) l(ibentes) m(erito)).

 Le mot Er(r)ius sous cette forme ou une forme proche- entre dans la formation de noms et sobriquets gaulois et gallo-romains: Errus (de *Eriros, selon Delamarre), Erredius, Errimus, Errimocito ("Qui a la puissance de l'aigle") (X. Delamarre, DicGaul.). Nony suggère que la montagne de "Rié" (en gascon Arrie), au-dessus de St Béat , tire son nom de ce mot  eri- (Nony, 1981, ref. cit.. ).

Ar(r)ianglo (Proto-roman *eri' -aquilu) pourrait donc se traduire mot-à-mot par aigle-aigle mâle (cf. trango) ou peut-être plus simplement "aigle fauve" car aquilus signifiait aussi fauve (la couleur marron) en latin. Cette dernière interprétation fait sens (cf. eridubnos, aigle noir) dans la mesure où les Celtes et les Vascones n'avaient  pas de mot pour désigner spécifiquement la couleur marron fauve (en gaulois ba(d)iolos -fr. bai- designait un cheval bai plutôt que la couleur elle-même). Les basques ont emprunté le mot marroi au roman. Pour dire vautour, le basque dit "sai", vautour fauve se dit sai arrea (lit. vautour gris, vautour sale), on dit aussi populairement "arranobeltz" (lit. aigle noir).

Le deuxième mot arrian  ou arian serait de formation plus simple, forme affixée d'eri- avec -anu (proto-roman: e(r)rianu :qui appartient à l'aigle, l'Aquilin. La construction de *errianu par rapport à *erri- est la même que celle de lugran par rapport à lugre (du celtique lugra = lune). Dans ce dernier cas, les deux mots lugre et lugran sont bien synonymes (astre, oeil au figuré). Lugran (astre, oeil) comme lugret (étoile, éclair)  représentent en fait des dérivés masculins de lugre qui devait être féminin à l'origine, cf. le mot gascon alugret (fr. étoile, éclair) qui renvoit à l'alugre, probablement pour la lugre (en gascon occidental lugra et lugre se prononcent exactement pareil), même si l'occitan ne conserve le mot lugre que sous forme masculine, probablement à cause de lo lugret -> lo lugre. Le n final d'arrian est vélaire (-ng) comme celui de lugran. Il s'agit peut-être à nouveau de masculaniser un mot à l'origine féminin comme le suggère l'hypothèse toponymique de Nony: Erria -> Arrie. Erria (fem.) -> Errianu (m.) et comme le suggère aussi l'autre mot arrianglo, la terminaison -o pouvant être interprétée ici comme masculinisante (c'est-à-dire que le vautour est considéré comme le mâle de l'aigle - agla). Le passage de e(r)ri à a(r)ri n'est pas du tout irrégulière en gascon, l'e et l'a pretoniques se prononçaient vraisemblablement de la même façon en gascon ancien, cf. trebuc vs trabuc, demorar vs damorar etc.

Le fait que ce mot "eri-" soit associé à une divinité a pu favoriser sa conservation par les "Vascones" des bords de Garonne qui ont gardé ou assimilé un certain nombre de mots de la religion des Celtes. Un bon exemple est le mot "taram" qui signifie tonnerre en gascon de notre région (luchonnais et environ), du gaulois Tarannos le dieu de la foudre, ce fait est relevé par X. Delamarre (Dictionnaire de la Langue Gauloise, adresse Tarannos) et relisons aussi ce vers du poète et linguiste luchonnais Bernard Sarrieu, écrit dans un élan très romantique:  L'as aujit, et Taram, lounh, et Taram? (Era perigglado) (L'as-tu entendu, le "Taram", loin, le "Taram"? (L'orage). Il y aussi les mots de la famille de lugre, lugran etc (de Lugra, la "Brillante", nom de la lune en celtique ancien). La liste des celtogasconismes comprend aussi des noms de poissons migrateurs de l'estuaire de la Garonne: colac (alose, lit. "pointu"), creac (esturgeon, lit. "carapacé") et aussi celui du cachalot: cauerat (anciennement cauerac: lit. "colossal", "gigantesque").  Tous ces étymons celtiques sont propres à la langue gasconne, on ne les retrouve nulle part ailleurs dans la Romania. Il convient de souligner ce point car il est trop souvent ignoré ou passé sous silence. Certes, les Gaulois occupaient des positions périphériques dans l'Aquitaine antique: bord de Garonne, de la Gironde au Val d'Aran et côte du golf de Gascogne, mais ils ont néanmoins laissé des mots spécifiques au gascon, dont certains, comme lugran, se sont répandus bien au delà des Celties de l'Aquitaine antique.


N.B. L'image du vautour est tirée de la wikipedia (Vautour fauve Gyps fulvus).





divendres, 1 de febrer de 2019

A propos du mot gascon "gahús": étymologie et parentés (texte en français).

Le gascon a plusieurs mots pour dire "hibou", l'un des plus populaires est "gahús". On le retrouve en catalan sous la forme "gaús" et en languedocien pyrénéen sous la forme "gabús". La comparaison de toutes ces formes entre elles nous suggère que l' h interne du mot "gahus" n'est pas étymologique, c'est une consonne de soutien (en gascon, "h d'aconòrt") pour garder le mot sous forme bisyllabique. De fait, dans les textes en ancien gascon, le mot a la forme "gaus", il n'y a pas de trace d'h (cf. dic. Raymond-Lespy). Gahús est une variante de gaús, comme sahuc, flahuta et atahut sont des variantes respectivement de saüc, flaüta et ataüt.


 De la même façon que le mot gascon gavèca (chouette) nous renvoie au mot occitan (et aussi gascon) cavèca (id.), il est permis de penser que le mot "ga(h)ús" est une variante gasconne du mot 'caús" qui signifie hibou en occitan (également en gascon: caús, cauús, caiús cf. Palay et Ausèths, F. Beigbeder). Aussi cauuch (cauuth) en gascon de Bordeaux, cf. G. Balloux et F. Beigbeder et gauús dans les landes (Arnaudin, communication de Bruno Muret). En fait le mot gascon existe sous deux formes accentuées différemment: ga(h)ús et guè(h)us. En occitan aussi on retrouve ces deux modes d'accentuation sous les formes "caús" et "còis" (prob. pour càis).

Les mots français chouette et chevèche et le mot occitan cavèca nous pointent tous vers un mot-etimon *kàua dont kàuus pourrait être la fòrme masculine ou masculinisée et les mots *kauetta (fr. chouette)  et *kauekka (qui a donné en roman: cavèca, gavèca, chevèche, chavèca etc , et, indirectement en aragonais: babieca; en gasc. shibèca, en cat. xibeca; en basque: kaheka etc) sont des dérivés par affixation. Ce mot *kàua est homonyme et cognat d'un mot francique kàua  qui designait un autre oiseau criard, la corneille ou le choucas. En fr. régional chauve (de *kawa) peut désigner le choucas, en néerlandais "kauw"  signifie choucas, de même le mot gascon cava, de même étymologie. Le gascon a aussi toute une série de mots adaptés de la langue d'oil  pour désigner le choucas des tours (Corvus monedula)- espèce ne nichant pas dans le trangle aquitain: chauga, chaude etc - du mot d'oil chauwe, chauve. De même, le castillan utilise le mot chova qui vient de notre mot de l'ancien français choue pour désigner le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus), espèce montagnarde strictement cantabropyrenéenne en Espagne, de la Galice à la Catalogne. Mais, dans notre cas, le mot désigne bien un rapace nocturne, comme en allemand, d'ailleurs, puisque Kauz signifie hibou en allemand (synonyme de Eule). La conservation de l'état bisillabique de cauus, tout-à-fait anormale, je l'explique par la valeur onomatopéique du mot dans cet état, qui évoque un cri de rapace.

D'où peut venir ce mot càuus?  Alan Ward dans "A checklist of Proto-celtic Lexical Items" y fait figurer *kawa (adresse kawã = "owl", c'est-à-dire n'importe quel rapace nocture de la famille des strygidés- chouette ou hibou)  en même temps que kawannos ou cauannos qui en dériverait. En fait, Ward se base sur le mot de l'ancien français "choue" (dont chouette est une forme diminutive) pour en déduire l'étimon *kawa.  Nous savons effectivement qu'en ancien français, choe (var. choue, chue, cauwe, chauwe  etc ) pouvait signifier indifféremment  chouette et choucas (cf. le dic. Godefroy d'ancien français) et l'on suppose (peut-être à tort, car la double signification -corvidé-strygidé- de l'etimon se retrouve dans les langues neoceltiques britonniques, breton et gallois ) que la signification de choucas ou corneille, corvidé en tout cas, nous vient du francique.  Nous savons (par des écrits latins) qu'en gaulois, le hibou se disait cauànnos (mot latinisé en cauànnus) (cf. par exemple, X. Delamarre Dic. Langue Gauloise, adresse cauannos, voir aussi les dictionnaires de protoceltique). Par analogie avec kauekka, kauetta, de *kaua (fr. choue, chauwe, chauve), ce mot cauànnos pourrait représenter un derivé affixé de kàuos (peut-être une forme dérivée de *kawamos, le criardissime? cf. andecaui; ou un dérivé verbal: le criant, celui qui crie?). Nous pouvons, avec des arguments solides, postuler qu'un mot *kauos  existait bien en celtique ancien. On le trouve en effet dans la composition de toponymes gaulois et, toujours en composition, dans les noms de plusieurs nations gauloises (cf X. Delamarre, DicGaul. adresse cauo-? p. 111.).  Je citerai, par exemple la nation des "Andecaui", (ande - caui) qui ont donné leur nom à l'Anjou et à la ville d'Angers, on a aussi les "Bursocaui", etc. C'était aussi un nom de personne en Gaule, romanisé en Cauus (fem. Cauua, var. Caius, Caia v. Delamarre). La seule chose qui est hypothètique, c'est la signification de ce mot kawos en gaulois. Je suppose, sans preuve, qu'il signifiait "hurleur", criard et s'appliquait pour désigner des oiseaux bruyants et inquiétants comme le hibou voire aussi la corneille et que c'est ce mot celtique qui est à l'origine de notre mot occitan cauús et de l'allemand Kauz. Ande- est une particule augmentative en gaulois, correspondant à  très ou fort en français.  Andecaui pourrait signifier les très criards, les très hurleurs ( plutôt que les très creux, d'un autre mot kawos, cognat deu latin cavus, gascon cau; les "très-creux", ce n'est pas franchement valorisant pour des guerriers gaulois.) A la base on aurait la racine indoeuropéenne kaw qui évoque un cri strident (plutôt d'animal, oiseau, chien), kawos serait au sens premier "criard",ou "hurleur" "celui qui crie" voir, à ce propos, le dic. de la langue gauloise de X. Delamarre, et aurait servi  à désigner de manière générique des oiseaux au cri inquiétant ou désagréable du type rapace nocturne voire aussi des corvidés.  Toutefois, dans les langues britonniques modernes (P-celtiques), seul "kauannos" a laissé des descendants pour dire "hibou", pas kauos ni kaua, et c'est bien là le problème. En revanche kawa, ou plutot son dérivé péjoratif kawèkka, a laissé des descendants en gaélique (Q-celtique). En irlandais et en gaélique écossais, on trouve les mots cognats caóg et cathaig pour dire chouette (cf. le lexique de proto-celtique d'A. Ward) , ils pourraient être considérés  comme cognats  de "kauèkka (soit en gasc. cavèca / gavèca, fr. chevêche, euskara "kaheka"). On trouve aussi en gallois (P-celtique) un mot apparenté à notre cauèca sous la forme cawci, mais il ne désigne pas le hibou, il désigne un corvidé, le choucas des tours (Corvus graculus), comme kauw en néerlandais, cava et les équivalents dérivés d'oil (ex. chauga de "chauue" etc. ) en gascon. Ce fait pause question sur l'apport sémantique allegué du francique, pourtant généralement admis. Il n'est pas impossible que la double signification hibou- corvidé de "choe, choue" ait été déjà présente avec le mot *kaua (lit. criarde) en celtique. En gallois,  cwan (de kauannos) signifie chouette, en breton kaouenn var. kaouann (id.) désigne un rapace nocturne, hibou ou chouette, de même cowann en cornique. Toutefois, kaouenn peut aussi désigner localement un corvidé en breton, de même que le mot chouette en français.  Le mot français chouant, chat-huant et le mot gascon (oil d'origine) chavan (fr. hibou) dérivent tous de kauannos.Pour désigner de manière générique un strygidé,   l'irlandais a recours à des syntagmes pouvant se traduire littéralement par sorcière de nuit (cailleach oiche, également en gaélique d'Ecosse) et tête de chat (ceann cait, spécifiquement pour le grand duc et le moyen duc, cf. chat-huant en français et gat-hum en gascon). L'irlandais utilise aussi un terme générique propre: ulchabhán qui peut être compris comme "barbe blanche" (ulcha bhán) en irlandais contemporain mais on peut se demander  s'il ne pourrait pas plutôt représenter un dérivé de cauannos en composition (ul (?) + c(h)abhán) , similaire au mot du gallois ancien tyllhuan (id.). Il est possible que "kauannos" ait fini par supplanter "kauos" en P-celtique à cause de l'homonymie de ce dernier  mot avec un autre mot "kauos", qui signifie creux, cognat du mot latin cavus (gascon cau, cava) (cf. X. Delamarre pour l'existence de ce deuxième mot "kauos" et de ses descendants en langues néoceltiques). C'est mon hypothèse.

Il n'est pas impossible que la relation entre kauannos et notre mot kauos (latinisé en cauus) soit du même type  que celle observée en gascon entre les mots arland (arlàn) et arlòt. Arland  (fr. pillard, brigand) vient du verbe arlar (arlà) = ravager, à l'origine par les mites, mite se dit arla (EGF arle) en gascon.  Arlòt (pillard, brigand, mais aussi maquereau, homme de mauvaise vie) est un substantif dérivé par affixation masculinisante de arla: mite. Donc on a un doublon synonyme, l'un construit à partir du verbe arlar, l'autre à partir du substantif arla. Seul arlòt s'est exporté dans les autres langues romanes et aussi en anglais (harlot). De manière intéressante, la forme anglaise présente l'h de soutien, ce qui suggère un emprunt direct au gascon oral (cf. le mot basque har qui veut dire ver; (h)arla  viendrait de (h)ar   la(n)a, lit . ver  laine). Je pense que les pillards à l'origine du mot étaient gascons (vascones en latin), comme le mot.


Mais revenons à nos moutons, pardon, à nos volatiles nocturnes. De la même façon que les basques ont hérité du celtique leur mot pour dire chouette, "kaheka" en basque (celtique kauekka, oc. cavèca, fr. chevêche, irlandais caòg, gaélique écossais cathaig), le mot basque gauhontz, var. dial. gauhüntz, gauhuntz, qui signifie hibou, pourrait être vraisemblablement hérité de ce mot celtique kauos, soit directement à partir du celtique ancien, soit via le gascon gahús.  Dans cette hypothèse, l'h de gauhontz serait, comme celui de gahús, une consonne de soutien pour maintenir le mot, de grande valeur onomatopéïque, à l'état bisyllabique. En basque, ce mot gauhontz sonne comme un mot composé, le premier évocant la nuit (qui se dit "gau, gaue" en basque), la signification du second pouvant être alors assimilée à celle d'un oiseau. En fait, en basque, le mot "simple" hontz (var. dial. huntz, hüntz), probablement emprunté à, ou plutôt dérivé de gauhontz (var. dial. gauhuntz, gauhüntz),  peut être utilisé à la place de ce dernier pour dire hibou.  Cette décomposition d'un vrai faux mot composé "gau-huntz" (le "huntz" de la nuit, le hibou de la nuit) dans la langue indigène, trouve son équivalent en roman avec le mot non-lexical "hus", provenant de gahús, calcant ainsi le mot basque huntz ou hüntz qui signifie hibou respectivement en navarrolaboudin et en soulétin. En roman, "hus" désigne un volatile nocturne, ou plus exactement, entre dans la composition de mots designant un volatile nocturne de manière générique, rapace ou chauve-souris. Par exemple:  tinha-hus (graphié tinhahús par Per Noste, tignehùs par Palay, tigne-hus par Camelat et Mistral) signifie chauve-souris en gascon. Ce mot ressemble à un syntagme lit.  teigne-hibou, teigne-oiseau . On retrouve cette association de la teigne et de l'oiseau de manière très claire dans un autre mot composé synonyme et linguistiquement  plus orthodoxe pour le romaniste:  en luchonais, pour dire "chauve-souris", on dit "tinhaudèra" (pour tinha- audèra):

Et fèbble crit des tinhaudères
Pedj aire gris mès haut que ba !
(B. Sarrieu, Memorio, Mars 1898).

(Eth fèble crit des tinhaudères
Peth aire gris mès haut que va!)

Le cri ténu des chauves-souris
 Dans l'air gris monte plus haut!

Ce mot "tinhaudèra" est composé de tinha (teigne) et d'audèth (oiseau),  le tout féminisé.  On retrouve un syntagme de construction semblable avec le mot gascon tumahús (représentant, selon moi, tumar-hus), qui signifie taciturne. Ce mot désignait probablement la chauve-souris à l'origine, par tumar-hus je peux comprendre littéralement volatile nocture qui "tume", c'est-à-dire qui cogne de la tête (la chauve-souris qui s'introduit par accident dans une pièce cherche à sortir par la fenêtre et se cogne contre la vitre). Le mot tinha-hus lui-même peut servir à désigner une personne taciturne, voire un sournois (Palay) . En catalan, on trouve une autre construction syntagmique analogue, "gamarús" qui désigne, cette fois-ci,  la chouette hulotte. Selon moi, ce mot catalan  "gamarús" représente en fait "*gamar-hús": lit. oiseau nocturne, hibou ("hus") qui"gama", c'est à-dire qui apporte le "gam", la maladie du bétail. Cette construction est, de fait, typiquement gasconne. On sait que les gascons ont constitué une ethnie importante en Catalogne. Ils y ont en particulier remplacé les Morisques  (les Musulmans, expulsés sur décret en 1609)  pour le travail de la terre, l'élevage et le pastoralisme, occupations dédaignées par  les Catalans qui les jugeaient indignes et les réservaient aux minorités ethniques, à l'instar des Espagnols de l'époque.  Du gascon, le catalan de la Principauté (et du Nord) en garde d'importantes traces linguistiques. Ce mot gamarús est strictement du catalan de Catalogne, il est étranger aux Baléares et au Pays Valencien, comme beaucoup d'autres mots ou expressions catalans d'origine gasconne, comme, par exemple, le mot gaús lui-même, ninoi d'où noi, gojat, Déu n'hi do, galleda, peut-être aussi "coma" au sens pyrénéen du terme (estive d'altitude sans précipice) et probablement gallorsa (paturage communal servant d'estive, cf. gascon galihòrsa) etc, etc.

Le mot français chauve-souris nous renvoie à notre mot supposément celtique "kàua" (hibou, chouette), qui a donné en français "chauve" (cf. CNRTL, et en gascon cauva dans soritz-cauva, c'est à dire ici un mot qui a pour concept un volatile nocturne. Au fond, "chauve" et en  gascon "cauva" représentent l'équivalent sémantique du "mot" gascon hus (cf. le mot basque huntz = hibou).   La chauve-souris, ça ne veut pas dire la souris qui n'a pas de cheveux mais c'est le "hibou- souris" ou la "chouette-souris", appelée ainsi parce que c'est un volatile nocture (chauve = chouette) à l'allure de souris.

Je constate avec satisfaction que le CNTRL a fini par adopter cette hypothèse que j'avais exprimée il y a déjà quelques années, en gascon et dans ce blog, à propos de la relation étymologique et sémantique entre la chauve de chauve-souris et la chouette, à une époque où l'on ne donnait que le sens francique au mot chauve (corneille), y compris sur le site du CNTRL .  Comme quoi étudier le gascon peut aider à faire progresser la philologie française, même quand on n'est pas linguiste "professionel".  Et contribuer à faire progresser la connaissance et la compréhension de "l'Anar deu Monde"  n'est pas la moindre des satisfactions de l'auteur de ce blog.

dilluns, 14 de gener de 2019

A propos de la structure de la phrase gasconne

La phrase du gascon occidental a une structure nettement différente de la phrase occitane ou française quand elle inclut une subordonnée, à cause de l'emploi de la particule "que". L'énonciatif l'emporte et on évite la redondance. Tous les exemples ci-dessous sont tirés de "Lou Bartè", petite comédie en quatre actes dont l'auteur est Césaire Daugé (1848-1945). Membre de l'Escole Gastoû Febus, majoral du Félibrige, Daugé fut l'auteur d'une Grammaire Gasconne et d'une abondante littérature en gascon.

Gascon: Que cau dise lou mounde qu'a besouy de ha so.
 Oc. Cal dire que lo monde a besonh de ganar d'argent.
Fr. Il faut dire que les gens ont besoin de gagner de l'argent.

Un autre exemple un peu différent avec dinca (jusqu'à):
Mais la casserole a le temps de bouillir jusquà ce que papa revienne avec le porc qu'il veut acheter. Mes lou toupin qu'a lou temps de bouri dinc'à Papa que tourni dap lou porc qui bo croumpa.


 La combinaison "que non pas" ou "que ne pas" doît être évitée à tout prix, en toute circonstance. Cela peut se faire en oubliant "que":
Be souy jou la hémne malerouse! Que'm tourne pec, cen cops mey pec nou pa lou Cameliroy.
 Je suis donc bien la femme malheureuse! Il me rend folle, cent fois plus folle que le Cameliroy (Cameliroy était le surnom que se donnait un personnage burlesque ayant réellement existé).

Notez que pèc reste masculin dans l'expression gasconne et que Daugé (Aire / Adour) prononce pec et non pèc. On est dans les Landes.

diumenge, 6 de gener de 2019

Baja, baia, bajard, bajòu, bajolar, badina, badia, bahía, baina, baïna: petit estudi etimologic.

Lo diccionari PN  e lo Tot en Gascon que prepausan lo mot baia entà virar lo mot francés baie.  Lo mot qu'ei au TdF devath la fòrma baio. L'etimologia deu mot francés baie n'ei pas tan clara. com ac rapèra lo Sr Sumien en un article deu jornalet, lo mot qu'apareishó peu prumèr còp com a toponime au domeni d'òil (La Baye) e de toponime lo mot que seré vadut substantiu dab la significacion de rada, gofet.

Totun, aqueste mot (se non un omonime) qu'ei tanben occitan, que designa un riu deu Tarn e Garona, un afluent d'Aveiron: la Baja o Baia (en fr. la Baye). L'etimologia admetuda que n'ei  lo mot galés badios var.bodios qui significava jaune, blond (cf. Dictionnaire de la Langue Gauloise X. Delamarre, badios, bodios p. 63). La Baja o Baia qu'ei la jauna, l'arriu jaune. L'oronime que pòt tanben aver la fòrma bo(d)ia: l'arriu "buèges" en Eraut que's disèva boia au sègle X (lit. la "Jauna" , cf. Negre, citat per X. Delamarre), autanplan l'arriu "Buëge" en Hauta Savoia. Lo mot galés qu'entra a la compausicion d'un certan nombres de toponimes, en particular Bayeux, deu nom de la nacion galesa deus Baiocasses, var. Bodiocasses (lit. les "boucles blondes" segon Delamarre),  autanplan Garan(o)bodio a l'origina de Gramboès en Vauclusa. Segon Xavier Delamarre, la fòrma primitiva deu mot qu'èra badios, vadut baiu- en proto-romance.  Lo mot qu'estó manlhevat peu latin com a color de peu especiaument peus chivaus, brun jaunenc o brun roge : badius -> baiu -> -> fr. e catalan bai, e/a, esp. bayo,a. Autanplan en gascon, baget e bajard (brun jaunenc o roge), que representan fòrmas afixadas de bai, baja. Qu'èra tanben un nom de persona: Baius, Baiolus (*Badiolus), d'on derivan en francés e en occitan: Baye, Bayol. En Gascon, lo mot e nom de familha baiet, Bayet (blond, marron clar) qu'a la medisha origina (autanplan en francés ancian bayet, id.).  Dautscòps qu'emplegavan "la baie" o 'baiette' 'bayette' sòrta de teixut de lan dab loquau se hasèn pelhas e draps. En gascon tanben, qu'avem los mots: bajòu, bajòla, bajonet e bajonòt (EGF bayòu, bajòu, bayòle, bajòle, bayounet, bayounòt)  (sòrta de teishut tà troçar lo nenet) e abajolar (mettre dans les langes), bajolar (v.) (que bajòli = fr. je berce ou je lange), probablament per confusion etimologica de ba(d)iolus-a (jaunenc, marron) dab bajulus-bajula= portaire (bajulare = portar sus l'esquia), bajula designant la ninoèra. L'espanhòu e lo catalan qu'an conservat lo mot bayeta, baieta (sòrta de drap), adaptacion d'aquest mot deu francés ancian baiette. Com ac podetz véder, l'etimon celtic badios, badia b'ei estat productiu en romanç!  En gascon qu'avem tanben lo mot baja o baia (baye, bayo) qui significa 1- notícia faussa, 2- malastre. L'etimon aquiu qu'ei debatut. Qu'arretrobam lo mot dab un sens pròishe o similar en d'autas lengas romanicas, en particular italian (baia), francés (baie) e espanhòu (vaya). Que s'ageish probable d'un omonime a priori shens relacion etimologica dab badios, badia;  enqüèra que l'ipotèsi contrària non sia complètament descartadera se consideram la valor simbolica negativa de la color jauna.

En tot cas, lo mot baye qu'existeish plan en francés com a derivat deu mot celtic badios badia (jaune-a) o de la soa version romana badius-a (bai-baja), lo quite mot bai, lo diminutiu bayet (jaunec, maronenc), bayard (= bai), baiette (drap de lan originaument de color jaunenca, puish teixut de lan). N'ei pas impossible lo quite toponime baye a l'origina deu mot francés "baie" (la rada, lo gofet) que vienga de ba(d)ios, ba(d)ia  sia directament sia via lo nom gallo-romanic Baius (o Baia qui n'ei la fòrma germanica).  En aquesta ipotèsi, baye que significaré etimologicament jauna o de Baia (nom de persona) e non pas la " baie". D'alhors aqueste toponime  qu'ei tanben continentau (Baye en Marna, cella baiae au sègle 9), Bay en Hauta-Marna, un aute Bay en Ardenas (Bays, 1189; Baye, 1254), un quatau en Hauta-Saona. Lo toponime s'arretròba devath ua fòrma plurau en Bajas - Bages (Aude, antig. Baiae, sègle 8 ; P.O.), possiblament Bayas (Gironda santongesa), afixat:  Bayac (Dordonha, Bayaco au sègle X), Bayers (Charente, antig. Bayec), Bayon, Bajon shens oblidar Bayona e Bajoneta (Dic. Etym. Dauzat-Rostaing). Com ac podetz véder, ne s'ageish pas d'un toponime especiaument maritime.  Que i pogó aver ua confusion omonimica enter lo nom d'un lòc-dit costèr Baye qui serviva de pòrt e lo mot francés bée (badada, obèrta) e lo mot francés e's pogó préner la significacion actuau de baie, Baye -> La Baye. Que cau remarcar lo toponime qu'ei dejà acompanhat dab un article a la citacion mei antiga, o sia que lo procès de substantivizacion (si aqueste procès estosse cèrt) qu'èra dejà acabat (la Baye: [Ca 1360 Baie nom propre relatif à l'île de Noirmoutier et à la baie de Bourgneuf (FroissartChroniques ds L. LacroixLa Baye de Bretagne, p. 105, cité par M. MetzeltinVox rom., t. 26, p. 266 : le port et hâvre nommés la Baie sont les plus beaux ports de mer de notre pais)]). L'ipotèsi d'un toponime vadut substantiu qu'ei la expausada peu Sr. Sumien (ved. aquiu) en seguir d'auts autors. Totun, l'ipotèsi deu cas invèrse, mei ordinari, qu'ei perfèitament acceptadera, ce'm sembla.  Que podem imaginar qu'estó un substantiu a l'origina d'aqueste toponime "La Baye", d'aquiu l'article, e non l'invèrse. Que s'agiré deu mot qui significa obertura en francés (lo quite mot baie de "la baie vitrée"), deverbau deu vèrbe bailler (obrir, cf. òc  badar, lat. batare). En aquesta dusau ipotèsi, lo mot baye (baie) de La Baye (la baie) qu'ei un mot d'òil qui n'a pas arren a véder dab Baye de baia. Que vieneré deu vèrbe "bailler" (oc. badar).

La familha de bai baja (de badius-a) qu'includeish bajard, bajòu e bajòla (ba(d)iolus -a) e bajolar (que bajòli), per aquesta rason que'm pensi las gràfias baja e baget (EGF, baye, bayet) que serén mei apropriadas que non pas baia e baiet. En seguir lo diccionari PN, Pèir Morà qu'admet baia grafiat atau  entà virar lo mot fr. baie, (dongas, un gallicisme, enqüèra que non atestat enlòc en gascon, totun plan utile), per contra, que marca plan bajard e non baiard. Que sembla voler har derivar baïna de baia (baja) via ua fòrma afixada bagina, totun aqueths mots ne son pas aparentats enter si, ce'm sembla. Tà díser vertat, l'etimologia de baïna, var. baina, n'ei pas tan clara.

 Baïna que hè pensar au mot "badina" qui trobam en catalan, en aragonés e en aranés dab la significacion de clòt d'aiga, lagua (fr. trou d'eau, lagune). L'etimon qu'ei lo mot arabe "batin" qui significa (sòu) inondat (Coromines, cf. badén, DRAE; FEW  V19, p.31, batin). En gascon, lo mot que designa un recipient de metau, un "chaudron qui sert à mettre au frais dans un ruisseau..." (FEW ref. cit) e un "vase pour le lait (transport ou écrémage)" (cf. badine, Palay).  Deu  mot pirenenc badina que poiré aisadament derivar lo mot basco badia per caduda de la n intervocalica. En basco, badia que significa precisament baia (fr. baie).  Lo mot badia (ba-' di-a, mot de tres sillabas) que passè en romanç, que s'arretròba en catalan. Qu'aqueste mot catalan badia posca derivar deu mot francés baie qu'ei ua ipotèsi largament espandida, que la trobaratz en un gran nombre de bons obratges. Personaument, que tròbi aquesta ipotèsi hòrt complicada, filologicament pòc versemblanta. Per contra, l'ipotèsi qui prepausi d'ua derivacion deu mot basco badia a partir deu mot conservat en catalan e aragonés badina (locaument en espanhòu tanben) ne pausa pas nat problèma d'un punt de vista filogenic. Lo mot catalan que seré alavetz l'adaptacion romanica deu quite mot basco badia, un prèst basco en romanç.  Deu quite mot badía que poiré autanplan derivar lo mot espanhòu bahía per la pèrda de la fricativa intersillabica, lhèu  facilitada per l'atraccion deu mot francés baie.
Atau qu'expliqui jo la diferéncia d'accentuacion deu mot bahía vs baie:
(romanç sud-pirenenc) badina (fr. terrain inondé, trou rempli d'eau, lagune) > (basco) badia (fr. baie)> (espanhòu) bahía (fr. baie).

 L'abséncia de la dentau au mot gascon baina, baïna qu'apunta cap a un aute etimon, concrètament  "balneum" via la version indigèna. En basco, banh que s'i ditz "bainu" e en gascon baniu que i designa ua "nappe d'eau endiguée, un bief", cf. Palay.  Lo mot gascon qu'admet las duas accentuacions: baina (au sud, cf. Palay bayne) e baïna (au nòrd) (cf. la toponimia IGN a Hortin (Medòc): la bahine, nom balhat a ua duna). Lo mot gascon baina que poiré proviéner deu basco bainu o d'ua fòrma romanica foneticament pròishe (etimon balneum). Baïna que seré ua derivacion de baina per confusion a causa de l'afixe diminutiu in-ina.

dimarts, 25 de desembre de 2018

Notes sur la traduction de la préposition de lieu "dans" en gascon.

Pour bien parler une langue, il ne s’agit pas seulement de bien connaître les mots et la grammaire, il faut aussi respecter les idiotismes. C’est, je crois, ce qui est le plus difficile à acquérir dans une langue étrangère, avec l’orthophonie. Par exemple : vous êtes pris d’une envie pressante, vous vous levez pour aller vider votre vessie. On vous demande où vous allez. Si vous répondez «je vais dans les toilettes» on saura tout de suite que vous êtes étranger. Car la phrase normale est: « je vais aux toilettes ». En revanche, vous allez bien "dans les toilettes" quand vous allez y changer un joint de robinet ou réparer une chasse d’eau. Là, ce n’est pas un problème de lexique ni de grammaire ni même de logique. C’est une affaire idiomatique.

 En gascon, c’est la même chose. Il y a des idiotismes qu’il faut connaitre et respecter. Ils ne sont ni décrits ni prévus dans les grammaires, et c’est là toute la difficulté, pour moi en tout premier. C’est pour cela qu’on ne recommandera jamais assez l'enseignement du « Parlar Plan » de Gilabèrt Narioò. Les néoculteurs, fussent-ils diplomés de linguistique de l’Université, font trop souvent fi de ces idiotismes, et nous ressortent une langue calquée sur le français. C’est dommage et préjudiciable du point de vue du puriste.

Prenons un exemple. Je veux traduire en gascon la phrase suivante :
"Dans le ciel bleu, il n’y a qu’un petit nuage blanc." Une traduction mot-à-mot à l'aide du dictionnaire, dans le style de ce qu'on peut lire trop souvent (hélas), donnerait : "Dens lo cèu blau, n’i pas sonque un pifalhet (un brumalhon blanc). "Cette traduction N’est PAS correcte en gascon. La phrase correcte, avec l’article lo, est la suivante :
Au cèu blu, n’i ei/es pas sonque un brumalhon blanc. Ou, en gascon "pyrénéen" qui emploie l’article « eth » et non pas « lo » :
En cèu blu, no’i es/ei/e pas/cap etc. 
"Regarde dans le ciel" se dit "espia au cèu" (en gascon qui emploie l'article "lo") ou espia (guarda, talaja, aueita) en cèu (en gascon qui emploie "eth"). 


Pour bien s’exprimer en gascon, apprenons et appliquons les recommandations que G. Narioò a compilées dans son ouvrage «Parlar Plan», paru aux éditions Per Noste. On y trouvera, en particulier, les explications sur le bon usage de "hens" ou "dens" en gascon. J'y ajouterais bien volontiers une mention basée sur les textes anciens exposant le problème posé dans la langue ancienne par la combinaison de la preposition "en" avec l'article définin masculin lo, problème finalement résolu ou plutôt évité en substituant "en" par "a" spécifiquement dans ces cas précis où la préposition est suivie par un article défini. 

Je rappelle donc:
(fr.) il souffle... dans un éthylomètre, ...dans l'éthylomètre, ...dans le sac, ...dans un ballon =gasc. que boha...EN un etilomètre, ...A l'etilomètre , ...AU sac, ...EN un balon. Il travaille... dans une banque, ...a la banque, ...dans la banque de son oncle, ...dans cette banque: Que tribalha... EN ua banca, ...A la banca, ...A la banca de l'onco, ...EN aquera banca.
Quelques exemples tirés de la littérature avec des primolocuteurs comme auteurs:

A force de cheminer, ils arrivèrent DANS un pays où tout le monde parlait français. / A fòrça de caminar, qu'arribèren EN un país on tot lo monde parlavan francés (F. Arnaudin, Contes, transcription P. Guilhemjoan).

...qui logeait des moutons DANS une borde à Lombet / ...que barrava EN ua bòrda a Lombet (F. Arnaudin, Contes, transcription P. Guilhemjoan).

Puis elle entra DANS les Galeries Béarnaises... / Puish qu'entrè A las Galerias Biarnesas... (A. Peyroutet, Miratges).

Ou l'avez-vous? DANS la poche de la veste, du gilet? Oun l'ats? A la potche de la beste, dou gilet? (Césaire Daugé, Lou Bartè, graphie de l'auteur).

Et que portes-tu là DANS cette bourse? / E que pòrtas aquí EN aquera borsa? (F. Arnaudin, Contes, transcription P. Guilhemjoan). 

DANS un moment de mélancolie o de tranquillité, vous qui avez autour de la quarantaine, vous êtes vous jamais arrêtés afin de... / EN un moment d'adirèr o de tranquillitat, vosauts qui ètz peu torn de la quarantena, e v'ètz jamei estangats entà ...(Simin Palay: los Tres Gojats de Bordavielha, P.N.). 

Cette vie tranquille, DANS une maison dont tout fonctionnait sans qu'on lui demandât jamais rien,... / Aquera vita tranquilla, EN ua maison dont tot marchava shens que'u demandèssen jamei arren... (S. Palay, los Tres Gojats de Bordavielha, P.N.).

La balle du pistolet avait fait un petit trou derrière l'épaule gauche et s'était, pour sûr, logé DANS LE coeur. / La bala deu pistolet qu'avè hèit un petit horat darrèr l'espatla esquèrra e que s'èra, per segur, lotjada AU còr. (S. Palay, Los tres Gojats de B., P.N. ).

Car nous avons cet honneur de vivre avec vous, qui êtes DANS ce pays, DANS cette contrée, plus que ne fut jamais DANS son pays Homère. / 
Qu'avem aquera aunor que de víver dab vos,
Qu'ètz EN aquest país, EN aquesta tecoèra,
Mes que non hoc jamés A son país Omère. 
(Bart Rolletus, Gimont , Avant-propos " Lo Gentilòme Gascon, G. Ader, 1610, Traduction française et graphie gasconne, P. Guilhemjoan, Per Noste)



Si la préposition ne concerne pas un point fixe mais une série de points en dynamique, "dans" se traduit par "per".

Il se promène... DANS une rue, DANS les rues de la ville, DANS LE village: Que's passeja... PER ua arrua,...PER las carrèras de la vila, PEU vilatge. 

Fouiller DANS l'armoire: Horucar PEU cabinet (Hourucà p'ou cabinét, Dic. Palay). 

Dans le cas où la préposition de lieu peut être remplacé par à l'interieur de, a l'interior de, et seulement dans ce cas, on peut employer "hens" ou "dens" à la place de en /a, avec une nuance d'enfermement, de confinement ou de contraste avec l'extérieur.
Exemples: 
Tout à l'heure, en sautant, je suis tombé hors de la rivière...Remets-moi dans l'eau, je t'en prie. / Toutare, én saoutans, que suy toumbat ÉN hore de l'arribéyre..Tourne-meu HÉN l'aigue, que t'én prégui. (F. Arnaudin, sic)
Et la guêpe et toutes celles du nid s'enfournèrent dans son ventre. / E le bréspe e toutes les dou nit s'énhournén hen soun bénte (E le vrespa e totas les deu nid s'enhornen hens son vente) (F. Arnaudin)
Et les chevreaux lui promirent bien tout et s'enfermèrent dans la bergerie./ E los crabòts li prometóren bienn tot, e se barrèrenn hentz le bòrda (F. Arnaudin, adaptation graphique d'Eric Chaplain)
 En français, on peut s'allonger ou déjeuner dans l'herbe, alors qu'en gascon on s'allonge ou on déjeune sur l'herbe et non dedans. 

Le français est ambigu, pas le gascon. La preuve: 
Que boha au sac = il souffle dans le sac (dans ce premier cas, le sujet n'est pas dans le sac mais remplit le sac d'air). 
Que boha hens/dens lo sac: il souffle dans le sac (dans ce deuxième cas, le sujet est enfermé dans le sac et il souffle). 
Evidemment, l'usage de "dens" ou "hens" en mode gallicisme, est devenu commun, même chez des primolocuteurs, et il a tendance à se généraliser à cause du français. C'est ce que dénonce, à juste titre, Gilabèrt Narioò dans "Parlar plan". En, a, per, hens / dens, les propositions ont un sens et un usage précis qu'il faut apprendre et appliquer. Faire la chasse à de vieux gallicismes comme le mot "blu" tout en employant systématiquement la préposition "dens" pour traduire le mot français "dans" et ainsi calquer le français, c'est paradoxal et absurde! C'est ce que nous enseigne, entre autres choses, le "Parlar plan" de Gilabèrt Narioò. Coneguda causa sia!

divendres, 21 de desembre de 2018

La h d'aconòrt o de sostien

Aquiu qu'avetz ua responsa a un comentari  on m'arreprochavan d'aver emplegat lo mot "coheréncia" en plaça de "coeréncia". Coheréncia que seré un francisme "vergonhable" (sic"). 

En gascon, la h qu'ei ua letra tipicament sensibla. Que pòt aver ua origina etimologica, derivant per exemple d'ua h germanica (hapcha, hapia, halabard, hap, hasta, gahar etc) o d'ua f latina (haria, hòrt, etc ). Que pòt autanplan aver ua origina non-etimologica, que l'apèri h d'aconòrt o de sostien. La h d'aconòrt qu’ei ua de las nombrosas particularitats deu gascon. Que compreni que posca semblar estranha aus non-gascons. 

Aquesta h d'aconòrt, que l’arretrobam en mots hòrt corrents com gahús (derivat de  " gaüs". Aquesta darrèra fòrma qu’ei l’etimologica, plan atestada en gascon, enqüèra que  hòrt minoritària uei lo dia, totun gaús shens la h qu’ei la soleta fòrma qui trobam en gascon medievau), sahúc (de saüc, deu latin sa(m)bucu), la-hens e dehens (cf. laguens e deguens), truha  (deu latin tribuna),  truhar e truhant (deu galés *truganto, cf. fr. truand, oc. truant), possiblament cohet (probablament deu francés coué, lat. caudatus), en tot cas, shens nat dobte, ahur (ancianament aür, de agur(i)um). Aquera h de sostien que la podem trobar au debut deus mots tanben: haut, variant de aut (de la-haut); ham (lo ham), varianta d'am; hentrar, varianta d'entrar; harrèr, varianta d'arrèr (Poiharrèr); hauba, varianta d'auba (cf. clara hauba deu jorn, Sallusti du Bartàs), etc. 

L’engenh deu gascon qu’ei d'arresólver l’iat a tota còsta, sia en ahíger ua consonanta, tipicament qu'utiliza aquesta h qu’apèri h d'aconòrt pr'amor que serveish tà conortar las sillabas (ex. gahús, ahur, cohet, coheréncia) sia en suprimir ua de las duas vocaus en causa, çò qui resulta en la pèrda d'ua sillaba: urós (de aürós), trimfe (lo de la lengua gascoa) (de triomfe), prable (de preable < pre-anable), tròt (de troat, proto-romanç tronatu). 

L’ipotèsi segon laquau las fòrmas coheréncia e coherent e serén francismes qu’ei absurda. La h de cohérent, cohérence en francés n’existeish pas, qu’ei un artefact grafic, arren de mei. En gascon, la h de coherent qu’existeish plan, qu’ei sensibla. Ne s’ageish pas briga de la medisha causa. Los gascons n’an pas jamèi prononciat la h de homme, per exemple. La fòrma coeréncia, se la prononciam en tres sillabas, que constitueish ua anomàlia en gascon: que hè mei francisme que non pas coheréncia dab la h sensibla. En gascon, coerent que's pronóncia normaument  qüerenn, en duas sillabas. La h d'aconòrt que permet de mantiéner l'estat trisillabic.  Que cau arrestar de voler a tota còsta har depéner lo gascon deu francés en privant lo gascon de gallicismes verais o pretenuts . Aquiu que pensam en gascon e sonque en gascon. Lo francés, qu'ei ua auta causa, ne'n hèm pas nat cas aquiu. E la vergonha, se vergonha i a, que's suenha en un cabinet d'un psi, pas en voler tòrcer la lenga. 

Notaratz lo mot aür qu’ei extint en occitan,  totun ahur, ahurar que son plan vius en gascon.  Jo que soi persuadit qu'ei la preséncia de la h d'aconòrt qui a sauvat lo mot, ua rason de mei entà arrestar d’escopir sus aquesta h qui a permés au mot d’estar conservat! Aquesta h d'aconòrt o de sostien que hè partida de l'engenh de la lenga gascona. "

EDIT L'amic JIG que'nse horneish un comentari hòrt interessant, com a l'acostumada. Eth qu'emplega correntament la fòrma "coerent"  en duas sillabas ("qüerent-a"). Totun, aquesta fòrma n'ei pas acceptada ni per Palay ni per Pèir Morà qui non balhan pas sonque la fòrma coherenta (tres sillabas) aus sons diccionaris. Per contra, PN qu'accepta las duas fòrmas.  De notar, en cambi, Pèir Morà qu'accepta lo mot preable shens ne precisar la prononciacion, en tres o duas sillabas  (lo mot qu'ei autament grafiat prable, qui ei la resolucion normau esperada de preable cf. Palay).


dimecres, 7 de novembre de 2018

Etimologia de lugran.

Lugran (EGF: lugrâ), lo mot que pòt significar 1- astre, estela (ALG mapa 1012 )  2- vèrmi de lutz e 3-per comparèr: uelh.  Lugranhet (petit lugran) qu'ei tanben emplegat entà designar lo vèrmi de lutz. Un sinonime en gascon de lugran qu'ei lugar (lugà).   En occitan non gascon, qu'ei meilèu lugarn. Aquestes mots dab aquestas valors astronomicas  que son unicament gascons e occitans, no's tròban pas aulhors per la Romania. En Domergue Sumien qu'afirma l'etimologia deu mot qu'ei plan coneguda e que seré lo latin 'lūcanus'.   Qu'afirma la fòrma estandard deu mot en occitan qu'auré d'estar lugar (escrivut atau), totun en bèth arreconèisher la filiacion lūcanus -lugar qu'ei hòrt complicada, pro aberranta. Lo Sr Sumien que s'opausa clarament a l'adopcion de la fòrma "lugarn",  per tant  la recomandada  en occitan non-gascon per l'Acadèmia occitana e peu Congrès, detalh esconut peu Sr Sumien qui s'acontenta d'espudir lo mot dab la marca infamanta de * (lugarn*),  en un reflèxe anti-nòrma pro sabotaire.

Jo ne soi pas briga consent dab cap de las conclusions deu Sr Sumien. Prumèr,  la causida de la fòrma "lugarn" que'm sembla plan la bona en occitan mentre qu'ei "lugran" en gascon. Que i tornarèi.  Dusau,  tanpòc soi complètament d'acòrd dab l'ipotèsi etimologica prepausada per aquest ensenhaire. Prumèr, lo mot latin lūcanus ne pòt pas explicar lo mot lugar (dab r sonòra) prepausat per D. Sumien, que i a un minimum de règlas de respectar en filologia.  Dusau, aqueste mot latin lūcanus n'a pas cap de valor astronomica, lucanus que significava lutz de l'auba e non pas astre, a maudespieit de la teoria de Wartburg. D'aulhors, Wartburg que prepausa l'etimon latin lŭcerna entà explicar lo vèrbe enlugarnà associat a lugarn  (ved. lŭcerna FEW 5 443), que non lūcanus  L'afirmacion peremptòria de Sumien segon laquau l'etimologia de lugarn ei plan coneguda gràcias a Wartburg n'ei, per conseqüència, pas briga prudenta. En realitat, las proposicions de Wartburg que son incoherentas enter si: a còps lūcanus, a còps lŭcerna, a còps *lūcor. Wartburg ne sabè pas tròp on se calè pausà's.  L'ipotèsi de Wartburg  prepausant  "lŭcerna" entà explicar "lugarn" n'ei pas mei credibla que la de lūcanus adoptada peu Sr Sumien entà explicar lo son "lugar" pr'amor, com ac remarce hòrt justament lo Sr Sumien,  la seguida 'ce' latina non balharé pas 'ga' en romanç. D'aulhors, los mots lucèrna e lusèrna qu'existeishen plan en occitan. Lucèrna n'ei pas lugarn.  La vertat: la responsa a la question de l'etimon de lugarn e de lugran, ne la trobaratz pas ni au FEW ni a l'article deu Sr Sumien.

Alavetz, entà explicar lo mot occitan lugarn, que cau mentàver ua pista etimologica, preromanica aquesta, hòrt mei seriosa, qui lo Sr Sumien ignòra complètament, çò qui confirma l'ensenhaire provençau, sociolingüista de formacion, n'ei pas tròp competent en filologia. E, un còp de mei, que s'exprimeish peremptòriament sus ua question shens tròp saber de qué parla ni shens aver trop tribalhat l'ahar.  En efèit, qu'existeish ua familha de mots celtics hòrt semblants au mot occitan "lugarn" qui son en breton: 'lugern'; en cornic: 'lugern', en guallés: 'llugorn'; en irlandés ancian: 'lócharn' e en irlandés modèrne: 'lóchrann' (ved. Le lexique étymologique du breton moderne, Victor Henry, 1900, adreça 'lugern', consultable en linha. Las fòrmas corrèctas deus mots irlandés que son las qui vs'èi indicadas ací-dessús).  La significacion de tots aqueths mots en las lengas celticas insularas qu'ei "lum qui brilha", "candèla", "lampa" mentre  en breton lo mot que significa çò de brilhant, çò qui luseish, ço de luminós. La relacion dab "lugarn" qu'ei dongas... luminosa.  Lavetz l'origina deu mot occitan  "lugarn"  qu'ei a l'evidéncia celtica, un mot galés qui jo dedusi com estant *lukarnon (s.n.) o *lukornon (s.n.), haut o baish l'equivalent celtic de lucerna e un descendant d'un mot protoceltic  qu' Alan Ward supausa  com a *leukornon (s.n.) (lum, lanterna, lampa) in  A Proto-Celtic Lexical Items. editat en 1982, revisat en 1996, consultable en linha: https://fr.scribd.com/doc/20623905/A-Checklist-of-Proto-Celtic-Lexical-Items. Lo quite Alan Ward que senhala de manèira totafèt explicita  lo mot occitan "lugarn" com a descendent deu son  protoceltic  *leukornon.  Que s'i tròba en companhia deu mot breton "lugern" e deus sons companhs celtics dejà mentavuts.  B'ei pecat lo noste ensenhaire provençal n'aja pas mentavut aqueste estudi de Ward! Jo que soi convençut lo mot francés "lucarne" qui, en francés ancian, èra sinonime de luiserne = flambeau, lampe, lanterne cf. dic. Godefroy) que'n comparteish exactament la medisha origina etimologica: galés *lukarnon o *lukornon  (s.n.)  - > (proto)galloromanç *lukarnu -> fr. lucarne (s.f.),  òc lugarn (s.m.). La significacion de hiestron qu'a lo mot lucarne en la lenga modèrna qu'ei probablament per confusion dab l'etimon lucanu (la lutz de l'auba)  qui ei emplegat tà designar un bujau qui dèisha passar  la lutz.

Aqueste mot "lucanus-a" , que l'arretrobam en francés ancian devath las fòrmas 'lugane' et 'luhane' (Dic. Godefroy). Totun, enqüèra un còp, lo mot n'i a pas nada significacion astronomica, que significa sonque lutz de l'auba. En gascon tanben, que trobam lo mot "lucanet" qui significa "petite lucarne, oeil de boeuf" (Palay). Notatz la conservacion de la shorda intervocalica c en aqueste mot lucanet, com la conservacion de la n intervocalica,  probablament degut a un prèst aragonés (lucana).  De la medisha manèira, lo catalan ribagorçan e haut-pallarés qu'a "llucana"  cf. l'Alcover-Moll. La toponomia d'aqueths parçans catalans que va dab lo (proto)gascon en particular per çò qui tanh a la n intervocalica. Uei lo dia, que va dab lo catalan, qu'ei a díser la n qu'ei plan restaurada de manèira regular e generau. La definicion e l'etimologia de llucana que'nse son balhadas peu D.C.V.B.:

1. Finestreta coberta de lloses, que sobressurt damunt el llosat d'una casa i serveix per a donar pas des de l'interior a dalt el llosat i per a il·luminació de les golfes (Ribagorça, Alt Pallars); cast. buhardilla. 
|| 2. Forat que es fa al voltant de la carbonera per donar-li respirall o per fer anar el foc cap avall (Pont de S.).
    Fon.: 
ʎukána (Pont de S., Esterri d'À.); ʎukánɛ (Sort).
    Etim.: 
sembla provenir del llatí lūcāna, ‘llum de l'alba’; és estranya la conservació de la sorda intervocàlica


En efèit, la conservacion de la shorda intervocalica aus mots lucanet e llucana que poiré har dobtar l'etimon que sia plan lo latin lucanu. D'aulhors, lo  (gran) diccionari de la llengua catalana que'nse  prepausa ua auta ipotèsi etimologica en suggerir ua relacion filogenetica de "llucana" dab lo vèrbe catalan "llucar" (= mirar, talaiar). Aqueste vèrbe 'llucar' qu'ei tanben gascon e occitan: lucar = argüeitar, talajar, mirar d'amagat; autanplan en francés fr. a. luquer, fr. reluquer. L'etimon de llucar etc qu'ei deu neerlandés mejan (loeken= argëitar, talajar, mirar d'amagat), lo mot romanic qu'ei probablament picard (o wallon) d'origina, manlhevat deu flamenc (cf. FEW: reluquer, loeken). Qu'arribè en català pro tardivament (prumèra atestacion sonque au sègle 19), probablament per difusion via l'occitan o lo gascon.  Totun, se consideram l'adjectiu catalan (dialectau cf. D.C.V.B.)   llucà, llucana qui significa qui triga tà viéner, tardiu- iva e l'expression   a la llucana, qu'ei a diser tardivament (lit. a las aubetas),  non podem pas dobtar  que l'origina d'aqueth mot llucana sia plan 'lucanu', que non 'loeken'. La conservacion de la shorda n'ei pas reaument ua excepcion filologica per aqueths parçans. Qu'ei meilèu un un tret fonetic deu romanç pirenenc, d'aulhors, lo mot - dab la significacion conservada de hiestron, bujau qui dèisha passar la lutz,  que s'arretròba en basco (Baztan) e en aragonés com a lukana e lucana, respèctivament. La conservacion de la shorda  que la podem observar dab d'autes mots regionaus com, per exemple,  pesuca (femenin de pesuc), horucar en gascon, foruca (cova) en catalan nòrd-occidentau.

Que'ns trobam dongas dejà dab dus etimons distints. L'un qu'ei latin d'origina: lucanu, que designa la lutz de l'auba. Que's hè servir tà designar los hiestrons o bujaus  qui dèishan passar la lutz. La valor astronomica d'aquest etimon en romanç n'ei pas tant acertada, en realitat. L'aute qu'ei celtic d'origina: lukornon o lukarnon, en proto-romanç lucarnu, qui balhè lugarn (s.m.) e los derivats verbaus , (en)lugarn(ej)ar. Lo mot celtic qu'avè haut o baish la significacion deu latin lucerna: lum, lampa, lanterna. Lucanu e lucarnu, que comprenem plan los dus etimons que's pogón con.hóner l'un dab l'aute (cf. fr. lucarne). Totun, tot aquò n'explica pas la significacion astronomica deu mot "lugarn", aqueste concèpte n'ei pas etimologic ni dab lucanu (lutz de l'auba) ni dab lucarnu (lampa, lum artificiau).

Se lucarnu e lucanu n'an pas nada significacion astronomica quina que sia, d'on pòt viéner aquesta significacion?  La responsa, que l'avem dab lo resultat de l'analisi filologica deu quite mot "lugran" (qui ei la fòrma majoritària deu mot en gascon segon la mapa  ALG 1012). La fonetica de lugran qu'ei interessanta pr'amor la n finau qu'ei velara e non dentau (cf. Palay lugrâ, dim. lugranhet) çò qui invalida l'ipotèsi de Sumien segon laquau lugran seré un derivat de lugarn per la metatèsi d'enlugarnat en enlugranat, o de lugarnejar en lugranejar etc. Autament dit,  la "n" velara de lugran n'ei pas explicada ni per lucarnu ni per lugarn ni per lugarnejar. Evidentament, que tornam pensar a l'etimon lūcanus, qui, en gascon, podó balhar de manèira hòrt regulara "lugân" dab n velara.    La fòrma lugân (étoile) qu'ei plan atestada per la mapa 1012 de l'ALG, que concerneish ua petita zòna de Gironda. Lugân que pogó evoluar en lugrân per influx de enlugarnar, enlugranar; lugarnejar, lugranejar (de *lucarnu).  Totun, com ac èi dejà dit, n'i pas cap element qui permet de pensar lucanu que pogosse aver ua valor astronomica quina que sia en latin o en romanç. Que significava lutz de l'auba e, per extension, hiestron e non pas estela ni Vènus. Que's cau dongas mauhidà's de l'extrapolacion au  camp astronomic hèita per Wartburg. De fèit la solucion que ns'apareish luminosa en comparar lo mot gascon lugrâ (lugran) dab d'autes mots gascons visiblament aparentats. Entà començar, que i a lo mot lugret (s.n.) (G. Balloux, Dictionnaire des Parlers Gascons du Val de Garonne), autanplan in TdF: lugret, alugret, estalugret: éclair, étoile, en Gascogne (definicion acompanhada d'ua citacion de Jansemin emplegant "lugret" com a sinonime d'estela). Aqueste mot lugret qu'ei acompanhat d'ua seria d'auts:  lugrèra (ensemble d'étoiles, constellation) e los vèrbes lugrejar e lugrir (luir, briller comme un astre, cf. Palay e Mistral). Aqueths mots que son, a l'evidéncia, membres de la medisha familha etimogica e ne derivan pas briga de "lucanu". Qu'apuntan tots tau mot "lugre" dont los mots "lugret", "lugrèra" e "lugrâ(n)" e son fòrmas afixadas. Lo mot "lugre"  en occitan que serveish entà designar l'uelh "en style plaisant" segon Mistral, ved lugre in TdF). O mei exactament, segon Antoine Fabre d'Olivet en son obratge "La langue d'Oc rétablie" (1820): "lugres, s.m.p.  les astres, et par métaphore, les yeux.  Astre: ja plan que i èm, ja!

D'on vien aqueste mot "lugre?" Wartburg que'u volè har derivar de *lucor(em), mès aquesta derivacion qu'ei impossibla per de rasons d'accentuacion. *lucor qu'ei accentuat sus la dusau sillaba, que balhè lugor en occitan e en gascon (EGF: lugoù) de manèira hòrt regulara e previsibla, l'accentuacion deu mot lugor qu'ei la normau, sus la dusau sillaba, au contra de la deu mot lugre qui l'a sus la prumèra.  Dongas, exit l'ipotèsi de Wartburg! Alavetz, lo melhor candidat com a mot etimon que demora  *lugra  qui ei lo mot deu celtic ancian (galés) tà díser "lua" (ved. lo lexic de proto-celtic de Ward e lo diccionari de proto-celtic de Matacevic, consultables en linha). Lugra = lua, aquò qu'explica hòrt plan au còp la significacion astronomica com la d'uelh qu'a lo mot lugran en gascon
 (proto-gascon *lugra (lua, astre qui luseish) > lugre (astre qui luseish, per metafòra : uelh) > lugret, lugrèra, lugrir, lugrejar
proto-gascon *lugranu =  qui ei com la lua, qui a la fòrma de lua, astre qui luseish, per metafòra: uelh).  Qu'avem trobat atau lo tresau etimon, lo qui apòrta lo concèpte astronomic qui hasè hrèita tà explicar lo mot gascon "lugran" e l'occitan "lugarn".

De notar la varianta 'alugret' que permet l'ipotèsi selon laquau lo mot gascon "lugre" e pogó estar femenin d'autescòps: la *lugra (s.f.) - > * l'alugra  (s.f.) - > l'alugret (s.m.). La *lugra > lo lugret> lo lugre. * lugra e lugre que's prononciavan parièr en la traca mei anciana deu gascon segon la teoria deu Pr. T. J. Walsh, qui jo èi hèit mea dab conviccion.

En tot cas, aqueste etimon celtic 'lugra' que sembla especific deu maine gascon e de la region occitana pròishe. N'ei pas lo solet exemple d'etimon celtic pròpiament e unicament gascon, qu'ei a díser desconegut en las autas lengas romanicas. La lista de taus "celtogasconismes" qu'includeish, per exemple,  caverat, var. caurat, ancianament cauerac (en fr. cachalot), de *cauaracu derivat afixat de kauaru- (gigant, fr. géant, colosse en celtic ancian), autanplan creac var. creat (fr. esturgeon) e colac (fr. alose), ved. lo FEW per l'etimologia galesa d'aquestes dus darrèrs mots. A la hèita fin, que demora l'enigma de l'origina, romanica segon Wartburg, indoeuropèa e prelatina segon Coromines, d'un aute gasconisme astronomic relacionat dab la lua qui ei "baran".


Qu'ei evident que i agó confusion semantica e etimologica enter los tres etimons qui segueishen:

1- lūcanu, -a-, latin: lūcanus: a) lutz de l'auba: oc ancian lugana; fr. ancian luhane, lugane cat. nòrd-occidentau: llucà, llucana: tardiu -iva; a la llucana = tardivament; b- hiestron, bujau qui dèisha passar la lutz: gascon mont. lucanet, cat. nòrd-occidentau: llucana, aragonés: lucana, basco (baztàn): lukana.

2- *lūcarnu, deu gal. lukòrnon, s.n.: lampa qui brilha, lum artificiau. Lo mot fr. lucarne que'n deriva, totun que s'a perdut la significacion originau de lampa, lum artificiau - plan atestada en francés ancian- tà préner la de 1-b per confusion mentre l'oc. lugarn que s'a prengut la significacion 3 egaument per confusion.

3- *lūgranu de *lugra (astre qui luseish e, per comparèr, uelh). Aqueth etimon *lugra (s.f.) qu'ei lo mot deu celtic ancian tà díser lua. En gascon, de *lugra que'n derivan lugre, lugret, lugrèra, lugrir, lugrejar e, fin finala, lugran.  Lo mot gascon lugran non deu pas arren a lūcanū  ni etimologicament ni semanticament.  Qu'ei un derivat afixat de lugre. Coneguda causa sia.

Adara, tornem-nse tà lugar e lugan. Que i a lo mot bearnés lugar (lugà) (fòrma hèra minoritària, ne concerneish pas sonque lo punt 691 en Biarn segon ALG mapa 1012), sinonime de lugran, e lo son derivat lugaron (lucarne, oeil de boeuf). Lugar que poiré derivar de lugor (lugoù) per cambi d'afixe e lugan  (lugâ) poiré representar lugant (la velarizacion de la n finau qu'ei generau en aquesta zòna  girondina, quina que'n sia l'origina etimologica d'aquesta 'n'). Alternativament, lugar que poiré derivar de lucanu > lugan > lugar per cambi d'afixe. La significacion de hiestron deu derivat de lugar: lugaron qu'ei tipica de l'etimon lucanu. Com la significacion astronomica n'ei pas l'etimologica, que provieneré meilèu de la confusion de "lugan" dab "lugran". Enfin, entà clavar aqueste petit resumit etimologic, que cau tornar-m'en de cap aus mots luguèr (soler provesit d'un hiestron) e luguèra (bujau, hiestron). Eths que poderén derivar de lucanu per cambi d'afix a partir de lugan, aquesta ipotèsi que va plan dab la significacion de hiestron ligada aus descendents de lucanu.  Totun, ua derivacion semblanta a partir de lugor n'ei pas impossibla.


Dongas, lo Congrès e l'Acadèmia qu'an perfèitament rason en adoptar las fòrmas 'lugarn' en occitan aquesta fòrma qu'ei corrècta. Qu'ei un celtisme cognat deu mot breton "lugern" e deu mot francés "lucarne" dab loquau comparteish l'origina etimologica (lukarnu en (proto)galloromanç, lukornon en galés). La significacion astononomica deu mot occitan lugarn que vien per confusion dab los mots gascons lugre e lugran, d'etimon celtic "lugra" (lugra > lugran per afixacion -anu).  La significacion de Vènus, astre deu matin de lugarn que vien de la confusion dab  lucanus (lutz de l'auba).

En lòc de sajar a tota còsta de destrusir lo tribalh de normativizacion e d'estandardizacion de l'occitan a carga de l'Acadèmia e deu Congrès en suggerir fòrmas anti-nòrmas personaus, En Domergue Sumien que deuré har la promocion d'aqueras fòrmas quan son retiengudas au còp per las duas entitats regulatòrias. E que tribalhe un pòc mei los sons dossiers en plaça d'eméter un avís sabotaire autant mauhasent com pòc avisat! Estossi jo a la soa plaça,  que serí mòrt de vergonha !

De tota faiçon, en aqueth mestior de nòrma ortografica, çò qui ei important qu'ei lo consent enter las duas entitats regulatòrias, l'Acadèmia occitana e lo Congrès Permanent de La lenga Occitana, mei que non pas la justificacion etimologica. Que la causida finau sia arbitrària o non n'ei pas lo problèma. Quan ua causida ei acceptada au còp per las duas entitats, que vad la bona per principi. L'ipotèsi etimologica n'importa pas mei un còp la causida hèita. L'ortografia qu'ei hèita tà durar mentre las ipotèsis etimologicas que pòden cambiar de mòda tot dia. Que's pòden discutir las conclusions d'aqueras entitats regulatòrias, de segur, mès aplicar las soas decisions n'ei pas negociable, sequenon lo bordèl que continuarà shens fin. Dongas, que lo Sr Sumien contèste las conclusions de las duas entitats, aquò qu'ei un dret, cap de problèma. Mès escóner las conclusions de las duas entitats regulatòrias de l'occitan e substituir a la nòrma ua causida personau diferenta, anti-nòrma, qu'ei ua fauta grèu, quins que'n poscan estar los arguments etimologics e lo rasonament. Lo Sr Sumien n'a pas nada legitimitat, nat dret tà substitui's ad aqueras entitats entà cambiar la nòrma en occitan e introdusir lo bordèl. Criticar la nòrma, tant que volhatz, totun aplicar-la que cau.

D'acòrd, ne soi pas linguista, jo. De non pas estar lingüista qu'estó lo repròche que'm hasó lo Sr Sumien com a element a carga en l'accion judiciària qu'entamiè contra jo, en represalha per aver estat contradit e gahat en mala hèita de contra-informacion enganaira. E eth que perdó lo procès, de segur, pr'amor la rason e lo dret qu'èran dab jo.  Notatz plan n'èi pas jamèi pretenut estar lingüista.  Mès aquò non m'empacha pas de perpensar e de me cultivar. E d'estar en posicion de poder ensenhar causas e balhar leçons contradictòrias a de gents diplomadas en linguistica com lo Sr Sumien quan ne son pas tròp saberudas. Vam! Lo Sr Sumien qu'ei enqüèra joen, que pòt enqüèra estudiar e apréner. Jo, qui soi mensh joen, qu'ac hèi enqüèra tot dia. 

diumenge, 4 de novembre de 2018

Pourquoi rèn plutôt que rangièr (en francés).

Un professeur de provençal bien connu, à défaut d'être un linguiste hors pair, a comme marotte de prétendre régenter la norme de l'occitan, alors, qu'a ma connaissance, personne ne lui confie cette mission, autre que lui-même. Comme exemple de ses propositions bizarres, il insiste pour remplacer le néologisme gascon "rèn" (renne en français) par le mot "rangièr", adapté pour la circonstance gasconne en "rangèr" et "rangèir" selon la wikipedia occitane. La raison avancée par ce professeur est que le mot "rèn" ressemble bien trop au mot français "renne", dont il dériverait. "Rangier" ferait plus occitan, d'ailleurs il est bien présent dans le dictionnaire de Mistral. Heureusement, personne ou presque ne l'a suivi dans cette voie. Je constate, en effet, que le "Congrès Permanent de La Lenga Occitana" a choisi la voie du bon sens en adoptant le mot "rèn" dans son Dicod'oc. Ce choix est aussi celui de l'Acadèmia occitana, les deux entités sont d'accord sur ce point. Point de rangier, rangièr etc. dans ces deux dictionnaires. 

La vérité est que "rangier" est un mot bien plus français que "rèn", ce dernier étant une adaptation gasconne du mot suédois "ren" (id.), comme le rappelle très justement Pèir Morà dans son dictionnaire "Tot en Gascon". L'autre mot "rangier" est un mot tout à fait français, ce que devait ignorer Mistral, le mot étant déjà tombé dans l'oubli en français de son époque. Mistral se basait sur une citation de Gaston Fébus, extrait de son Livre de Chasse que le comte de Foix avait rédigé entièrement en français à la fin des années 1380. Mistral, qui n'était pas linguiste et ne devait pas connaître ce mot "rangier", a du croire, à tort, que c'était un occitanisme qui s'était glissé dans le texte de Fébus, raison pour laquelle il a donné comme seule illustration d'un mot prétendument occitan, cette citation de Fébus rédigée en français: "le rangier est une beste semblable au cerf". En vérité, le mot est amplement attesté en ancien et moyen français. Sauf erreur de ma part, il n'est pas attesté en occitan, ni l'ancien, ni le moyen. Je ne l'ai trouvé ni chez Raynouard ni chez Levy. C'est bien un "francisme" que ce professeur de provençal, pourtant bien connu pour sa phobie des "francismes", a cherché à nous imposer en remplacement d'un mot scandinave adapté en gascon. Quelle ironie!

Ce "mot" rangièr a une phonétique très désagréable en gascon et serait prononçable de moultes façons en occitan, fort diverses selon les parlers naturels, ce qui n'est pas un bon point pour l'intercompréhension au sein du diasystème. Aucun gascon n'a d'ailleurs jamais adopté ce mot, il n'est mentionné dans aucun dictionnaire de gascon. Même en français, ce mot "rangier" sonne très laid, ce qui explique qu'il soit tombé en désuétude, ne survivant en français contemporain que dans le champ très restreint et très conservateur de l'Héraldique. En effet, dans l'usage commun du français moderne, le mot "rangier" a été chassé et remplacé par son synonyme plus récent "renne", bien plus agréable à prononcer et à entendre. La phonétique du mot gascon "rèn" est également bien plus agréable et moins sujette à variabilité dans le diasystème que ne le seraient celles de "rangièr" ou de ses versions fantaisistes prétendument gasconnes "rangèr" et "rangèir" (sic) . 

Entre le mot suédois "ren" adapté en gascon (rèn), pris à grand tort par notre professeur de provençal pour un "francisme", et un mot français "rangier" pris à grand tort par Mistral pour un mot occitan, je pense que le choix du CPLO et de l'Acadèmia a été judicieux. Mais encore eut-il fallu que notre enseignant de provençal s'en avisât au moment de faire sa proposition malheureuse. Comme quoi, que ce monsieur fasse ce genre de propositions basé sur une série d'erreurs - il en a tout à fait le droit, bien entendu et l'erreur est humaine - reste sans grande importance, le bon sens et la raison finissant toujours par l'emporter.