dimecres, 20 de juliol de 2022

Cachalot, l'étymon est le mot gascon caishau (fr. molaire, grosse dent) via son dérivé affixé caishalut (pourvu de grosses dents, dentu) (1628).

Message inspiré par le visionnage du film "au coeur de l'océan" qui relate l'histoire de Moby Dick. 

Le mot "cachalot" dérive d'une forme plus ancienne "cachalut" par simple changement d'affixe. Ce mot "cachalut" est évidemment gascon à 100 %, même si aucun linguiste ne s'en est aperçu, pas plus les occitanistes que les autres. Cachalut est la forme la plus ancienne de notre mot, cette forme "primitive" est attestée dès 1628 à Saint-Jean de Luz pour y désigner l'animal en question, voir à "cachalot" dans le CNTRL. "Cachalut" signifie "qui a des grosses dents, dentu". Le mot est formé par affixation de caishau ( ou "cachau" selon le système graphique employé , "ish" se prononce comme "ch"). Caishau (cachau) désigne une molaire et plus généralement une grosse dent. La formation du mot "caishalut" (fr. "dentu") à partir de "caishau" est parfaitement régulière et est comparable à celle qui a conduit à "dentut" à partir de "dent" (cf. fr. "dentu"), de "testut" à partir de tèsta (fr. têtu), "barbut" à partir de "barba" (fr. barbu), de "pelut" à partir de "pèu (fr. poilu)" etc, etc. Cette dérivation par affixation en gascon est donc bien équivalente à celle , en français, qui a conduit aux mots dentu, têtu, lippu, barbu, poilu, etc. 

Pourquoi "caishalut" (lit. "dentu") ? Parce que ce qui différencie le cachalot des baleines "vraies", c'est la présence de dents. Le cachalot a des dents alors que les baleines n'en ont pas vraiment, elles ont des fanons. 

Alors pourquoi "cachalot" a-t-il remplacé "cachalut", et ce, déjà au 17ème siècle à Saint-Jean-de-Luz ? Probablement parce que l'affixe -òt est beaucoup plus courant et productif que l'affixe -ut en gascon et, surtout, cet affixe -òt présente l'avantage d'exister en espagnol et en euskara sous la forme "-ote" . Le "u" gascon se prononce comme le "u" français /y/. Ce phonème n'existe pas en espagnol ni en basque (soulétain mis à part), il est donc imprononçable pour un Espagnol (sauf pour les gasconophones du Guipuscoa d'autrefois et ceux du Val d'Aran, encore aujourd'hui) . Les deux langues (gascon et basque) ont longtemps co-existé sur la côte basque, dans sa partie la plus orientale. Ce n'est qu'au 20ème siècle que le gascon s'est éteint en Guipuscoa. Il s'est éteint plus tôt à Saint-Jean- de-Luz, mais la toponymie locale en garde des traces nettes, par exemple Saint-Pée sur Nivelle dont la forme basque du toponyme (Senpere) n'est rien d'autre qu'une adaptation basque du toponyme gascon original (Sent Pèr correspondant à Saint Pierre en français, ce serait Don Petri ou Don Petiri en basque), ce qui indique que c'est la forme gascone du toponyme qui est à l'origine de la forme basque (comme de la française) et non l'inverse . On peut citer également cet autre toponyme gascon porté par un faubourg de Saint-Jean-de-Luz : Serres etc. Le fait que le chasseur de baleine de Saint-Jean-de-Luz ait utilisé un mot gascon pour désigner sa prise suggère que le gascon y était encore parlé au 17ème siècle, comme à Saint Sébastien, Fontarrabie et Pasai (Passajes) . Cette suggestion est renforcée par l'allure des prénoms des "députés" (comprendre: représentants) du Labourd (hors Bayonne qui avait ses propres députés) chargés de négocier les traités de bon voisinage avec les Basques espagnols au 17ème siècle, ces prénoms sont bien gascons. La transcription phonétique utilisée dans ces traités permet de confirmer que ce gascon de la côte basque était bien du type "neugue" ("gascon noir", appelé ainsi à cause de la phonétique particulière qui caractérise ce groupe de parlers gascons). Je pense au titre de ce député de Saint-Jean de Luz , à l'évidence un ecclésiastique : "Mouchon Menjougou" soit Mossen Menjogo en graphie alibertine. Menjogo est une forme diminutive "basco-gasconne" du prénom gascon Menjon (prononcer Men'joung) -soit Dominique en français, - affublé du diminutif affectif basque -ko sous sa forme romanisée -go.

L'hypothèse étymologique la plus répandue, contre laquelle je m'inscris en faux, veut faire dériver notre  mot "cachalot" du portugais "cachalote", l'étymon serait le mot populaire portugais "cacho" qui signifie "caboche". Cette hypothèse , émise par l'excellentissime et regretté Coromines, est plus qu'invraisemblable et doit être rejetée. Le mot "cachalote" n'est pas attesté en portugais avant 1855, alors que le mot "cachalut" ("pourvu de dents" en gascon) l'est déjà en parler de Saint-Jean de Luz dès 1628 pour désigner notre animal. Les Portugais ont emprunté le mot, probablement à l'espagnol. En espagnol, le mot n'est pas attesté avant 1795. L'étymon de cachalot est le mot gascon "cachau" ("grosse dent"), via le dérivé affixé "cachalut" ("pourvu de grosses dents, dentu") (1628) d'où dérive cachalot (1675 ) par changement d'affixe. L'explication gasconne permet de retracer simplement l'évolution du mot sans avoir recours à l'invention de formes imaginaires non attestées, contrairement à l'hypothèse portugaise qui suppose un "*cacholote" fantaisiste. En fait, Coromines ignorait que la forme primitive du mot était "cachalut". L'eut-il-su, il aurait probablement compris son étymologie. C'est évidemment "cachalut" (St-Jean-de-Luz, 1628) qui est à l'origine de "cachalot" (St Jean-de-Luz, 1675) et ce dernier à l'origine de la forme ibérique "cachalote" (espagnol: 1795; portugais: 1855) et non l'inverse. 

dimarts, 21 de juny de 2022

Horuc, horucar (en français).

 De retour des confins du Couserans, à Horuc, lieu-dit de la commune de Cerizols, je vous livre ce petit message consacré à ce mot typiquement gascon "horuc" (message déjà publié sur facebook il y a quelques jours). En gascon, le sens premier de "horuc" (s. m.) est "creux", "cavité", "trou". L'étymon est le latin "fŏro-āre" (creuser, forer). En gascon, à partir du verbe régulier "f/horar" dérive "f/horucar" probablement via l'affixation d'un substantif roman dérivé de "f/horar" : *f/horu-a (cf. esp. hura s.f: trou; ast. furu, s.m. : id). Ainsi *f/hor(u)-a- > f/horuc (s.f.); f/horuca (s.m.) (id.). La forme verbale gasconne "horucar" (originellement: fr. creuser, faire un trou) a l'avantage de permettre d'éviter la confusion du verbe "f/horar" avec l'autre verbe gascon homonyme "f/horar" soit en fr. le verbe "fouler dont ce deuxième verbe gascon "horar" est cognat (du latin fullo-are ). De même, le gascon pourrait peut-être être à l'origine de la forme "f/horadar" qui, en gascon, tend à remplacer "horar" (creuser). Bien que cette forme aberrante "f/horadar" (reconstruite à parir du substantif f/horado ou f/horat, selon la langue impliquée) se retrouve dans toutes les langues romanes de la péninsule, il me semble que l'invention de cette forme pour remplacer "f/horar" ne fait sens qu'en gascon où elle joue le même rôle de désambigüation vis-à-vis de l'autre verbe gascon "horar" (du lat. fullare, fr. fouler), tout en évitant en plus la confusion sémantique qui a fini par caractériser la forme "horucar" ayant pris le sens de "fouiller" par confusion avec "hurgar". Du gascon, le verbe "f/horadar" aurait pu voyager de proche en proche dans les parlers romans de la péninsule. 

Revenons à "horucar", ce verbe signifie donc creuser, faire un trou (c'est le sens premier) mais aussi, et plus couramment en gascon contemporain, "fouiller", cette dérive sémantique s'explique par influx du verbe phonétiquement proche "hurgar" (fouiller). Le mot gascon "horuc" (creux, trou) se retrouve en catalan nord-occidental, sous la forme féminine "foruca" avec la signification de cavité dans la roche, abri sous roche, sorte de grotte (D.C.V.B). De même en aragonais, "foricar" signifie creuser et "foricón" et "foricacho" (avec affixes augmentatifs qui renvoient à *forico ou *forica, elle-même forme diminutive de *foro-a) désignent un trou dans la roche, une cavité, une grotte. Il me semble possible, voire probable, que le mot espagnol "horaco" (trou, cavité) soit cognat, si non une adaptation, du mot (proto-)gascon "horuc(u)", avec une mutation vocalique induite par son synonyme "horado" : *horuco x horado -> horaco. Enfin la forme "buraco" serait, selon moi, une adaptation portugaise de l'espagnol "horaco", port. o "*(h)oraco" -> o buraco), cette dernière forme étant elle-même adoptée en retour par des parlers d'Espagne.