dilluns, 2 d’agost de 2021

"Arantxa", novèla d'Eric Gonzalès, version corregida per Eric Gonzales.

En temps de vacanças, la lectura qu'aucupa lo léser. La novèla "Arantxa" d'Eric Gonzalès (editada per l'I.E.O. en 1999) qu'estó corregida per Eric Gonzales qui'n liurè la version revisada (Reclams, 2014) (que s'a perdut l'accent, entertant, l'òmi :-D). Qu'ei hòrt interessant de comparar las duas versions. Pècas linguisticas corregidas, cambiament de fòrmas verbaus e de vocabulari, paragrafs a còps drasticament revisats, quitament la fin qu'ei cambiada...La novèla, viva e escriuta en ua lenga alindada, que's guarda un perhum deu temps passat qui tròbi plasent. La lectura que n'ei agradabla mès çò qui m'interèssa mei que tot qu'ei lo resultat d'aqueste tribalh de revision lingüistica hèit per l'autor. L'estudiant de gascon qui soi que i tròba matièra tà estudiar, apréner, revisar e perpensar. Dilhèu que i tornarèi mei tard en aqueste blòg.

divendres, 25 de juny de 2021

Non, ne soi pas legedor deu Jornalet e n'i dèishi pas nat comentari.

Ja èi dit mei d'un còp ne soi pas un lector regular deu Jornalet. Que n'èri bèth temps a mès que deishèi la lectura deu jornau per ua seria de rasons personaus de tracas variadas com, enter autas, 1- tròp de notícias de segonda man o pòc interessantas per jo, 2- ua ideologia de la redaccion qui no'm convien pas tròp, aulorejant a pensada unica, totalitària e, a la fèita fin : 3- l'emplec per la redaccion d'ua lenga qui non m'agrada pas briga a jo, personaument, pòc beròia au men gost, tròp particulara, dab tròp de mots absents deu Palay, ua lenga aluenhada deu gascon alindat qui a jo m'auré agradat de saber emplegar e qu'arrecèrqui per las mias lecturas. Alavetz, atau qu'ei e qu'ei atau, no'm senti pas a casa au Jornalet. Jamei non m'i sentii a casa, la vertat. Alavetz, quina importància, aquerò ? A tot de bon nada. Ni per jo, ni per eths. Que' us dèishi estar e pro. E ne'us desiri pas nat mau. Que'us desiri de tot còr lo hap qui'us hè besonh. Que m'an portat de que n'i a qui contunhan de pensar que soi l'autor amagat de quauques comentaris au Jornalet, jo que'us dic, plan e clar: que s'enganan en plen. N' i dèishi pas nat comentari, ni bon, ni maishant, absoludament nat. Coneguda causa sia.


diumenge, 16 de maig de 2021

*Uasso, un étymon gaulois pour le mot "vailet" en gascon? Pas si sûr...Plutôt le latin bajŭlus.

 En français, l'étymon du mot valet  est le mot gaulois *uasso- (proto-celtic *uarso-) qui signifie serviteur. Le mot vassal en est une forme latinisée par affixation de vassus (vassus - > vassalus) facilitant l'adaptation en roman deu mot gaulois. Une autre forme adaptée par affixation était vasset qui était synonyme de vassal. On trouve aussi dans le Godefroy les formes vassel , vasselle, vaisselle, vasselet et vaisselet qui signifient soit vassal soit serviteur ou servante. Enfin on trouve le mot vaslet, ancêtre du mot français valet, que l'on fait dériver de vasselet par un évènement de délétion d'une syllabe. La forme varlet, que l'on trouve en picard, en wallon et en provençal aurait  la même étymologie, par rotacisme ( voir valet, CNTRL).  Donc protoceltique *uarso- > gaul.  *uasso- > lat. vassus >  lat. vassalus;  roman vassal et vassel  > vasselet - > varlet et vaslet - > valet. Cette séquence assez compliquée est toutefois généralement acceptée.

La forme strictement occitane est "vailet" que l'on trouve en gascon, également répandue en occitan à l'ouest du Rhone et en catalan jusqu'en valencien: vailet. Cette forme ne dérive pas forcément de "vasselet" via "vaslet", car cette dernière forme n'est, à ma connaissance,  pas du tout attestée ni en catalan, ni en gascon ni en languedocien. Les troubadours originaires de l'ouest du Rhône n'employaient que la forme "vailet", à l'exception du Roussillonais Guillem de Cabestany qui employait  "vallet", probablement la forme proprement catalane (pour "batlet", voir plus bas). Le troubadour provençal R. de Vaqueiras employait la forme française de l'époque "vaslet".  Il n'est pas obligé (ni impossible) que le mot proprement occitan "vailet" dérive de "vasselet" via "vaslet". L'absence totale d'attestation de cette forme "vaslet" en gascon, ancien comme moderne, permet toutefois de douter de la pertinence de cette dérivation. J'ai une autre hypothèse étymologique, latine et non celtique, qui explique beaucoup plus simplement le mot gascon "vailet" (baylét). J'explique à la suite les arguments qui me font adopter cette hypothèse non conventionnelle. 

Le mot bajŭlus  signifiait en latin "portefaix" et a pris le sens de serviteur en roman. C'était bien le sens du mot de l'ancien français "baille" qui  dérive de bajŭlus  en droite ligne (définition du mot "baille" dans le dictionnaire Godefroy d'ancien français: "baille: celui qui est au pouvoir de, valet, serviteur").  C'est aussi par ce mot qu'on désignait le maire autrefois, un héritage médiéval. En gascon le mot existe toujours avec ce sens de maire même s'il est un peu éculé, c'est bàyle, var. bàylou (Palay). En gascon "baylét"  veut dire valet alors que "baylòt" désigne un petit maire (cf. Palay).   En catalan, le mot batlle, du latin bajŭlus,  signifie toujours maire (voir ).  En catalan est aussi conservé localement le mot batlet pour désigner l'outil de menuiserie, le valet (cf. D.C.V.B, Alcover-Moll). Ce mot catalan "batlet" renvoie au mot "batle" qui est la forme ancienne de "batlle" (D.C.B.V.; voir aussi ) ce qui confirme que c'est bien "bajulus" l'étymon pour ce mot catalan désignant le valet menuisier, comme pour "baille" en ancien français et donc pour baylét (vailet) en gascon. Le catalan a aussi emprunté le mot occitan vailet, attesté dès le 14ème siècle en valencien, qui a du se substituer à batlet (grafié vallet par G. de Cabestany). Les Catalans ont également emprunté la forme provençale "varlet" devenue "barlet" qui, en catalan, n'a que le sens de l'outil de menuiserie, le valet. Autrement dit, "barlet" est la forme provençale synonyme de la forme proprement catalane "batlet" , ce dernier restant non incorporé en catalan normatif, contrairement au mot "barlet"


L'hypothèse de la dérivation du mot gascon "vailet" à partir de "vasselet" suppose une séquence assez compliquée qui, au final, reste douteuse et, en fin de compte, assez peu crédible puisqu' elle impliquerait un intermédiaire "vaslet" dont on a trace nulle part en gascon, ni l'ancien, ni le moderne. Notre mot a bien pu dériver beaucoup plus simplement de bajŭlus, comme c'est le cas pour les mots "baille" (synonyme de valet)  et "batlet" (valet de menuiserie), respectivement en ancien français et en catalan. En gascon, on aurait donc la séquence suivante: 

lat. bajŭlus - >gsc.  baile - > gsc. bailet (affix.). 

Il est probable que les deux mots d'étymons distints, le latin et le celtique,  se soient croisés: bailet x vasselet, ce qui expliquerait les différentes formes romanes: vaslet, varlet, vailet et valet. On aurait ainsi le résultat de la rencontre de deux étymons synonymes: le gaulois *uassos (lat. vassus)  via le mot roman "vasselet" et le latin bajŭlus  via le mot gascon "bailet" devenu "vailet" en dehors de la zone gasconne par influence de "vaslet", ce dernier mot dérivant de "vasselet" par réduction syllabique.  





diumenge, 2 de maig de 2021

Barrar, barra, barrica, barrèra une famille de gasconismes voyageurs (fr. barrer, barre, barrique, barrière), étymon latin vallo, vallāre (fermer par une palissade), vallus (pal).

 Barrar, barra, barrè(i)ra etc;  fr. barrer, barre, barrière etc voici une famille de mots pour lesquels on n'a pas d'hypothèse étymologique très convaincante, ce qui a conduit à supposer un étymon inconnu pré-latin  (voir barrar dans le G.D.L.C.). On a supposé un celtisme mais aucun étymon celtique connu ne semble bien correspondre. L'étymon gaulois "barros", tête, extrémité, semble sémantiquement peu pertinent".  Alors permettez-moi de vous en proposer une explication étymologique assez simple, à la fois latine et typiquement gasconne. L'évolution historique de la phonétique gasconne, très particulière, explique que la relation du mot avec celui du latin classique soit passée quelque peu inaperçue. 


Du verbe latin vallo - vallāre (fermer par une clôture de pieux, entourer ou clore un lieu par une palissade) ont dérivé le verbe (éteint) en ancien français "valer "(entourer d'un rampart, ramparer cf. Dic. Godeffroy) et le verbe espagnol "vallare" : cercar o cerrar un sitio con vallado (DRAE), c'est à dire entourer ou fermer un lieu avec une palissade, une clôture. En catalan, ce verbe "vallar" a subsisté sous la forme affixée vallejar (creuser une excavation), le verbe vallar signifiait à l'origine entourer  par un "vall" (s.m.),  deu latin "vallum" qui désignait la palissade, entendu aussi au Moyen-Âge comme "fossé" d'où le substantif catalan vall (s.m) (fossé, excavation) et le mot des troubadours  val (id.). Aujourd'hui en oc. on dit plutôt un "valat" (fossé), ce mot est bien le cognat de l'esp. "vallado" (clôture) et du gascon "varat" (fossé). Barrar est tout simplement la forme gasconne qu'a prise le verbe latin vallāre, dont la signification latine, conservée en espagnol et en gascon, était bien celle de "fermer" (originellement: par une palissade), "clôturer" (originellement: par des pieux) (latin vallus= fr. pal, pieu). "Barrat" (s. m.) a encore le sens de clôture en gascon, comme son cognat espagnol "vallado",  et en gascon, "barròt" signifie bien bâton (lit. petit pieu). 


En résumé: du verbe lat. vallare (clore par une palissade, entourer d'une palissade -lat.  vallum = palissade; lat. vallus = pal, pieu) est issu très régulièrement le verbe gascon (b/v)arar (fermer par une clôture ou un fossé) conservé sous la forme de son substantif varat (fossé). Le verbe lui-même  (v/b)arar a évolué en "barrar" (fermer), cette gémination expressive permettant de distinguer le concepte de clôture (barrat, s.m.) de celui de fossé (varat, s.m.) (le gascon ne distingue pas le "v" du "b"). Les deux mots gascons barrat (clôture, fermé) < latin vallāre ) et varat (fossé, de varar < lat. vallāre) sont en fait absolument cognats, c'était le même mot à l'origine. La généralisation de la gémination chez les membres de cette famille de mots gascons est relativement tardive dans l'histoire du gascon, on trouve encore la forme "bareira" (graphié ainsi pour "barèira") au 12 ème siècle,  en concurrence avec la forme "moderne" avec géminée barre(i)ra (pour barrè(i)ra, cf. le glossaire de Luchaire). Le mot "varat" a échappé à cette gémination, probablement préservé par attraction des dérivés gascon du latin "vallis": devarar, devarat (fr. dévaler, dévalé). En revanche, seule la forme avec géminée "barra" a été incorporée en latin médiéval - un gasconisme en latin, comme on l'a déjà vu avec  "galeta" (< canalĭtta, le récipient à col ou bec genre burette, rien à voir avec la galette) - et c'est bien sous cette forme "barra" que le mot a du voyager, véhiculé par le latin. Cette gémination expressive (de violence ou de défiance, de dégoût) n'est pas exceptionnelle en gascon. Par exemple, le mot du gallo "marache" (sorte de petit requin) est devenu en gascon "marrache" (aussi graphié marraisha) et du latin pellissa a dérivé le mot gascon perrissa. On peut supposer, dans notre cas,  que cette gémination qui apporte un gain expressif au mot a pu être provoquée originellement par le sens brutal, agressif, du verbe "abarrotar" qui, en gascon, signifie bastonner, cogner à coups de "barròt" (bâton, gourdin < latin vallus ou bien dérivé du latin vara).

Donc, le mot "barra" peut être le dérivé de vallum (palissade, plur. valla) voire même re-formé par dérivation a partir du verbe (v/b)ar(r)ar (lat. vallāre): clôturer par une palissade ou (au Moyen-Âge) un fossé, une excavation. Barra est, de toute façon, le cognat gascon du mot espagnol valla (clôture, palissade). Le mot gascon avait peut-être aussi le sens de pieu, pal autrefois, l'étymon ayant gagné la notion de fermeture en roman mais, en latin, le substantif "vallus" avait bien la signification de pieu, de gros morceau de bois, signification qu'on trouve conservée en gascon avec le dérivé affixé barròt (bâton, gourdin), à moins qu'il s'agisse d'une confusion avec un dérivé du latin vara (cf. esp. vara: bâton, gourdin). Rappelons que le gascon confond phonétiquement le v et le b qui sont toujours prononcés /b/ quand ils se trouvent au début des mots. La forme masculine dérivée régulièrement de vallu- (palissade, pieu)  poserait en gascon un problème, elle serait homonyme du dérivé de vallis (vath) fr. val, vallée), comme c'est le cas avec val (fossé) et vall (fossé, id) respectivement en occitan et en catalan. D'ailleurs le mot des troubadours "val", normalement masculin (fossé), y est parfois traité comme féminin par confusion avec le dérivé de vallis (en oc. val, s. f).  Les mots gascons "barra" et "barròt" ne posent pas ce genre de problème. Si la relation morphologique avec l'étymon a été perdue grace à, ou à cause de, l'évolution phonétique très particulière au gascon, la relation sémantique avec l'étymon, en revanche, a pu être assez bien conservée en gascon même. Le sens de "pieu" du mot latin "vallus" se retrouve en gascon avec ce diminutif, "barròt"  (bâton, gourdin), qui, en gascon, s'emploie bien plus couramment que baston dans ce sens (fr. bâton), baston en gascon signifiant (aussi)  fourrage, litière . Baston est un mot exclusivement gascon, dérivé affixé de "basta":  bruyère, ajonc, plantes qui poussent dans les friches cf. eusk. "basati": qui est grossier, non cultivé, sauvage, de "baso": friche, bois. Cet étymon est possiblement à l'origine de l'hydronyme navarrais  Baztan correspondant à la Haute-Nive et que l'on retrouve en Bigorre (Bastan = qui est de la "baste", en friche, sauvage, toponyme de la vallée hérité par la rivière elle-même). Barta (barte) var. barda (barde cf. le glossaire de Luchaire) est probablement une autre forme du même mot, derivée par rhotacisme. Le mot  barte étant glosé en "silva" en gasco-latin médieval,  Luchaire  traduit le mot barte par "forêt" (cf. le glossaire). En gascon, la barte désigne en fait une friche inondable. 

Abarrotar signifie frapper à coups de bâton, bastonner, c'est un gasconisme sémantique qui n'a pas voyagé, la relation du mot "barròt" avec le concept de "pal", "pieu" du mot latin vallus ne pouvant être faite que dans la langue originelle, le gascon, et non dans les autres langues ayant acquis le mot gascon "barra" par le biais du latin (en latin: pièce de bois qui empêche le passage, barrière).   Par ailleurs, "barrat" (s.m.) a bien gardé le sens de "clôture" en gascon, exactement comme son cognat "vallado" en espagnol. Cette gémination des dérivés de vallāre et vallu-s/m a permis à la fois de créer de vrais faux nouveaux mots en gascon et de conserver la signification de l'étymon car, et il bien est là, le génie gascon, on ne peut pas confondre barra avec vath (vallée) ni même barrat (clôture) avec varat (fossé), en dépit de l'origine unique de ces deux derniers mots. 

Ce mot gascon "barra" été adopté sous cette forme en latin médiéval avec le sens originel de " pièce de bois  qui empêche le passage ", ce qui a du provoquer l'expansion de ce mot et des membres sa famille dans toutes les langues romanes et au delà. Le mot a plu, à l'évidence. Pour moi, pas de doute, c'est un magnifique gasconisme. Les linguistes ne s'en sont pas aperçus, c'est assez habituel, beaucoup ont effacé le gascon de leur radar en le confondant avec le provençal ou l'occitan. Ils ont tort! Ce mot ne peut pas être de construction occitane (sensu stricto), seul le gascon peut expliquer son évolution originelle à partir du latin, encore faut-il vouloir ou pouvoir garder le gascon en considération !!!  C'est probablement grâce à l'incorporation de ce mot "barra" au lexique du latin médiéval (probablement, à l'origine, sous la plume d'un ecclésiastique gascon, comme pour cet autre mot gascon passé au latin, galeta, pour désigner un récipient type burette, un flacon à col ou à bec) qu'il a pu aisément voyager dès le Moyen-Âge. Et il a pu, par la suite,  continuer son évolution en dehors même du roman pour atteindre une dimension universelle. Il est  devenu en lui-même un étymon !!!  Et, à ce propos, quand rouvrent les bars?  Los bars que son barrats!!! (Ecrit en temps de confinement :-D ).



Quelques étymons celtiques d’intérêt pour la philologie du gascon.

 La liste n'est évidemment pas exhaustive et sera amenée à évoluer avec l'addition de nouvelles entrées. Pour les étymons, voir Etymological Dictionary of Proto-Celtic de R. Matasović (Brill) ,  le "Celtic Lexicon" de l'Univ. du Pays de Galles (University of Wales), (consultable en ligne ) et le dictionnaire de la langue gauloise de X. Delamarre (Ed. Errance).

Andounna "Eaux du bas" > Nive (rivière). Andounna est un théonyme attesté, duquel il est possible de faire dériver l'hydronyme Nive sans aucune difficulté si l'on suppose que la forme de l'hydronyme en latin était Anduna (<Andounna). Il existe en Navarre un río Anduña qui pourrait avoir la même origine. La phonétique gasconne du bas-Adour  fait le reste:

Anduna -> Anua ->la Nua-> Nive /Niwə/ et /Niβə/ en gascon. 

La simplification -nd - en n et la perte de n intervocalique sont des traits généraux du gascon. En gascon du Bas-Adour, la chute du n placé entre entre u et a (una) ne se limite pas à ua mais conduit à iva. Par exemple lat. una > iva /iwə/ mais /iβə/ à Bayonne , de même pruna  > priva /priwə/ et /priβə/ , luna > liva /liwə/ et /liβə/ etc.  La première mention de Nive l'est sous la forme Niver, il n'est pas certain que Nive vienne de Niver, c'est plutôt Niver qui viendrait de Nive par l'artifice d'une graphie latinisante. C'est aussi le cas de Poueyferré qui est une vraie fausse forme latinisante (Podium ferrarium en latin médiéval ) dérivée du toponyme gascon Poèi (h)arrèr qui signifie en fait colline arrière. Rien à voir avec le fer.  Et aussi on se souvient de gave écrit gaver ou gaber, avec ce "r" d'on on a strictement nulle trace dans le lexique gascon (gave: dégressif de gavet, forme affixée populaire de gau, étym. lat. canalis). , sans parler d' Hondarribia devenu "Fontarrabia" puis Fuentarrabia (Fontem rapidum en latin médiéval) ce ne sont que des fantaisies graphiques latinisantes sans rapport avec l'étymologie réelle (Hondarribia: gué de sable).

Bannā var. bennā (pointe et wagon, benne ). Le gaulois a deux mots homonymes bannā var. bennā, à moins qu'il ne s'agisse du même mot pour une raison qui nous échappe, peut-être lié à un détail de la forme du véhicule lui-même. Dans un cas, le mot signifie pointe > sommet, corne; dans l'autre, il désigne une sorte de wagon, de benne (< benna) mobile.  Le Celtic Celticon garde la forme bennā comme proto-celtique en admettant deux étymons homonymes. Le Et. Dic. Proto-Celt. prefère remonter à une forme bandi- ou bando- (pic, sommet ) (forme qui, incidemment, me rappelle le mot basque mendi) pour le premier et fait l'impasse pour le second.   Le mot bana en occitan, catalan oriental et aragonais; banya en catalan oriental, signifie corne. Ce n'est pas le cas  en gascon qui donne au mot bana (a.g. bane) un sens très singulier, celui d'une espèce de récipient:, cruche, bidon à lait. Et c'est aussi une ancienne unité de mesure, équivalent à environ 20 l.  Le gascon a le mot emban(n)  (s.m) (var. enban) (auvent) qui est un cognat du français auvent, oc, envans (id.) tous remontent au gaulois "ande-banno-", (lit. pointe en avant). C'est le gascon qui a gardé la forme la plus proche de l'étymon gaulois. Le mot catalan  envà, prononcé  /ǝm'ba/ en cat. or. et /em'ba/ et /am'ba/ en cat. occ. est à l'évidence  dérivé du mot gascon emban.  L'"embano" (graphie de Mistral) est aussi une ancienne unité de mesure pour quantifier le grain en occitan de Rouergue (TdF). 

*Beru (?) source, *Beruro- (espèce de cresson), Berula (espèce de cresson). Marcellus Emperius , médecin-guérisseur bordelais (Vème siècle) a qui l'ont doit une magnifique formule magique en gaulois pour chasser la "chose collante"  (voir glion) nous vante les effets bénéfiques d'un cresson qu'il appelle "berula" dans son latin. C'est la première attestation de ce mot qui a donné berle qui désigne le cresson sauvage en français, une espèce différente du cresson officinal. L'espagnol a le mot berro (s.m.) (cresson des fontaines, cresson officinal) qui remonte au celtique beruro (v; irl biror cresson; v. breton biror) ou alors est une adaptation espagnole du mot du gascon maritime "le berle"  (s.f.)  > el berro (comme le marrache (s.f.) > el marraxo, marrajo; le tornade (s.f.)  > el tornado, le galerne > el galerno etc.) La relation entre beruro et berula (dérivation beruro > berula ou bien deux mots différents) n'est pas claire si ce n'est la racine commune beru, probablement un mot qui signifie source (v. irl bir =source, puits). Il existe plusieurs espèces de cresson d'eau, il est possible que plus d'un mot comme beruro ou berula aient servi à différencier ces espèces. En tout cas, en gallo-roman, le mot d'origine celtique sert à désigner la berle (aka cresson sauvage), tandis que le mot latin a servi à désigner le cresson officinal (aka cresson des fontaines), deux espèces pas du tout apparentées entre elles et qui ont en commun de pousser dans des milieux inondés, fontaine ou ruisseau. Les deux mots, le latin et le gaulois, sont à l'origine d'hydronymes en Gascogne. Nasturcium  > Nestós (> Toponyme Nistos) et de ce dernier par dégression illégitime mais prévisible (confusion avec l'affixe gascon -ós, exacte correspondant de l'affixe français -eux, ex. chanceux, heureux, pluvieux, amoureux, douloureux etc):  nèsta, fr. neste (nom de différentes rivières pyrénéennes, passé dans le lexique gascon avec ce sens). Quant à berula -> berle (s.f.) (prairie inondée, dans les Landes), Berle (ruisseau girondin). . En Gascogne, cet étymon berula n'est d'ailleurs représenté que dans la zone Gironde- Lande, comme beaucoup de celtismes gascons. 

*Birrāku voir *Birro

*Birrĭttu- voir *Birro

*Birro- (Et. Dic. Proto-Celtic) ou berro- (Celtic Lexicon), Gaulois birros (selon Delamarre Dic. Gaul.) adj.  ( court)  > gascon: bret-a adj.: court de jambe   (< birrĭttu); brac -a adj.  (court) (< birrākos); barraquet (< birrakĭttu): se dit d'une personne petite et grosse;  braquet (< brac) nom de boeuf, de vache de taille courte, nom de personne; braquèra (< brac): adj. état de ce qui est court, restreint;s. petit bétail. Nombreux dérivés de brac: abracar, abracada, abracadis, abracalh, embraca etc. (cf. dic Palay). 

 *Bodwo, *Bodwā (combat >corneille >espèce d'oiseau  ), boduacus > gascon bidòc (rapace:  milan, chouette).  Bodwo -bodwa 'était un théonyme proto-celtique et aussi un mot du régistre ornithologique.  Le mot signifiait à l'origine corneille (v.irl. bodb : corneille) en  irlandais contemporain, il signifie vautour, en v. breton le mot boduu, bodou est glosé "ardea" (sic) (héron?), en gallois contemporain: bòd, bodo signifie buse et baou en breton signifie également buse.  

Je suis intrigué par les mots gascons en òc pour dire milan, buse ou assimilés. En gascon du Médoc on a bidòc (busard, chouette voir le lexique de D. Escarpit, , voir aussi TdF adresse busac et Palay: bidòc), sinon c'est bisòc, bissòc, busòc etc. En occitan, donné toulousain par le FEW, le mot est busac (glosé milan royal par le dic. Acad. Oc. , busa étant buse) , v. occitan buxac (budsac?). On suppose ces mots dérivés de butionem (v.fr. buson) par dégression illégitime (buson > buse - busa et affixation de busa avec -ac, òc . Mais ni le mot buson ni le mot busa ne sont attestés en ancien occitan, il semble bien que cette dégression soit française et que le mot importé du français en vieil occitan ait été busart. Ces suffixes ac et òc doivent nous mettre la puce à l'oreille, car l'occitan au sens large dispose d'une multitude d'affixes bien productifs, il est frappant que l'on trouve justement ceux-là qui ne le sont pas trop.  Rien n'indique une quelconque nuance dépréciative, sachant que fauconnier en v. occitan se disait busacador, le "busac" était donc prisé. De surcroit, on a, au moins en gascon,  des formes assez atypiques comme bidòc, bussòc  et bissòc qui peuvent laisser penser que la relation avec butionem n'est pas si simple. Il se pourrait que l'étymon soit bien celtique,  bodwa"  via un ancien "*bodwakos" attesté comme anthroponyme gaulois sous la forme Boduacus. C'est ce dérivé affixé de bodwa qui a pu être utilisé pour signifier un rapace de manière un peu générique.  Les deux étymons synonymes, le celtique et le latin ont pu se croiser. Bodwakos  >  *bodòc, bidòc, dont bisòc, bissòc et busòc  peuvent dériver  avec influx possible de busart.   Le mot italien bozzago (sorte de rapace, buse) pourrait avoir la même origine celtique (boduacus) via le mot v. occitan buxac (budzac). Pour plus de détails et sur la forme galicienne buzaco et asturo-cantabre buzacu (rapace de taille moyenne: milan, autour, chouette etc), voir


*Bonno- (frappe) > *bomo- (frappe, action de creuser, sillon de terre >  gasc. "vomet"  (sillon de la charrue, soc de la charrue), vome (soc de la charrue)  cf. breton bom, buem, bomm : sillon de la charrue, sillon de terre.

A noter qu'il existe une confusion en gascon entre les dérivés du mot celtique *bomo (vome, vomèr: soc de la charrue, vomet:  sillon du soc, soc)  et  les dérivés du lat. vōmer ou vōmis, acc. vōmerem (soc de la charrue) d’où la graphie vomier (mot du troubadour médoquin P. de Corbac qui l'a probablement occitanisé pour le besoin du style), vomer, (archives médiévales bordelaises), vomet, vome qui signifient "soc". Le mot "troubadourenc" "vomier" ne peut en aucun cas dériver naturellement du latin vōmer(em) pour des raisons d'accentuation, vōmerem étant accentué sur la première syllabe alors que vomier doit représenter vomièr, forme "troubadourisée" de *vomè(i)r. D'ailleurs, l'étymon latin vomer(em) est bien représenté en gascon par les mots (rares) "vombre" et "vombret" (soc de la charrue) (attesté dans les Reclams, J.-Y. Gaubert, com. pers.), la dérivation de vombre à partir du latin vōmerem étant cette fois-ci parfaitement régulière. L'étymon de vomièr, vomèr, vome et vomet est donc beaucoup plus vraisemblablement le celtique bomo-  latinisé sous une forme affixée (*bomariu- > *bomè(i)r, bomièr), dont bome (illégitimement graphiée vomer) pourrait dériver par dégression.  Il convient de rappeler que le gascon ne distingue pas phonétiquement le v du b, en particulier à la position initiale, toujours résolu en "b". 


Bosta, bostia: paume, creux de la main, mesure de blé (Delamarre). Un étymon homonyme (ou le même) est utiisé pour signifier callosité, pustule > bosse? (bottia? < bostia). L'étymon a eu du succès en français mais aussi énormément dans les zones périphériques du domaine gascon sous des formes affixées héritées du celtique. Je le retiens ici d'abord à cause de son dérivé en -ako: bostiāko qui a donné au nord le mot landais bustiòc var. bustòc chiffon à vaisselle (que l'on tient dans la paume de la main) (avec toujours la résolution de la diphtongue du mot affixé celtique  ia en  ò) et au sud-est  le mot aranais bostòc: callosité, grumeau (selon Coromines, El parlar de la Vall d'Aran).. Coromines  suppose un dérivé affixé bostŏkko (sic) du mot bosta. Je pense plutôt que c'est le mot bostia qui est régulièrement affixé en bostiāko, c'est la diphtongue dans bostiāko qui donne ò en latin et  en roman: bostòc, comme kalyāko > calhòc et wroykyāko > broishòc, bruishòc). A l'est, en Lot-et-Garonne, le mot bustòc signifie motte de terre et Coromines suggère que c'est le même mot. Du même étymon bosta seraient, selon Coromines, les mots bostora (Luchon, Aran) (< *bostulla < bosta): pustule, bouton , bostorada  et al. (el parlar de la Vall d'Aran). Peut-être de bostia dérive le mot bayonnais... bostia : (boustie) chaume et de bosta le mot... bosta (bouste): chose encombrante, à moins que l'étymon soit plutôt basque. Car le mot bosta (ou un homonyme) existe en basque qui signifie buisson, fourré: bosta, var. affixée bostorra. L'étymologie de ce mot est discutée, elle ne semble pas basque, cela pourrait être un emprunt basque du mot gascon bossat  qui signifie fourré, bois fourré, buissoneux (voir à bosta dans le dic. etym. basque de M. Morvan, aussi Agud et Tovar). L'étymologie du mot gascon bossat est très probablement gauloise, si j'en crois ce mot landais bossaca (boussaque) qui signifie buisson. Les mots gascons bossat -da (buissoneux) , probablement de  bossac adapté en bossat , boussòc et bossaca sont à mettre en rapport avec le toponyme héraultais Boussagues écrit Bociacas a ' u 12ème siècle et peut-être même avec le mot bosse ??? L'étymon de bosse n'est pas très clair et ne semble pas venir du latin. Il pourrait  s'agir d'un étymon homonyme ou quasi ou bien du même étymon avec spécialisation sémantique ( callosité > bosse)?  Bosta, bostia et le latin médiéval bocia ( < bottia < bostia) pourraient en fait ne présenter qu'un seul et unique étymon, comme le suggère boussuga = boustuga: lieu bossué, terre couverte de fourrés (Palay) et aussi bustòc: motte de terre. Ou alors il y a eu confusion détymons. La paume de la main se bit boz en breton,  la peste se dit bos , m.breton bosen : pustule (<bosta) ; buisson se dit bod  en breton, bos en cornique. Enfin, il a été proposé que le celtique bosta (paume de la main) soit un emprunt aquitain (de bost qui signifie cinq comme les cinq doigts de la main) mais on lui prête aussi une origine indo-européenne, d'un mot gwosto qui signifie branche, avec cognats en germanique et albanais.  Et même, Matasovic suggère que le mot basque pour dire cinq "bost" viendrait d' un emprunt au celtibère, l'étymon étant bosta. Bref, si avec tout ça, vous y voyez clair, je vous félicite.


Bormo- (Dic. L. Gaul.) source (chaude???)  > bormaca  (a.g. bourmaco)  (< bormāka) petite source champêtre (Gers). Le mot est également quercynol (bourmaco: fistule, petite source TdF) et, à ce titre, figure dans le diccion. ort.gramm. e morfol. de l'oc. de J. Ubaud. A comparer aussi avec le verbe stéphanois débo(u)rmà: ouvrir un passage à un ruisseau (FEW 1, 443). Le Celtic Lexicon donne borma comme nom protoceltique attribué à plusieurs cours d'eau, il pourrait s'agir d'un théonyme, une divinité des sources . L'étymon de bormo semble partagé par un autre mot gaulois boruo- (gasc., borbalh, borbon etc: source bouillonante ) mais on n'est pas vraiment sûr s'il s'agit de deux variants du même mot ou bien plutôt de deux mots distincts. Voir Delamarre Dic.L. Gaul et le FEW 1, 443. En tout cas, si le mot gaulois boruo- a laissé beaucoup de descendants dans le lexique gascon comme dans celui des autres langues romanes de France, ce n'est pas le cas de bormo, si bien que ce mot gersois "bormaca"  est une perle rare.  



*Bunno- (butor, mais aussi hibou selon Matasović) > gasc.  bom (a.g. boum /bum/, fr. Le mot est utilisé localement por désigner 3 espèces d'oiseaux aquatiques: le butor, le tadorne de Belon et le fuligule milouin), moyen-gallois bum,  bym (butor.), moyen-breton bomm (héron, butor). (cf. Etym. Dict. of Proto-Celtic)

En celtique goidélique, c'est le dérivé en -āno qui prévaut: bunnāno.  Vx-irl: bonnán = fr. butor. 

En gascon, le mot est médoquin et landais. Il désigne localement le butor (Butorus stellaris) (dic. gascon-français de P. Moreau, dic.gascon- français P. Meaule, consult en ligne) mais aussi, au Pays de Buch,  le tadorne  (Tadorna tadorna) (F. Beigbeder, Ausèths; Dic. Per Noste, D. Escarpit et le fuligule  milouin, voir le lexique des oiseaux du Bordelais et de la Grande Lande de D. Escarpit ). L'étymologie populaire (en particulier dans les Landes, où le cri du butor "bom" (boum) est à l'origine d'une légende d'un monstre bruyant des marais du même nom) donne l'onomatopée "boum" comme origine du substantif, allusion au chant du butor. C'est peu probable car le chant du butor commence par une aspiration d'air nettement audible suivi d'un "hoump" grave et caverneux ( cf. Peterson, Mountfort, Hollom, Géroudet: Guide des Oiseaux d'Europe, Ed. Delachaux & Niestlé. L'aspiration d'air audible y est bien spécifiée) or le nom de l'oiseau commence ici par un "b" (comme "bunno"-) et non par un "h" aspiré, phonème pourtant bien commun en gascon. Ensuite, l'hypothèse populaire d'une origine onomatopéique n'explique pas vraiment que ce nom de "boum" puisse être attribué à deux espèces de canard. Le tadorne est un gros canard à l'allure d'oie, qu'on ne peut absolument pas confondre avec un héron ou un butor et dont le cri n'a rien à voir avec l'onomatopée (c'est tak trak juste à l'envol quand il est dérangé, sinon l'oiseau est silencieux) .Le troisième oiseau appelé localement "bom" (boum) est le fuligule milouin, un canard particulièrement silencieux.   Enfin et surtout, en dehors des parlers gascons de la côte atlantique gasconne, les deux seuls parlers ou langues au monde où l'on retrouve un mot très semblable  pour désigner le butor sont le gallois( bum, bym)  et le breton (bomm), les linguistes font remonter ces mots  au protoceltique *bunno.. En irlandais on retrouve aussi le mot mais sous une forme affixée (bonnàn). 

La confusion du nom avec l'onomatopée "boum" explique l'hypothèse étymologique populaire mais l'onomatopée "boum" n'est pas à l'origine du mot. Il s'agit plutôt du mot dérivé du protoceltique "bunno" appliqué au butor et à d'autres oiseaux. Le mot "bom" (a.g. boum) est localisé dans le gascon de la côte, du Médoc au Pays de Born,  le Médoc tire son nom du pays de la nation gauloise des Meduli (Pagus medulicus) et le Pays de Buch du nom de Boio, capitale des Boiates, probable branche aquitaine de la nation gauloise des Boii (Boyens) dispersés en Europe. 


*Branaro- terrain non cultivé, terrain en jachère  (Celtic Lexicon). Irlandais: branar (id.) gallois: braenar (id). La concordance du mot celtique branaro-, tant du point de vue sémantique que morphologique, avec les mots romans brande, brane , bran(d)à ( gascon branar) etc m'amène à proposer une hypothèse alternative pour expliquer l'étymologie du mot fr. brande et son cognat gascon bran(d)a, a.g. brane) :qui signifie terrain non cultivé, où poussent les bruyères et aussi la bruyère elle-même. L'hypothèse généralement admise fait dériver brande de brander qui veut dire brûler (d'origine v. francique brandan: brûler). Toutefos, la relation sémantique entre bruler et la terre à bruyère reste un peu...fumeuse. Il se pourrait qu'il y ait eu confusion d'étymons. entre le celtique branaro, latinisé en "brandarium" par confusion ou hypercorrection  et le francique brandan, v.franç.  brander (brûler).  C'est la plante (branda, brana = bruyère) qui tirerait son nom du type de terrain (branar: terrain non cultivé) et non l'inverse, cf. basta (ajonc) en gascon et en breton lann (ajonc) (<  landa, fr. lande).  Le mot celtique landa (lande) étant passé en français, il est possible qu'il en ait été de même avec branaro (terrain non cultivé, terrain en jachère) . branaro -> brandarium >  brandar, brander (par attraction de brander) ->brande, branda (par dégression). l'attestation la plus ancienne de notre mot en latin est bretonne, ce n'est peut-être pas un hasard. 



*Briga Colline, Mont >forteresse.  Ce pourrait être l'étymon du mot briòc qui signifie vautour sur la côte atlantique, de Bayonne (Palay) au Médoc (D. Escarpit). La terminaison -òc du mot évoque un celtisme, que l'on retrouve avec calhòc (goéland, coq de mer) (< kalyākos) et peut-être bidòc, (rapace de moyenne taille, milan, au médoc) (bissòc, bisòc, bussòc, busòc) < bodwākos x buteonem ?). Brigākos= (lit. du mont) > briòc. Le gascon de la côte est riche en étymons celtiques pour désigner les animaux: cauerat, caurat (kauarākos), creac (kragākos), colac (kolākos), calhòc (kalyākos), je suis tenté de lui rajouter  briòc (*brigākos). La fermeture du vocalisme de l'affixe (ac - > òc) pourrait être  l'effet du i pretonique, assimilé phonétiquement  à un glide devant a cf. kalyāko > gasc. calhòc,  breton kilhog et wroykyāko : bruishòc, broishòc). 



*Brixta, *bricta: magie, enchantement, charme. Ce mot gaulois, attesté par des inscriptions,  fait l'unanimité auprès des spécialistes quant à son sens. On le retrouve en v. irlandais bricht: charme, en v. breton et en gallois brit : magie (Dic. L. Gaul. Delamarre). Bricta var. Brixta était le nom d'une divinité gallo-romaine (plusieurs ex-votos gallo-romains  mentionant ce nom ont été trouvés ). On est tenté de le mettre en relation avec le mot gascon broisha qui signifie sorcière  (esp. bruja, cat. bruixa, id., languedocien aquitanopyrénéen bruèissa, id.  ) mais le vocalisme tonique fait problème . Le G.D.de la Ll. Cat suggère, à la suite de Coromines, que bruixa (sorcière, broisha en gascon) vient de  bruix (buisson, broish en gascon).  Voir *wroyko- pour plus de développement. 




*Brokko- (blaireau). En gascon, le mot "bròca" (bròco) désigne le soc de l'araire (voir bròco, dans Palay). Cette signification pourrait provenir d'une métaphore celtique, comparable à celle qui concerne le mot "soc" ( souc, en gascon, selon Palay) qui lui-même dérive du mot celtique *sukko qui signifie groin de porc, porc. Dans les deux cas, on a affaire à des animaux fouisseurs.  Mais il n'est pas impossible que l'étymon soit, en fait, le mot latin brocca (broche, pointe). Sur la relation possible entre le mot gaulois brokkos et le mot latin broccus, -a, voir Dic.Langue. Gaul  (Delamarre). Le mot araire lui-même vient du mot latin aratrum, ce mot est un emprunt latin au celtique (aratro-). En gascon comme dans d'autres langues romanes, un autre étymon celtique est utilisé pour désigner le blaireau, voir *tasko- 


* Bruson (selon Matasović) ou *brusnos (selon Delamarre) (ventre, estomac, bide), brusna (poitrine, sein) > gaul. *bru "bide", *brūnna var. *bronna (poitrine, sein) (Dic. L. Gaul. Delamarre). En irlandais, "brú", génitif "bronn" (< *brusnos selon X. Delamarre) signifie aussi bien ventre que sein selon X. Delamarre. Le  lexique du vieil irlandais de l'Univ. Du Pays de Galle ne donne que la traduction "abdomen" pour le mot v. irlandais bru et le celtic lexicon de la même université donne la signification d' "estomac"  pour le mot protoceltique bru (avec point d'interrogation pour la forme du mot). Le dictionnaire de protoceltique de R. Matasović admet le mot bruson avec la signification de "belly" (ventre, bide) d'où dériverait le mot irlandais brú. Le mot est bien représenté en toponymie, anthroponymie et théonymie  gauloises. Delamarre interprète la mention gauloise "Andobru" par un sobriquet: Gros-Bide, Bas-du-Ventre. Ce sobriquet se retrouve en celtique cisalpin sous la forme "Endobru".   En gascon, un mot dérivé de *bronna semble confiné à la Chalosse- Tursan, il y existe sous deux formes, masculine et féminine. Du côté de Montgaillard (Chalosse), le mot "bron" (s.m.) /bruŋ/ désigne "le ventre tombant" , selon la définition même du mot dans le Dic. de Gascon landais de l'abbé Foix. Le curé et poète Jean-Marcellin Barros (1858-1928), natif d'Urgons (Tursan) utilise la forme féminine "brona" /'brunə / donnée synonyme du gsc. "vente" (fr. ventre) par Patric Guilhemjoan (Flocadas aurivas. Florilègi deus poètas gascons de las Lanas. Ed. Gascon Lanas, Per Noste).

Le mot est inconnu ailleurs en gascon. Il est connu dans les langues d'oil occidentales où il désigne plutôt les mammelles et non pas le ventre. Du côté du Mans le mot bronne (s.f.) désigne le têton (pour les animaux), bronner signife allaiter (pour les animaux) (FEW). En Normand, brognes= les mammelles (des animaux). On retrouve le mot dans d'autres parlers d'oil (cf. brūnna, FEW) mais, en romance, il n'y a qu'en gascon, semble-t-il, que le mot désigne bien le ventre et non la poitrine. Cette observation suggère un substrat celtique pour le gascon de Chalosse - Tursan. 



C ved. K.


Donna (dame) -> gasc. dòna (jeune fille) (?). En gascon, il y a deux mots qui se ressemblent, l'un est dauna qui désigne la maitresse de maison (du latin domina). En gascon lanusquet, il y a cet autre mot "dòna" qui signifie jeune fille, qui n'est pas confondu  avec dauna (maitresse de maison), également usité. Je suis tenté de rapprocher le mot gascon dòna avec le mot gaulois donna qui signifie "dame". La réduction de la géminée intervocalique -nn- en -n- est normale en gascon. Mais il pourrait aussi s'agir simplement d'un emprunt au catalan (dona = femme) ou à l'occitan (dòna = maitresse de maison, dame) avec spécialisation de sens. 


 

 *Ero-  (s.m.) aigle : gasc. ar(r)ian, ar(r)ianglo (vautour) < *er(u) + anglo (inspiré de Coromines, el parlar de la Vall d'Aran, qui lui proposait le mot gothique ar qui signifie aigle.  L'élément anglo pourrait dériver soit de la masculinisation gasconne du mot "angla" qui signifie "aigle" ("anglo" doit être alors compris comme = mâle de l’aigle) soit aquilus, marron en latin; dans ce deuxième cas on serait en présence d'un syntagme celto-latin  er(r )- V - aquilu-  aigle marron. Le basque utilise les syntagmes arrano beltz (lit. aigle noir) et arrano gorri (lit. aigle rouge) pour dire vautour, en plus d'autres mots du lexique comme sai etc. Le mot basque arrano (aigle) pourrait partager cet étymon celtique ero- à partir d'un dérivé celtique affixé  *erāno (aigle) avec attraction de la particule prosthétique (arr-) commune au basque et au gascon. La dérivation par affixation avec -āno est un procédé couramment observé en celtique cf  kasso-kassāno, kawo-kawāno, , bunno -bunnāno, garāno pourrait être de formation similaire. En breton et cornique, "er" (de *ero-, cf. Etym. Dic. Proto-Celtic, R. Matasović, Celtic Lexicon) signifie aigle. Le mot gascon ar(r)ian var. ar(r)ianglo, probablement un syntagme à l'origine,  est aranais et luchonais, un héritage probable de la langue des Garumni (capitale: Salardunum).

 

Gabro-  (bouc) > gabre  (vieux mâle de perdrix, Palay).  Pour l’étymologie du mot gascon, cf.  Etym. Dic. Proto-celtic, Matasoviç qui renvoit à  Gamillscheg 470. L’occitan a aussi gabre (s.), gabrar (v.) qui sont cognats voir TdF. En breton gavr : chêvre < *gabra, irl. gabhar (id.). 

 

*Galā (bravoure, courage, vigueur)  via *gālyo ( ?) (vif, brave, courageux) - > galhèir  (s.m.): force, vigueur , galhè(i)ra (état de ce qui est vigoureux),, galh (vif) etc.  cf. breton gailh : vif. 

L’étymon se confond avec le latin gallus : coq (cf le coq gaulois) . 

 

? Garāno (grand échassier : grue, héron, cigogne) -> gairin (héron, échassier de grande et moyenne taille) . C’est possiblement la confusion  étymologique d’un hypothétique dérivé gascon  de garano- (*garaŋ)  avec le mot gascon garia (poule, lat. gallina) qui a provoqué la formation de  ces dérivés aberrants de garia  servant à  désigner des échassiers de grande et moyenne taille  : *gar-aŋ x  gar i-a -> gairin; garia (accent sur le i)  - > gariòu  (hérons et échassiers) et gària (femelle du héron, dérivé dégressif de gariòu). Breton garan, id. 


*Gortia (s.) Enclos et, par métonymie, clôture (Delamarre). Ce mot gaulois est bien représenté à la fois dans la toponymie hexagonale (y compris en Gironde: Lagorse, l'article suggère que le mot y a été lexical autrefois) et aussi en occitan non gascon (gorça, gorso) où il a pris le sens de verger (< clos) et de haie (< clôture). Le mot gorso existe dans le lexique gascon contemporain, il est du parler du pays toy et  signifie précipice  (Dic. Palay, Dic. Massoure). On n'est loin du concept d'enclos et de verger, il s'agit très probablement d'un homonyme. On a consacré un message aux hypothèses  étymologiques (dont une latine) pouvant expliquer cet homonyme voir



*Glina (v) (coller)  -> glahar, v. (fatiguer, ahaner) (<*glənar); glanh s.m. (< glanu-)-, glahèr s.m. mauvais état physique ou moral,( < glənariu)). Cf. la formule gauloise de guérison citée par le médecin bordelais  du 5ème siècle Marcellus Emperius : exugri conexugri glion : sors, va-t-en chose collante. (voir ). Le mot se retrouve en gallo-roman mais avec une signification totalement différente de celle en gascon (le verbe gascon "glahar" est cognat avec le fr. glaner, le h /h/  du mot gascon est épenthétique suite à la perte du n intervocalique qui est une caractéristique du gascon comme du portugais ). Le lexème sembe être l' héritage des guérisseurs gaulois et gallo-romains, la maladie étant assimilée à une chose collante.


*Kaliāko- (s.) (coq) :   calhòc (goéland, coq de mer).  Cognats : v.irl. caillech, irl. cailleach,  gallois ceiliog, bret. kilhog = coq. Pour avoir plus d'explications et commentaires en gascon, voir là.

L’euskara a le mot kayo (mouette, goéland). Ce mot est parfois considéré  dérivé d’un mot roman,  p.-e cognat de l’esp. gavia (mouette) ou du fr. geai et de son cognat asturien gayo (id.) (cf. Agut & Tovar D.Et.Vasco), je pense, quant à moi, qu'il s'agit d'un emprunt adapté de notre mot gascon lui-même (le /k/ final du mot gascon étant assimilé au suffixe basque k signifiant un pluriel, calhòc > kayok  pluriel de kayo.  


*Kallyo (s.) quelque chose de dur, pierre, sabot  (du cheval) -> calhau (f. affixée *callyàvo-(?), cognat :  fr. caillou, port. calhau (probablement un emprunt au gascon). *Are-kallyo  > arralh (ébouli de cailloux, glace), cognat de l’asturien argayu (ébouli de cailloux) passé en esp. argayo. Le mot catalan aragall est probablement cognat, avec une dérive sémantique hydronymique supposémment influencée par le verbe xaragallar. Le béarnais a également  les mots argalhar (fendre, éclater le bois), argalhan et argalhaire (travailleur du bois) , probablement de ce même étymon. 

 

*Kalyo- (s.) tache ->, galhet (tacheté, pie), galhat (tacheté), galhar (commencer à murir, se dit pour le raisin, un fruit), pigalhat = piga(t) x galhat (bigarré)

 

*Karrekĭ- : rocher > carric, - > carròc / carròt (changement d'affixe)  (rocher) cognats de l'irl.  carraig  (id.); de l'ancien breton carreg (id.)  cf. basque harri (s.), harrikatu (v.), harrika egin, p.-ê un leg celtique en basque, comme hartz, arrano, andere, isokina, gauhontz etc…ou l’inverse, un prêt non i.-e. en celtique ?


*Kasso-  (tressé, enchevetré, par métaphore: chêne) -> gasc. casse, casso, cassi (chêne). 

Kasso- > kassāno- (affixation "classique" du mot précédent,  chêne): oc. cassan,  et les dérivés gascons: cassanhèr , cassanhèda etc < cassaŋ +èr ,-èda  (chênaie) etc.

 

*Kawaro-  (géant, colosse cf. les dic. Proto-Celtiques et cauaro- Dic.L. Gaul.) > celt. *kawarāko-  (lit. gigantesque, colossal, le mot est obtenu par affixation du précédent selon un procédé courant en celtique)  > cauerat, caurat (cachalot). La forme "cauerac" est la plus anciennement attestée en gascon (cf. DAG- 12  qui soupçonne, sans bons arguments, que le -c- final est une erreur de lecture pour -t-). C'est aussi le mot roman le plus ancien pour désigner notre animal (13e s.). La  terminaison -at  l'est probablement par confusion avec l'affixe gascon usuel -at utilisé en particulier avec les noms d'animaux (baleiat, orsat, lobat, aucat  etc).  On observe le même phénomène avec "creat", variante bien attestée de "creac" (esturgeon) et avec colat et même colar, variantes attestées de colac (alose). Cauerac, creac et colac dérivent tous de mots celtiques de construction similaire, (kawarāko-, kragāko-, kolāko-, cf. FEW 2, 1266 cragacus  et FEW 2, 865 colacus. L'étymologie de cauerac a été élucidée par votre serviteur, hypothèse validée par R. Matasović (correspondance personnelle). A noter la forme ancienne  graphiée caberat, le "b" a ici le rôle de celui de flabuta (latin flaüta). En absence de cette consonne, il y a le risque de cette réduction syllabique, de fait observée avec la variante caurat comme avec le mot français flute. Cette réduction est régulière dans les langues néoceltiques. Comparer caur(at) avec l'irlandais caur (colosse),  le gallois cawr (géant), cornique caur = géant, en v. cornique caur-march = "camelus"  (chameau ou dromadaire) (lit. géant-cheval)


*Kawarāko- (lit. gigantesque, colossal) -> cauerat, caurat (cachalot) voir *kawaro-

 

*Kawos, kawa  (lit. hurleur-hurleuse, appliqué surtout aux strygidés (hiboux- chouettes) mais aussi parfois à certains corvidés ). Le nom se retrouve probablement  dans celui de la nation des  Andecaui (lit.  les très criards, les grands hululeurs) à l'origine d'Anjou et d'Angers et noms de personne cauus, caius (hibou) 

*kawos > guè(h)us, ga(h)ús, caús, cauús, (hibou); en oc. : còis, caús, gabús (id.), cat. gaús (id., p.-ê du gascon) , allem. Kauz (id.), eusk. gauhontz, gauhuntz, gabontz (id.) , etc . Le cas sujet a été gardé intact en raison de la valeur expressive du mot, toutefois l'accentuation est variable. 

.

*kawos > *kawān(n)os, (forme affixée avec -āno permettant la distinction avec l'homonyme *kawos (cognat du latin cauus), gémination expressive (?),  nom de p. Cauanos, lat. cauannus  : gasc chavan (chauan ou chaban selon les lieux, probablement un emprunt),   cf fr.  chouan, chat-huant) ; 

*kawa > kawāka (f. affixée) >  cavèca  /ka'wɛkə -kɔ/ gavèca /ga'wɛkə -kɔ/ /ga'βɛkəkɔ/ (la prononciation /w/ du v intervocalique est la plus ancienne en gascon, le betacisme est plus récent et minoritaire, ce dernier concerne grosso-modo le Béarn et zones adjacentes et des zones périphériques du domaine gascon en contact avec l'occitan) , fr. chevêche, eusk. : kaheka (id). L'anc. français choue d'où vient chouette par afix. dérive de *kawa. De même "chauve" du mot composé chauve-souris. 

 


 *Kolāko- ( étym. colgā, affixé en āko épineux, qui transperce): mot affixé dont la racine correspond au mot moyen-gallois "col" aiguille, épine; cornique col, colg id.. la racine protoceltique est colgā: chose qui transperce, en part. dague, épée  -> colac (alose) cf. FEW 2, 866 colacus.   eusk kolak (id.) 

 

*Kumbo- (lit. creux, concave, et, par métaphore, les suivants) -> com, comet, comada (abreuvoir, auge, cuve à foulon) (= bret. komm : abreuvoir, auge, cuve à foulon etc.) Cat. cóm : auge (emprunt au gascon probable). Le latin a emprunté au celtique le mot cumba : sorte de vallée > gascon coma : vallée propice au pâturage, et aussi, dans les Pyrénées (gasc. , arag.,  cat. ):  estive d’altitude, près des sommets ou des cols, sans précipice. 



*Kragāko- ( étym`: carapacé, métaph.esturgeon  -> creac (esturgeon) cf. FEW 2, 1266, cragacus.   

 

*Kragāka (étym. carapacée, métaph. : coquillage) -> craca , crèca  (coquillage de mer, noix) + dérivés affixés : cracòt etc. 


*Kroukā- (tertre, monticule) -> cruca (tas, amas de terre, monticule), cròca (sommet du crâne, caboche, cf. dic. gasc. land. Foix). Les mots gascons "cruca" (aussi graphié (a.g.) "cruque) et "cròca" ("a.g. croque) sont cognats du v.irl. "crúach" (meule, tas, tertre, montagne) ; gallois: "crug", (monticule, tertre); v.cornique , cruc (colline), vbreton "cruc" (amas, tas). (Dic. l. Gaul. X. Delamarre). L'entrée du mot celtique chez Delamarre est sous la forme *crouca, *kroukā étant la forme adoptée par le lexicon celtique de l'Université du Pays de Galles . A ma connaissance, l'étymon ne semble pas être représenté dans le lexique d'aucune autre langue romane en dehors du gascon. Le problème de la relation avec le mot synonyme "cuca" (a.g. "cuque") est posé. Delamarre suggère que le mot lyonnais cuchon (tête, caboche) puisse dériver de "*crouca", mais l'absence de "r" suggère plutôt un cognat de l'autre mot gascon "cuca" synonyme de "cruca". Pour cuca, cuque cuche, cuc (tas, monticule, colline, tête) ,FEW suggère un autre étymon gaulois hypothétique *kukka: "sommet", probablement le même que celui du mot gaulois *kukullos passé en latin cucullus (capuchon), ce dernier étant utilisé en toponymie pour signifier une proéminence, un sommet, une colline (aux Asturies: Pico Cogollo ou Picu Cugullu (1020m) , Cogollo de Cebolledo (2100m), Cantabrie: Castro Cogollo (1696m), c'est cucullu ou cocollu en aragonais, kukula en basque. De même en latin médieval , on a le toponyme Castrum de Cugulli (XIè), aujourd'hui Cuges-les-Pins (12). En gascon l'étymon est toujours sous une forme affixée diminutive, pas de "cucuth" dans le lexique (mais très probablement si dans la toponymie, par exemple: Cocumont, attesté comme cogut-Mont, cucuth a du être généralement assimilé à cocut - "coucou" ) mais bien cucuron, cuqueron et même ce cucuruquet à l'allure un peu fantaisiste (confusion de Cucuret avec le chant du coq?) sans oublier les toponymes gascons Cuguron et Cucuret. La conservation du /k/ intervocalique venant du latin serait anormale en occitano-roman (gascon exclu), ce qui suggère une origine différente pour le toponyme varois cucuron et l'ardéchois coucouron, p.-ê, par exemple, un syntagme composé de deux étymons celtiques cukk (<* kukka) et *kurro- (var. *korro), *kurro- ou *korro signifie qui saille, qui dépasse, à l'origine de l' a.f. cor : extrémité, picard-wallon coron. Julio Santano Moreno, qui s'est intéressé aux étymons pré-latins de Sardaigne, donne l'étymon pré-latin *kuk- comme indo-européen cognat du gaulos *kukka (voir ), on pense bien sûr au ligure.

 

*Lugrā (lune)  -> lugran (f. affixée –ānu, astre qui brille  par métaph.  œil, ver luisant; par changement d'affixe :  lugret (étoile, éclair), lugrèra (constellation) lugrir, lugrejar (briller, étinceler) etc. Le mot oc. lugre est un synonyme et pourrait dériver, par dégression, de lugran, si non directement du mot celtique lugrā via le gascon *lugre. L'occ. lugarn (étoile) pourrait être d'un autre étymon celtique (*lukarnon -s.n. : lampe artificielle, flambeau,  *lukarnon > "lucarne" (le mot signifiait en a.-fr. : flambeau, lampe et non pas lucarne), breton "lugern" (chose brillante), gal. "llugorn" (lampe). La signification d'étoile de lugarn est par confusion avec lugre et lugran . L'étymon latin "lucanu" (lumière de l'aube) est representé en gascon et en aragonais par lucana (lucarne, c-à-d. lit. qui laisse passer la lumière du jour), en cat. llucana, id., en basque lukana id. L'étymologie de lugran été élucidée par votre serviteur qui réfute la valeur astronomique prêtée au mot latin lucanus.

 

*Lukos (s.m.) (loup? brochet?). En association avec mor(i) (mer en celtique), *morlukos (loup de mer? brochet de mer?) -> *mǝrlucs -> gasc. merlús  (s.m.) > esp. merluza etc. Le catalan a llus (s.f.) (<lukos), syn. de llobina (diminut. de lloba ,louve : fr. bar, loup de mer). La séquence de la dérivation lukos -> lus  (en a.-fr. lus var. lux, luz etc < lucus s.m. = sorte de  brochet)  est débattue, j’ai opté pour l’hypothèse d’une dérivation à partir du cas sujet lucs  de lucus (lukos) avec assimilation   -> lus au lieu d’un dérivé latin *lucius, mais le résultat est le même.  Le mot molua, morua (morue) a une étymologie similaire,  *morluca (louve de mer? ) -> *morluga - > morlua > molua, morua   Le problème posé par la signification "loup" de *lukos (lucus, lucius) est que cet étymon n'est pas productif dans les langues néoceltiques pour signifier ce canidé. Ce problème est évoqué par X. Delamarre dans son Dic. Gaul.  Peut-être un mot emprunté par les Gaulois marseillais  ou orientaux (Galates), au grec λύκος (id.), et ayant diffusé  en Gaule. Un autre problème de ce type se pose avec le mot gaulois *uranka (fr. patte, griffe), à l'origine de "branca"  en gallo-roman (sens large, oc.-rom.  compris) (fr. branche). Le mot semble inconnu en celtique médiéval, breton compris. Il s'agit probablement là-aussi d'un emprunt strictement continental à une langue orientale, possiblement balto-slave (en lituanien ranka signifie main, cf. X. Delamarre Dic. Gaul.). 


 

Morc’hast (mor + gast lit. mer chienne, chienne de mer). Mot breton de forme archaïque  (sorte de squale) > gallo marache (s.f .) (id )->  poit-saint.:  marache (s.f. sorte de squale ; sorte de poisson) > gasc. marrache (s.f. aussi graphié marraisha) : roussette, sorte de squale > esp. marraxo (s.m.) (requin, notez le changement de genre qu'a subi le mot en entrant en espagnol : cela signe un prêt du gascon noir dont l'article défini féminin est le, le marrache, s.f. - > el marraxo s.m.) > esp. marrajo (requin, évolution phonétique du précédent) > esp. marrajo – marraja (adj.) (perfide)  - > gasc. marraca  (s.f.) toile d’araignée. Magnifique mot voyageur originaire du breton qui se retrouve dans toutes les langues de la péninsule voisine et qui a fait une boucle en gascon en passant par l'espagnol. Aussi en catalan deux fois : marraix (s.m. sorte de squale) et marraco (s.m. méchant monstre qui fait peur aux enfants < esp. marrajo) et à Sète : lo maraca  (prononcé maraco) sorte de squale (< esp. marrajo). 


Morgu (mor + ku, lit. mer chien, chien de mer). Mot breton de forme archaïque (roussette, petit requin) romanisé en gallo, passé au poit.-saint. (oleron : mǝrg = roussette) et en gascon: mirc (s.m.), mirca (s.f.) = roussette (mirc à  Bayonne dès le 13eme s. cf. DAG 12). Le mot ne semble pas s'être installé en Espagne, contrairement au précédent. 


?  Pilleāko? ? (bout de tissu, chiffon, guenille) > gasc. perrac, perrèc, perrec (id.). FEW donne le basque perreka comme étymon du mot gascon perrac, pérrec (sic lire perrec), pèrrec (sic, lire perrèc) etc mais c'est très peu probable car le mot est très isolé en basque alors qu'en gascon il fait partie d'une famille nombreuse, ce qui suggère que l'emprunt a été fait en sens inverse, c'est le basque l'emprunteur du mot gascon. La terminaison en -ac, ec et èc du mot fait vraiment penser à un dérivé celtique avec affixe āko, mais des hypothèses alternatives ne sont pas impossibles, bien sûr. Examinons la piste celtisante. Le mot non affixé pourrait être cognat de l'occitan pelha de même sens (bout de tissu, chiffon, guenille)  que l'on fait remonter au latin pĭleum (bonnet des affranchis selon la définition classique). En gascon, le mot pelha (< pĭlea) n'a pas la signification de chiffon qui est réservé à perrac, perrèc  mais il a celui de vêtement. L'étymon se retrouve dans toutes les langues neo-celtiques v. breton pil, breton pilhenn, pilhou (chiffon, guenille), gallois pilyn « couverture », ir. pillin et gael. pillean « bât » (cf. Henry. Lexique Etym. du Breton). Paradoxalement, il ne doit certainement pas s'agir d'un étymon celtique comme l'indique la présence du "p" initial en gaélique irl. et écos., mais vraisemblablement du mot latin pĭleum adapté en celtique (pillon et/ou pilleon). Le mot gascon perrac, perrèc etc suggère qu'il l'était p-ê déjà en gaulois. La geminée du mot gascon perrac, perrèc, perrec est sans doute expressive, on retrouve cette géminée dans perrissa (pelisse), variante de perissa, cette dernière forme dérivant régulièrement du latin pellissa. Le mot gascon perrac, perrec, a eu un beau  succès probablement du à son expressivité, puisqu'il se retrouve en catalan (perrac, perrec, esperrecar, esperracar, de premières attestations très tardives, 19ème s.) et aussi en aragonais. Une autre hypothèse, a priori moins téméraire,  ferait de perrac,  perrec et perrèc des  déverbaux d'*esperrəcar -> esperracar, esperrecar, peut-être apparenté à esperucar , cognat gascon de l'occitan espelucar et du français éplucher. Esperrecar signifie déchirer une étoffe, esperucar signifie béqueter,  la relation sémantique n'est tout de même pas évidente. Dans le cas d'esperrucar, on peut rattacher le verbe au mot gascon peruc (<*pellucu, étym. pellis affixé qui signifie bec),  c'est bien le verbe qui dérive du substantif et non l'inverse. Il faut noter que esperricar est un variant de esperrecar, mais *perric est absent du lexique, ce qui affaiblit l'hypothèse du substantif déverbal. Coromines suggère une origine onomatopéïque au verbe, ce qui n'est pas impossible mais suggererait que les tissus aquitano-pyrénéens font un bruit très spécial quand on les déchire parce qu'on ne trouve cette "onomatopée" nulle part ailleurs. Je pense qu'il s'agit plutôt d'une forme gascone de l'étymon pilleum (avec géminée, le double l  intervocalique est prononcé régulièrement /r/ en gascon)) avec le vieil affixe celtique -ac. *Pelleako- -> *pərəac(u) -> 1) *pə'rac, 2- *pə'røc (ø ou un phonème proche était la prononciation ancienne du e fermé tonique en gascon occidental comme en catalan oriental, encore conservée de nos jours en gascon de la côte et en catalan des Baléares)->  1 -> perrac, 2 ->perrec, perrèc (gémination expressive) avec le sens du mot occitan pelha: bout de tissu, chiffon, guenille. Le verbe dérive du substantif. 


*Sedlon (siège). Coromines donne ce mot pan-celtique comme étymon du mot cantabre (pasiegu)  "sel" (s.m.), estive en altitude protégée autrefois par une palissade circulaire avec à l'intérieur la cabane du berger (d'où le nom), l'exacte équivalent du "cortau" gascon. Pour dire qu'un berger rentre s'abriter, on emploie le verbe pronominal aselàse (en esp. standard: aselarse) (el pastor se asela). Le verbe s'employait aussi sous forme transitive pour signifier qu'on rassemblait  le bétail chaque soir dans le "sel"  (prairie barricadée)  pour le mettre à l'abri des prédateurs  la nuit .  Maintenant que ce type d'estive barricadée a disparu, on réserve le verbe pour les poules: mettre les poules à l'abri  (aselar las gallinas).  Ce verbe espagnol aselar pourrait être à l'origine du verbe gascon asselar, aselà's, aselar-se: mettre à l'abri, se mettre à l'abri (du soleil, du vent) , l'assela,  l'asselada = l'abri. L'étymon celar ne serait pas le bon ici. Pour plus de développement, voir


*Sukku (groin de porc, porc) - > soc (sillon de terre ou soc de l'araire selon les parlers) socar (faire de la corde, cordier < sillons), socada (ensemble de sillons ; de souches, action de serrer fortement un cordage) ; soc,-soca : stupide. *Sukku, par métaphore, est en grande partie similaire à *bonno (breton bomm, buem, gasc. vomet : sillon) et de son féminin bonna = souche, fondation, lieu de peuplement.  L’occitan (non-gascon), en dehors de la zone proche du gascon, ne connaît pas le mot "soc", contrairement au gascon, aux langues d’oil et à l’arpitan  (à noter qu'en breton: souc’h signifie soc de l'araire, le sens métaphorique  est gaulois, cette signification est inconnue dans les langues celtiques des Iles Britanniques). Voir aussi *brokko qui désigne le blaireau et dont on retrouve p.-ê. l'étymon en gascon sous la forme "broca", synonyme de "soc" et de "bome, bomet". 

 

*Taranus l’orage, dieu de l’orage - > taram (tonnerre). Mot du gascon de Luchon et environ,   héritage probable du parler des Garumni, cf. arrian. Cet étymon celtique n'est représenté dans aucune autre langue romane, à l'exception peut être du normand qui a le mot tarane qui signifie gnôme, feu follet ( Dic. L. Gaul. Delamarre). 


*Tasko (blaireau), mot passé en latin (taxo) que l'on retrouve en gascon: taish, tàishon, taishon, teishon, comme dans d'autres langues romanes, p.ex. it. tasso, espagnol tejón, cat. taix, taixó. Souvent pris pour un germanisme, le mot est en fait un celtisme (voir Dic. L. Gaul.  et Etym. Dict. Proto-Celtic). 


*Wa(x)-ske/o (pression, pincement )-> bascar; bascà's; basca (inquiéter, tourmenter; s'inquiéter, s'en faire ; inquiétude, tourment). Cette famille est particulière car on ne la trouve pour ainsi dire qu'en zone béarnaise et alentours, partagée avec le catalan (basca, bascar) et le castillan (basca). Inconnu en occitan non-gascon. Autant que je sache, il est absent de l'aragonais, de l'astur-léonais et du galaïco-portugais. L'étymon généralement admis est le celtique (voir "basca" dans le DRAE et le G.D.LL. cat. ).  Le mot gascon "basca" (a.g. "basque) serait donc cognat du breton "gwask" (pression, pincement mais aussi préoccupation) et du gallois "gwasg" (pression). L'équivalent celtique de chepic, finalement (< pechic, pessic). 


*Wēro- : rond, courbé. Cet étymon, qui est sémantiquement lié au concept d'enfermement, d'attachement  (verbe wi-na = enfermer cf. Et.Dic. Proto-Celtic)  pourait être à l'origine des mots gascons varan (halo de la lune)  et de baran(d)a (palissade, fortification circulaire protégeant un lieu, place-forte ou sel) via un hypothétique *weron(d)o postulé par Coromines voir . "varan" ne peut pas dériver de barar (*barant <barar, entourer un lieu par une cloture ou un fossé, latin vallo, a.f. valer, esp. vallar, gasc. varar / barar > barrar, esp. vallado cognat du gascon barrat (cloture ) ET varat (fossé) - à l'origine le même mot.  En effet, varan a des dérivés baranar, embaranar incompatibles avec *barant.  etc. Le basque a le mot birunda qui signifie "cercle", il pourrait provenir de ce même werondo celtique.  


* Wroykyāko- (buisson): gascon bruishòc, broishòc (buisson) voir *wroyko


*Wroyko-: bruyère. Gascon: bruc = bruyère; aussi, broish, broisha (buisson) et bruishòc, bruishòt, bruishon (buisson). 

Le proto-celtique *wroyko- bruyère, a un descendant en ligne dirècte en gascon : *wroyco -> gallo-latin  *brucu  > gascon bròc /brɔk/, broc /bruk/, bruc /bryk/ d'où bruga /brygə/ (bruyère) et , sous une forme affixée: bruguèra (< brocaria) de construction similaire au fr. bruyère (< brucaria). La prononciation de la diphtongue gauloise a pausé problème en latin qui ignore ce phonème  d'où les solutions phonétiques divergeantes (Coromines souligne ce point dans El parlar de la Val d'Aran adressse broixa)).  De même l'étymon de "wroyko", et c'est là que cela devient intéressant, est sans doute aussi celui de  òc brossa (buisson, broussaille), gasc. bruishòc, broish (buisson, éteint sous cette forme, avec ce sens, mais vivant sosu forme de dérivés affixés, voir  ), catalan bruix (buisson ), que je suppose dérivé de *wroyko via un intermédiaire affixé  *wroykya (ensemble de buisson, broussaille ?)> broicia ou bruycia-> brossa, broisha. 

Le mot bruishòc (buisson) et son doublon broishòc (id.)  sont intéressants car ils présentent une "affixe" sous une forme qui n'est pas usuelle en gascon et qui pourrait remonter au celtique, je pense à  -ākos.  Celt. *Wroykyāko-- > *bruyciacu, *broyciacu- > bruishòc, broishòc. Sur la dérivation du suffixe -āko- en -òc en gascon, cf  le mot celtique kalyāko, fr. coq dont dérive en ligne directe le mot gascon calhòc, (fr. coq de mer, goéland). Les deux mots wroykyāko et kalyāko en ont en commun que la terminaison -āko suit un yod (-yāko). Voir aussi briga, brigāko, gascon briòc. Pour plus de commentaires et sur la relation possible entre broish-a (sorcier -ère) et notre étymon, voir