dijous, 28 de febrer de 2019

Cat. aloja (gasc. hada, encantada) deu gascon " aloishar" (etim. lat. fluxu)

L'aranés qu'a un mot "aloishar (grafiat atau au dic. de l' Institut d'Estudis Aranesi), qui ei afin au mot deu dic. de Palay esloishar, qu'ei a díser har hloish (grafiat loish au dic. I.E.A.. gasc. (h)loish = cast. flojo, cat. fluix, deu latin fluxu-). Aloishar que vòu díser "rendre faible, affaiblir; rendre lâche (pour un lien), donner du mou, qu'ei l'exacte equivalent deu vèrbe catalan "afluixar" dab loquau partatja las medishas significacions. 

De manèira interessanta, que trobam un substantiu en catalan, concrètament "aloja" (s.f.), qui rapèra lo noste vèrbe gascon. En catalan normatiu, "una aloja" qu'ei ua hada (fr. fée) mentre , en catalan de Conflent , l'expression "tenir les aluges (prononciacion setentrionau per "aloges") que significa "aver los dits baubs d'ehred" (fr. avoir les doigts engourdis par le froid"; cat. tenir els dits balbs de fred; exemple: "Amb aquesta fred, tinc les aluges" (Dic. Nord-Català, Camps-Botet). 

La relacion deu mot catalan "aloja" dab lo mot gascon (conservat en aranés) "aloishar" qu'avè escapat a la sagacitat deus linguistas, Coromines inclús. Entà explicar lo mot catalan, Coromines que prepausè com a etimon lo mot latin "alluies"qui significa inondacion. La relacion semantica enter lo concèpte d'inondacion e lo de hada (dauna d'aiga) que demora possibla, ja que pro rara e, a la fèita fin, hòrt dobtosa,. A mei, lo concèpte d'amorrit, de baub, ligat au mot en Conflent, que hè l'ipotèsi etimologica de Coromines pòc crededera. Per contra, l'ipotèsi d'ua derivacion deu mot catalan a partir deu mot gascon qu'a l'avantatge d'estar compatibla dab las duas significacions, la deu mot "aloja"en català generau com dab la deu mot "aluja" en Conflent: la hada qu'aloisha la soa victima per hat e los dits de'u qui a "les aluges" que son plan aloishats. Totun, la derivacion aquesta que passa per ua mutacion de sh en j. Quina ne seré la causa? Ua explicacion possibla qu'ei l' influéncia d'un aute mot gascon, concrètament "goja", qui, especificament en Catalonha, designa ua dauna d'aiga, ua encantada. Goja non significa pas briga "servidora" en catalan, qu'ei sinonime d'"aloja". La prumèra atestacion deu mot goja qu'ei recenta en catalan, ne remonta pas sonque tà la fin deu sègle 19, lo manlhèu que sembla modèrne.

Quan ves disèvi que lo gascon n'èra pas considerat...Lo gascon qu'estó parlat en Catalonha durant sègles, en dehòra d'Aran, pr'amor de las comunautats que i vivèvan. Qu'a deishat traças especificas en catalan de Catalonha com, per exemple: noi, de ninòi; galleda, de galeta, la de la hont (canaleta); gaús; gamarús; xot; gamar-se; gallorsa; Déu n'hi do, quequejar (cat. tartamudejar), esperracar, perrac, parrot, goja etc, etc. Lo mot "aloja" que'n seré ua de mei.

dissabte, 9 de febrer de 2019

Ar(r)ian, ar(r)ianglo = fr. vautour. Étymologie: eri- (= aigle) affixé (-anu) et en composition (-aquilu)

Dans un post précédent, nous avions relié les mots basques kaheka (chouette) et gauhontz (hibou) à l'etimon indoeuropéen *kaw representé en celtique et en roman par les mots  *kawos (cauus, oc. còis, caús; gascon: guèhus, gahús, catalan: gaús etc. = hibou, chouette), kawa (caua, a.fr. choue = chouette, corneille, choucas; esp. chova = corvidé genre chocard), kauannos (cauannus, chat-huant , breton kauann, kauenn etc), kauekka (caueca, òc cavèca, gasc; gavèca, fr. chevêche irl. caóg, gael écos. cathàig= chouette, hibou; gallois cauci= choucas des tours) et kauetta (cauetta, fr. chouette) qui désignent des rapaces nocturnes et des corvidés.

Aujourd'hui je vous propose de nous intéresser à une série de mots haut-commingeois et aranais qui désignent le vautour: arrian (attention: n vélaire, pron. "arriang") var. arian, arianglo (var. arrianglo) et trango. Rohlfs a rapproché ces deux premiers mots avec le mot basque "arrano "qui signifie aigle et a suggéré une dérivation phylogénétique des mots gascons à partir du mot basque. Cette hypothèse, même si Wartburg l'a reprise à son compte,  n'est pas vraiment satisfaisante ni même acceptable dans l'état. On ne voit pas vraiment comment "arrano" aurait pu conduire à "ar(r)ian(g)" e "ar(r)ianglo".  L'hypothèse de Rohlfs ne fut d'ailleurs pas acceptée par Coromines qui nous a proposé une autre piste. Dans le mot ar(r)ianglo le regretté linguiste catalan y voyait une composition de deux mots, l'un d'origine latine "a(n)glo", forme masculine ou masculinisée d'agla (aigle, du latin aquilus/a = marron- fauve, aquila =  l'aigle, c'est-à-dire littéralement la "fauve", la "marron"), l'autre non-latin mais tout de même d'allure indoeuropéenne: "ari-. J'y reviendrai. Dans le Val d'Aran, Coromines a recueilli un troisième mot synonyme des deux autres : trango (Coromines, el parlar de la Vall d'Aran), où il y retrouve le mot ang(l)o en composition. Pour l' élément intial tr ou tra , Coromines a suggeré vultur (vautour)= *vulture aquilu -> trango. Franchement, cette dernière proposition ne me plait guère car elle nous éloignerait trop du chemin phonétique qui conduit du latin vulture au mot vutre, vuitre, vote (=vautour) en roman et en gascon en particulier. Par contre, je remplacerais volontiers  vultur(e) par "astor(e)" qui a donné estor en gascon, astore-aquilu - est(o)r-ang(l)o - estrango - trango,  cela me parait bien plus cohérent phonétiquement,

Quant au mot qui serait associé à aquil(us/a) dans arianglo, cet enigmatique  'ari', Coromines supposait un mot indo-européen, peut-être le mot gothique "ar" (qui veut dire aigle). Ce n'est pas impossible, mais je serais plutôt tenté d'y voir un descendant affixé du mot  celtique pour aigle, d'ailleurs le mot basque arrano pourrait tout aussi  bien descendre également de ce mot celtique affixé. Aigle se dit erer en breton, eryr en gallois, toutefois en breton moyen le mot était er et il était aussi er en cornique. Il a été proposé un mot ancêtre *eriros ou *eruros pour les formes erer et eryr, toutefois la forme monosyllabique er ne doit pas descendre de cette reconstitution, plutôt de quelque chose comme "eros".  on trouve la  forme gauloise eri- en composition selon l'hypothèse rapportée par  X. Delamarre (Dic. Langue Gauloise) qui nous renseigne avec les syntagmes "eribogios" ="aigle frappeur; "eridubnos" = aigle noir; "erepus", "eripus", "Er(r)iap(p)us" (théonyme, nom de divinité commingeoise, apparaissant sur une vingtaine d'inscriptions votives en bon latin trouvées dans un sanctuaire à Saint-Béat (voir D. Nony, Le dieu Eriapus dévoilé, Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, Bd43 (1981) pp. 243-248).  Ce théonyme Eriapus (var. Erriapus, Eriappus, selon les inscriptions)  est interprétable par le celtique et se traduirait littéralement par Oeil d'Aigle, que l'on pourrait aussi peut-être traduire moins littéralement par Semblable à l'Aigle cf. X. Delamarre pour les interprétations et les références, voir aussi J.P.  Savignac, Dic. Français-Gaulois, La différence 2014).  Le dieu Eriapus était vénéré par les Convennes (nation celtique d'Aquitaine, ancêtres des Commingeois) mais aussi par les Conserani (mal lu comme "Gomferani") (Couserannais). Eriapus était visiblement un dieu guérisseur, les inscriptions sont toutes des remerciements pour soins rendus, des formules votives. Je cite, comme exemple,  la transcription avec les "Gomferani" (comprendre  Conserani): Erriapo deo Gomferani posuerunt v(otuir.) s(olverunt) l(ibentes) m(erito)).

 Le mot Er(r)ius sous cette forme ou une forme proche- entre dans la formation de noms et sobriquets gaulois et gallo-romains: Errus (de *Eriros, selon Delamarre, mais cf. le breton er s'opposant à erer ), Erredius, Errimus, Errimocito ("Qui a la puissance de l'aigle") (X. Delamarre, DicGaul.). Nony suggère que la montagne de "Rié" (en gascon Arrie), au-dessus de St Béat , tire son nom de ce mot  eri- (Nony, 1981, ref. cit.. ). Cela est d'autant plus vraisemblable que le sanctuaire dédié à Eriapus se situe précisemment sur le flanc de cette montagne d'où on extrait du marbre (ce fameux marbre de Saint-Béat) depuis l'antiquité. Y a t-il un rapport entre l'oronyme et le nom de l'aigle? Ce n'est pas du tout impossible.

Ar(r)ianglo (Proto-roman *eri' -aquilu) pourrait donc se traduire mot-à-mot par aigle-aigle mâle (cf. trango) ou peut-être plus simplement "aigle fauve" car aquilus signifiait aussi fauve (la couleur marron) en latin. Cette dernière interprétation fait sens (cf. eridubnos, aigle noir) dans la mesure où le marron n'était pas précisemment une couleur pour les ancêtres des gascons. Les basques ont emprunté le mot marroi au roman. Pour dire vautour, le basque dit "sai", vautour fauve se dit sai arrea (lit. vautour gris, vautour "sable"), on dit aussi populairement "arranobeltz" (lit. aigle noir). Néanmoins, il faut rappeler que, dans les Pyrénées, l'adjectif latin pour dire marron ne semblait pas être vraiment aquilus mais aquilinus (cf. le petit fleuve appelé Agly, en cat. Aglí, de aquilinus).

Le deuxième mot arrian  ou arian serait de formation plus simple, forme affixée d'eri- avec -anu (proto-roman: e(r)rianu :qui appartient à l'aigle, l'Aquilin. La construction de *errianu par rapport à *erri- est la même que celle de lugran par rapport à lugre (du celtique lugra = lune). Dans ce dernier cas, les deux mots lugre et lugran sont bien synonymes (astre, oeil au figuré). Lugran (astre, oeil) comme lugret (étoile, éclair)  représentent en fait des dérivés masculins de lugre qui devait être féminin à l'origine, cf. le mot gascon alugret (fr. étoile, éclair) qui renvoit à l'alugre, probablement pour la lugre (en gascon occidental lugra et lugre se prononcent exactement pareil), même si l'occitan ne conserve le mot lugre que sous forme masculine, probablement à cause de lo lugret -> lo lugre. Le n final d'arrian est vélaire (-ng) comme celui de lugran. Il s'agit peut-être à nouveau de masculaniser un mot à l'origine féminin comme le suggère l'hypothèse toponymique de Nony: Erria -> Arrie. Erria (fem.) -> Errianu (m.) et comme le suggère aussi l'autre mot arrianglo, la terminaison -o pouvant être interprétée ici comme masculinisante (c'est-à-dire que le vautour est considéré comme le mâle de l'aigle - agla). Le passage de e(r)ri à a(r)ri n'est pas du tout irrégulière en gascon, l'e et l'a pretoniques se prononçaient vraisemblablement de la même façon en gascon ancien, cf. trebuc vs trabuc, demorar vs damorar etc.

Le fait que ce mot "eri-" soit associé à une divinité (Eriapus) a pu favoriser sa conservation par les "Vascones" des bords de Garonne qui ont gardé ou assimilé un certain nombre de mots de la religion des Celtes. Un bon exemple est le mot "taram" qui signifie tonnerre en gascon de notre région (luchonnais et environ), du gaulois Tarannos le dieu de la foudre, ce fait est relevé par X. Delamarre (Dictionnaire de la Langue Gauloise, adresse Tarannos) et relisons aussi ce vers du poète et linguiste luchonnais Bernard Sarrieu, écrit dans un élan très romantique:  L'as aujit, et Taram, lounh, et Taram? (Era perigglado) (L'as-tu entendu, le "Taram", loin, le "Taram"? (L'orage). Il y aussi les mots de la famille de lugre, lugran etc (de Lugra, la "Brillante", nom de la lune en celtique ancien). La liste des celtogasconismes comprend aussi des noms de poissons migrateurs de l'estuaire de la Garonne: colac (alose, lit. "pointu"), creac (esturgeon, lit. "carapacé") et aussi celui du cachalot: cauerat (anciennement cauerac: lit. "colossal", "gigantesque").  On a aussi le mot "brac" qui signife court et qu'on explique communément par le grec brachys, alors qu'il n'y a aucune trace de présence grecque en Gascogne. Le mot gascon est plus probablement d'origine celtique (*brakkos). On a également le nom du goéland calhòc (*kaliākos = coq en celtique). Tous ces étymons celtiques sont propres à la langue gasconne, on ne les retrouve nulle part ailleurs dans la Romania. Il convient de souligner ce point car il est trop souvent ignoré ou passé sous silence. Certes, les Gaulois occupaient des positions périphériques dans l'Aquitaine antique: bord de Garonne, de la Gironde au Val d'Aran et côte du golf de Gascogne, mais ils ont néanmoins laissé des mots spécifiques au gascon, dont certains, comme lugran, se sont répandus bien au delà des Celties de l'Aquitaine antique.


N.B. L'image du vautour est tirée de la wikipedia (Vautour fauve Gyps fulvus).





divendres, 1 de febrer de 2019

A propos du mot gascon "gahús": étymologie et parentés (texte en français).

Le gascon a plusieurs mots pour dire "hibou", l'un des plus populaires est "gahús". On le retrouve en catalan sous la forme "gaús" et en languedocien pyrénéen sous la forme "gabús". La comparaison de toutes ces formes entre elles nous suggère que l' h interne du mot "gahus" n'est pas étymologique, c'est une consonne de soutien (en gascon, "h d'aconòrt") pour empêcher la diphtongue et ainsi garder le mot sous forme bisyllabique. De fait, dans les textes en ancien gascon, le mot a la forme "gaus", il n'y a pas de trace d'h (cf. dic. Raymond-Lespy). Gahús est une variante de gaús, comme sahuc, flahuta et atahut sont des variantes respectivement de saüc, flaüta et ataüt.


 De la même façon que le mot gascon gavèca (chouette) nous renvoie au mot occitan (et aussi gascon) cavèca (id.), il est permis de penser que le mot "ga(h)ús" est une variante gasconne du mot 'caús" qui signifie hibou en occitan (également en gascon: caús, cauús, caiús cf. Palay et Ausèths, F. Beigbeder). Aussi cauuch (cauuth) en gascon de Bordeaux, cf. G. Balloux et F. Beigbeder et gauús dans les landes (Arnaudin, communication de Bruno Muret). En fait le mot gascon existe sous deux formes accentuées différemment: ga(h)ús et guè(h)us. En occitan aussi on retrouve ces deux modes d'accentuation sous les formes "caús" et "còis" (prob. pour càis).

Les mots français chouette et chevèche et le mot occitan cavèca nous pointent tous vers un mot-etimon *kàua dont kàuus pourrait être la fòrme masculine ou masculinisée et les mots *kauetta (fr. chouette)  et *kauekka (qui a donné en roman: cavèca, gavèca, chevèche, chavèca etc , et, indirectement en aragonais: babieca; en gasc. shibèca, en cat. xibeca; en basque: kaheka etc) sont des dérivés par affixation. Ce mot *kàua est homonyme et cognat d'un mot francique kàua  qui designait un autre oiseau criard, la corneille ou le choucas. En fr. régional chauve (de *kawa) peut désigner le choucas, en néerlandais "kauw"  signifie choucas, de même le mot gascon cava, de même étymologie. Le gascon a aussi toute une série de mots adaptés de la langue d'oil  pour désigner le choucas des tours (Corvus monedula)- espèce ne nichant pas dans le trangle aquitain: chauga, chaude etc - du mot d'oil chauwe, chauve. De même, le castillan utilise le mot chova qui vient de notre mot de l'ancien français choue pour désigner le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus), espèce montagnarde strictement cantabropyrenéenne en Espagne, de la Galice à la Catalogne. Mais, dans notre cas, le mot désigne bien un rapace nocturne, comme en allemand, d'ailleurs, puisque Kauz signifie hibou en allemand (synonyme de Eule). La conservation de l'état bisillabique de cauus, tout-à-fait anormale, je l'explique par la valeur onomatopéique du mot dans cet état, qui évoque un cri de rapace.

D'où peut venir ce mot càuus?  Alan Ward dans "A checklist of Proto-celtic Lexical Items" y fait figurer *kawa (adresse kawã = "owl", c'est-à-dire n'importe quel rapace nocture de la famille des strygidés- chouette ou hibou)  en même temps que kawannos ou cauannos qui en dériverait. En fait, Ward se base sur le mot de l'ancien français "choue" (dont chouette est une forme diminutive) pour en déduire l'étimon *kawa.  Nous savons effectivement qu'en ancien français, choe (var. choue, chue, cauwe, chauwe  etc ) pouvait signifier indifféremment  chouette et choucas (cf. le dic. Godefroy d'ancien français) et l'on suppose (peut-être à tort, car la double signification -corvidé-strygidé- de l'etimon se retrouve dans les langues neoceltiques britonniques, breton et gallois ) que la signification de choucas ou corneille, corvidé en tout cas, nous vient du francique.  Nous savons (par des écrits latins) qu'en gaulois, le hibou se disait cauànnos (mot latinisé en cauànnus) (cf. par exemple, X. Delamarre Dic. Langue Gauloise, adresse cauannos, voir aussi les dictionnaires de protoceltique). Par analogie avec kauekka, kauetta, de *kaua (fr. choue, chauwe, chauve), ce mot cauànnos pourrait représenter un derivé affixé de kàuos (peut-être une forme dérivée de *kawamos, le criardissime? cf. andecaui; ou un dérivé verbal: le criant, celui qui crie?). Nous pouvons, avec des arguments solides, postuler qu'un mot *kauos  existait bien en celtique ancien. On le trouve en effet dans la composition de toponymes gaulois et, toujours en composition, dans les noms de plusieurs nations gauloises (cf X. Delamarre, DicGaul. adresse cauo-? p. 111.).  Je citerai, par exemple la nation des "Andecaui", (ande - caui) qui ont donné leur nom à l'Anjou et à la ville d'Angers, on a aussi les "Bursocaui", etc. C'était aussi un nom de personne en Gaule, romanisé en Cauus (fem. Cauua, var. Caius, Caia v. Delamarre). La seule chose qui est hypothètique, c'est la signification de ce mot kawos en gaulois. Je suppose, sans preuve, qu'il signifiait "hurleur", criard et s'appliquait pour désigner des oiseaux bruyants et inquiétants comme le hibou voire aussi la corneille et que c'est ce mot celtique qui est à l'origine de notre mot occitan cauús et de l'allemand Kauz. Ande- est une particule augmentative en gaulois, correspondant à  très ou fort en français.  Andecaui pourrait signifier les très criards, les très hurleurs ( plutôt que les très creux, d'un autre mot kawos, cognat deu latin cavus, gascon cau; les "très-creux", ce n'est pas franchement valorisant pour des guerriers gaulois.) A la base on aurait la racine indoeuropéenne kaw qui évoque un cri strident (plutôt d'animal, oiseau, chien), kawos serait au sens premier "criard",ou "hurleur" "celui qui crie" voir, à ce propos, le dic. de la langue gauloise de X. Delamarre, et aurait servi  à désigner de manière générique des oiseaux au cri inquiétant ou désagréable du type rapace nocturne voire aussi des corvidés.  Toutefois, dans les langues britonniques modernes (P-celtiques), seul "kauannos" a laissé des descendants pour dire "hibou", pas kauos ni kaua, et c'est bien là le problème. En revanche kawa, ou plutot son dérivé péjoratif kawèkka, a laissé des descendants en gaélique (Q-celtique). En irlandais et en gaélique écossais, on trouve les mots cognats caóg et cathaig pour dire chouette (cf. le lexique de proto-celtique d'A. Ward) , ils pourraient être considérés  comme cognats  de "kauèkka (soit en gasc. cavèca / gavèca, fr. chevêche, euskara "kaheka"). On trouve aussi en gallois (P-celtique) un mot apparenté à notre cauèca sous la forme cawci, mais il ne désigne pas le hibou, il désigne un corvidé, le choucas des tours (Corvus graculus), comme kauw en néerlandais, cava et les équivalents dérivés d'oil (ex. chauga de "chauue" etc. ) en gascon. Ce fait pause question sur l'apport sémantique allegué du francique, pourtant généralement admis. Il n'est pas impossible que la double signification hibou- corvidé de "choe, choue" ait été déjà présente avec le mot *kaua (lit. criarde) en celtique. En gallois,  cwan (de kauannos) signifie chouette, en breton kaouenn var. kaouann (id.) désigne un rapace nocturne, hibou ou chouette, de même cowann en cornique. Toutefois, kaouenn peut aussi désigner localement un corvidé en breton, de même que le mot chouette en français.  Le mot français chouant, chat-huant et le mot gascon (oil d'origine) chavan (fr. hibou) dérivent tous de kauannos.Pour désigner de manière générique un strygidé,   l'irlandais a recours à des syntagmes pouvant se traduire littéralement par sorcière de nuit (cailleach oiche, également en gaélique d'Ecosse) et tête de chat (ceann cait, spécifiquement pour le grand duc et le moyen duc, cf. chat-huant en français et gat-hum en gascon). L'irlandais utilise aussi un terme générique propre: ulchabhán qui peut être compris comme "barbe blanche" (ulcha bhán) en irlandais contemporain mais on peut se demander  s'il ne pourrait pas plutôt représenter un dérivé de cauannos en composition (ul - (?, owl?) + c(h)abhán) , similaire au mot du gallois ancien tyllhuan (id.). Il est possible que "kauannos" ait fini par supplanter "kauos" en P-celtique à cause de l'homonymie de ce dernier  mot avec un autre mot "kauos", qui signifie creux, cognat du mot latin cavus (gascon cau, cava) (cf. X. Delamarre pour l'existence de ce deuxième mot "kauos" et de ses descendants en langues néoceltiques). C'est mon hypothèse.

Il n'est pas impossible que la relation entre kauannos et notre mot kauos (latinisé en cauus) soit du même type  que celle observée en gascon entre les mots arland (arlàn) et arlòt. Arland  (fr. pillard, brigand) vient du verbe arlar (arlà) = ravager, à l'origine par les mites, mite se dit arla (EGF arle) en gascon.  Arlòt (pillard, brigand, mais aussi maquereau, homme de mauvaise vie) est un substantif dérivé par affixation masculinisante de arla: mite. Donc on a un doublon synonyme, l'un construit à partir du verbe arlar, l'autre à partir du substantif arla. Seul arlòt s'est exporté dans les autres langues romanes et aussi en anglais (harlot). De manière intéressante, la forme anglaise présente l'h de soutien, ce qui suggère un emprunt direct au gascon oral (cf. le mot basque har qui veut dire ver; (h)arla  viendrait de (h)ar   la(n)a, lit . ver  laine). Je pense que les pillards à l'origine du mot étaient gascons (vascones en latin), comme le mot.


Mais revenons à nos moutons, pardon, à nos volatiles nocturnes. De la même façon que les basques ont hérité du celtique leur mot pour dire chouette, "kaheka" en basque (celtique kauekka, oc. cavèca, fr. chevêche, irlandais caòg, gaélique écossais cathaig), le mot basque gauhontz, var. dial. gauhüntz, gauhuntz, qui signifie hibou, pourrait être vraisemblablement hérité de ce mot celtique kauos, soit directement à partir du celtique ancien, soit via le gascon gahús.  Dans cette hypothèse, l'h de gauhontz serait, comme celui de gahús, une consonne de soutien pour maintenir le mot, de grande valeur onomatopéïque, à l'état bisyllabique. En basque, ce mot gauhontz sonne comme un mot composé, le premier évocant la nuit (qui se dit "gau, gaue" en basque), la signification du second pouvant être alors assimilée à celle d'un oiseau. En fait, en basque, le mot "simple" hontz (var. dial. huntz, hüntz), probablement emprunté à, ou plutôt dérivé de gauhontz (var. dial. gauhuntz, gauhüntz),  peut être utilisé à la place de ce dernier pour dire hibou.  Cette décomposition d'un vrai faux mot composé "gau-huntz" (le "huntz" de la nuit, le hibou de la nuit) dans la langue indigène, trouve son équivalent en roman avec le mot non-lexical "hus", provenant de gahús, calcant ainsi le mot basque huntz ou hüntz qui signifie hibou respectivement en navarrolaboudin et en soulétin. En roman, "hus" désigne un volatile nocturne, ou plus exactement, entre dans la composition de mots designant un volatile nocturne de manière générique, rapace ou chauve-souris. Par exemple:  tinha-hus (graphié tinhahús par Per Noste, tignehùs par Palay, tigne-hus par Camelat et Mistral) signifie chauve-souris en gascon. Ce mot ressemble à un syntagme lit.  teigne-hibou, teigne-oiseau . On retrouve cette association de la teigne et de l'oiseau de manière très claire dans un autre mot composé synonyme et linguistiquement  plus orthodoxe pour le romaniste:  en luchonais, pour dire "chauve-souris", on dit "tinhaudèra" (pour tinha- audèra):

Et fèbble crit des tinhaudères
Pedj aire gris mès haut que ba !
(B. Sarrieu, Memorio, Mars 1898).

(Eth fèble crit des tinhaudères
Peth aire gris mès haut que va!)

Le cri ténu des chauves-souris
 Dans l'air gris monte plus haut!

Ce mot "tinhaudèra" est composé de tinha (teigne) et d'audèth (oiseau),  le tout féminisé.  On retrouve un syntagme de construction semblable avec le mot gascon tumahús (représentant, selon moi, tumar-hus), qui signifie taciturne. Ce mot désignait probablement la chauve-souris à l'origine, par tumar-hus je peux comprendre littéralement volatile nocture qui "tume", c'est-à-dire qui cogne de la tête (la chauve-souris qui s'introduit par accident dans une pièce cherche à sortir par la fenêtre et se cogne contre la vitre). Le mot tinha-hus lui-même peut servir à désigner une personne taciturne, voire un sournois (Palay) . En catalan, on trouve une autre construction syntagmique analogue, "gamarús" qui désigne, cette fois-ci,  la chouette hulotte. Selon moi, ce mot catalan  "gamarús" représente en fait "*gamar-hús": lit. oiseau nocturne, hibou ("hus") qui"gama", c'est à-dire qui apporte le "gam", la maladie du bétail. Cette construction est, de fait, typiquement gasconne. On sait que les gascons ont constitué une ethnie importante en Catalogne. Ils y ont en particulier remplacé les Morisques  (les Musulmans, expulsés sur décret en 1609)  pour le travail de la terre, l'élevage et le pastoralisme, occupations dédaignées par  les Catalans qui les jugeaient indignes et les réservaient aux minorités ethniques, à l'instar des Espagnols de l'époque.  Du gascon, le catalan de la Principauté (et du Nord) en garde d'importantes traces linguistiques. Ce mot gamarús est strictement du catalan de Catalogne, il est étranger aux Baléares et au Pays Valencien, comme beaucoup d'autres mots ou expressions catalans d'origine gasconne, comme, par exemple, le mot gaús lui-même, ninoi d'où noi, gojat, Déu n'hi do, galleda, peut-être aussi "coma" au sens pyrénéen du terme (estive d'altitude sans précipice) et probablement gallorsa (paturage communal servant d'estive, cf. gascon galihòrsa) etc, etc.

Le mot français chauve-souris nous renvoie à notre mot supposément celtique "kàua" (hibou, chouette), qui a donné en français "chauve" (cf. CNRTL, et en gascon cauva dans soritz-cauva, c'est à dire ici un mot qui a pour concept un volatile nocturne. Au fond, "chauve" et en  gascon "cauva" représentent l'équivalent sémantique du "mot" gascon hus (cf. le mot basque huntz = hibou).   La chauve-souris, ça ne veut pas dire la souris qui n'a pas de cheveux mais c'est le "hibou- souris" ou la "chouette-souris", appelée ainsi parce que c'est un volatile nocture (chauve = chouette) à l'allure de souris.

Je constate avec satisfaction que le CNTRL a fini par adopter cette hypothèse que j'avais exprimée il y a déjà quelques années, en gascon et dans ce blog, à propos de la relation étymologique et sémantique entre la chauve de chauve-souris et la chouette, à une époque où l'on ne donnait que le sens francique au mot chauve (corneille), y compris sur le site du CNTRL .  Comme quoi étudier le gascon peut aider à faire progresser la philologie française, même quand on n'est pas linguiste "professionel".  Et contribuer à faire progresser la connaissance et la compréhension de "l'Anar deu Monde"  n'est pas la moindre des satisfactions de l'auteur de ce blog.