dissabte, 15 d’octubre de 2022

Du ventre et de taureaux. Bron, brona, Tarusates, Tarbelli, Tursan.

Jules César écrivit dans la Guerre des Gaules que la Marne et la Garonne séparaient respectivement les Belges et les Aquitains des Gaulois. On ne comprend pas très bien ce qui justifie la distinction entre Belges et Gaulois, peut-être un intérêt politique de la part de César, la linguistique ne nous apportant aucun élément de différentiation. En revanche, on comprend que l'aquitain ou proto-basque puisse avoir été un facteur de différentiation clair entre Aquitains et Gaulois . Est-ce à dire qu'il n'y avait pas de peuplement gaulois (au sens linguistique du terme, c'est-à-dire celtique ancien continental) en Aquitaine? Ce n'est certainement pas le cas. Les Celtes occupaient la vallée de la Garonne, de Salardunum (Salardú, Val d'Aran)), capitale des Garumni, jusqu'à Burdigala (Bordeaux) des Bituriges Vivisques. Le Médoc était celtique (territoire des Meduli). une bonne partie des Landes maritimes  constituait le territoire des Boii (Bogés en gascon) ou Boiates, capitale Boios, actuellement La Teste de Buch). Les Boii (Boïens) étaient une des plus importantes nations celtiques avec des ramifications ailleurs en Gaule (dans l'actuel Bourbonnais) mais aussi  en Italie du Nord, en Bavière, dont le nom même dérive de celui des Boii; également en Europe centrale : actuelle Hongrie, actuelle Bohème (Tchéquie) dont le nom dérive aussi de celui de Boii... et jusqu'à la Silésie (confins de la Pologne et de la Tchéquie). 
Je pense que le Tursan devait être aussi un peuplement celtique, c'est ce que suggère la présence dans le lexique gascon local, du mot "bron" (a.g. broun, s.m: ventre qui pend, Dic. Foix), également employé sous forme féminine et synonyme  brona (broune, s.f.)  par  le curé et poète J.M. Barros, natif d'Urgons dans le Tursan (cf. Flocada Aurivas, Per Noste).  Ce mot avec cette signification est hyper-restreint au gascon du Tursan, absent ailleurs en gascon et même dans les autres langues romanes. On le retrouve  dans des parlers d'oil de l'ouest ("brone", "brogne" s.f.)  mais avec la signification de mammelle ou de téton (appliquée aux animaux) et jamais de ventre. Cette signification de poitrine est celle du mot breton bronn (s.f.): mammelle, mammelon, éminence arrondie. Le mot sous les deux formes masculine et féminine est connu en (moyen) gallois: au masculin bru signifie ventre, bide, au féminin bron signifie poitrine (Matasović). L'étymon  est le même mais le proto-celtique avait probablement deux mots, l'un, "brusna" (s.f.) signifiait poitrine, mammelle, alors que la forme masculine ou neutre (bruson selon Matasović, brusno- selon Delamarre) désignait le ventre proéminent, le bide. Le gascon de Tursan a conservé la forme masculine de ce mot avec cette signification de ventre proéminent, bide, ce qui constitue un celtisme remarcable qui, à ma connaissance,  distingue cette variété de gascon de tous les autres parlers romans, gascons ou non. Le mot est également bien gaulois (sobriquet Andobru = Gros-Bide,  Bas-du-Ventre selon Delamarre in Dic. L. Gaul. On le retrouve aussi en irlandais avec ce sens de ventre (brú, au génitif: bronn; fr.  estomac, ventre). Les Tarusates devaient être celtes, leur nom sonne d'ailleurs celtique  (taruos = taureau, Tarusates,  les gens du Taureau = *Tarusani > Tursan). Leurs voisins les Tarbelli  (capitale Aquis, Dax) pourraient bien l'avoir été aussi (*Taruelli  > Tarbelli, les "Taurillons"), leur nom suggère une relation avec les Tarusates, peut-être une émanation dissidente. 

1 comentari:

Vicent Llémena i Jambet ha dit...

Joan, eres la persona que millor coneix les llengües galoromàniques i lengadocianes, que yo conec i, en conec de molta gent.
Tindre un amic, que en cada paraula et dóna una lliçó només em podria haver passat en Valéncia i en Europa al sigle XXI.
Devem a esta civilisació moltes coses i també els valors humans, que tu tens en abundància.
Gràcies, amic Joan.