dilluns, 2 de desembre de 2019

Iu, èu, òu: lac de montagne. Étymologie (en français)

Iou, èou selon Palay, en graphie alibertine, iu, èu et òu: lac de montagne. Ce mot gascon, à l'origine du toponyme oô, est bien un substantif, autrefois courant dans les parlers pyrénéens sous ces diffèrentes formes (Palay). 

Le mot aragonais "ibón" (lac de montagne) pourrait être perçu comme une forme affixée de notre mot « iu » (iu, ivón) . Ce doublon de mots romans peut faire penser à un autre doublon qu’on trouve en protoceltique : *abū-, *abona (cours d'eau), un seul mot à l'origine mais deux formes, correspondant à deux cas du même mot. Probablement à partir du cas oblique ( l'accusatif *abonen) d'un mot neutre *abūn (eaux, rivière) a été reconstruite une forme féminine *abona (Dic. Matasović). Ce mot est à l'origine de nombreux toponymes et d'hydronymes comme Avosne, Avon, Entraune en France comme en Angleterre. Du mot *abūn vient le mot du viel irlandais "aub" genitif abain; de l'autre forme abona dérivent les mots bretons aven, gall. afyn, id. etc. Le vieil irlandais présentait d’ailleurs aussi une variante « au » (rivière). Les linguistes de l'Univ. du Pays de Galles admettent dans leur lexicon protoceltique, en plus du doublon abu - abona, un "*awo" /« *awa » (rivière) qui rappelle notre mot gascon iw, èw, òw-. Tous ces mots signifient eau comme élément géographique, cours d'eau, rivière par opposition au concepte d'eau comme élement physique (qu'on boit ou pour éteindre le feu). 

On est aussi évidemment tenté, comme l'ont suggéré G. Rohlfs et d'autres, de rapprocher ces mots romans òu et ibón (lac de montagne) des mots basques ibai (fleuve), ibol (averse), ibi (gué), ibar (vallée) etc qui pointent tous vers une racine commune *ib. Ce "mot" aquitain *ib qui pourrait avoir signifié "eau" n'est toutefois pas lexical en basque, il a pu y être remplacé par ur(a), ce dernier mot pouvant être un emprunt à une langue indo-européenne, celtique ou préceltique (voir gaulois uaria, uera, d'un plus ancien ur-, cf. DicGaul. Delamarre). Il est possible que notre mot gascon iu, èu ou òu représente en fait ce mot aquitain absent du lexique basque, en admettant qu'il ait eu une forme /*iw/ passé à /*ib-/ en composition. 

En conclusion: étymon obscur, probablement pre-latin, celtique ou aquitain. Peut-être bien le proto-celtique *awo - voire abūn (eaux, rivière) (cf. lexikon de proto-celtique de l'Univ. of Wales) en lui prêtant une signification générale d'étendue d'eau et pas seulement celui de cours d'eau qu'avait le mot "au" en viel irlandais. Ou alors un très hypothétique étymon aquitain *iw, *ib- , qui signifierait eau et qur l''on retrouverait en basque et en aragonais. Ou collision des deux étymons, à l'origine de l'hésitation phonétique des formes variées du mot òu, iu, èu .